La Russie doit libérer Oleg Sentsov

Oleg « Si notre destin est de devenir des clous dans le cercueil du tyran, alors j’aimerais devenir un tel clou. N’oubliez pas, que ce clou ne pliera jamais! »
Oleg Sentsov

  •  Appel à l’action :
    La Russie doit libérer Oleg Sentsov

Le 10 mai 2017 soulignait le triste anniversaire de l’arrêt et de la condamnation de l’écrivain et cinéaste Oleg Sentsov. Oleg, un citoyen de l’Ukraine, a été condamné à une peine d’emprisonnement de 20 ans pour terrorisme par un tribunal militaire russe lors d’un procès injuste entaché par des allégations de tortures. Le Centre québécois du P.E.N. International craint qu’Oleg Sentsov ait été emprisonné pour son opposition à l’annexion de la Crimée et il demande aux autorités russes de le libérer immédiatement. Si ces accusations de terrorisme étaient bien fondées, son cas devrait être entendu par une cour civile sous les lois de son pays, l’Ukraine.

Lancez des appels :

·        qui exigent que les autorités russes libèrent Oleg Sentsov immédiatement;

·        que, s’il y a des raisons de poursuivre Oleg Sentsov devant un tribunal, ce soit devant un tribunal civil ukrainien et selon les lois de ce pays, comme le requiert la loi humanitaire internationale. Les témoignages obtenus grâce à la torture ou autre mauvais traitement doivent être exclus de ces délibérations;

·        qui appellent les autorités russes à lancer une investigation impartiale sur les allégations de torture et de mauvais traitement d’Oleg Sentsov. Toute personne, contre laquelle il y a suffisamment de preuves admissibles de responsabilités, devrait être traduite devant un tribunal de justice.

Envoyez vos appels d’action au :

Procureur général de la Fédération russe

Yuri Yakovlevich Chaika

Bureau général du procureur

ul. B. Dmitrovka, d.15a

125993 Moscou GSP-3

Fédération russe

et à

L’Ombudsman des droits de l’homme de la Fédération russe

Tatinia Nikolaevna Moskalkova

ul. Miasnitskaia, 47

107084, Moscou

Fédération russe

Si possible, vous êtes prié d’envoyer une copie de vos appels aux représentants diplomatiques de la Russie dans votre pays. Vous trouverez la liste de leurs ambassades ici. De plus, vous pourriez communiquer avec votre ministre des Affaires étrangères en Russie, pour lui demander de soulever le cas d’Oleg Sentsov dans un forum bilatéral. S.V.P., faites parvenir votre appel immédiatement. Consultez le P.E.N. international si vous expédiez votre appel après le 10 août 2017. Enfin, pourriez-vous aviser P.E.N. de toutes actions et de toutes réponses reçues?

Contexte

Surtout connu pour son film Gamer (2011), le cinéaste et écrivain ukrainien Oleg Sentsov, a participé aux manifestations EuroMaydan qui ont renversé l’ancien président ukrainien, Viktor Yanukovytch, en février 2014. Il a travaillé dans l’équipe qui a livré de la nourriture aux soldats ukrainiens après que la Russie a occupé et annexé la Crimée en février-mars 2014.

Selon Oleg Sentsov, il a été arrêté par le Service de sécurité russe à son appartement en Crimée le 10 mai 2014. Il a rapporté qu’il a subi une interrogation brutale de trois heures qui comportait des corrections violentes, des épreuves de suffocations et des menaces d’agression sexuelle. Selon P.E.N. international, ces allégations n’ont pas encore été l’objet d’une enquête par les autorités russes.

Son arrêt a été inscrit officiellement au registre le 11 mai 2014 sous la rubrique «suspicion de complot d’actes terroristes» et membre d’un groupe terroriste (le groupe de droite ukrainien, Pravyi Sektor). Il a été amené en Russie le 23 mai 2014 où il a passé une année de détention avant procès. Il a été éventuellement accusé d’avoir monté un groupe terroriste, d’être un pyromane politique et d’avoir conspiré à faire exploser une statue de Lénine, des accusations qu’il a déniées. Comme suite à un procès qui a été largement condamné à l’extérieur de la Russie, dans lequel le témoin clef du procureur a rétracté son témoignage en disant qu’on le lui a arraché sous torture. Néanmoins, Oleg Sentsov a été trouvé coupable et condamné à 20 ans de prison par le tribunal militaire de Rostov-sur-Doon le 20 août 2015. Sa sentence a été maintenue lors d’un appel le 24 novembre 2015.

En juillet 2016, les autorités russes ont publié une mise à jour de la liste des «terroristes et extrémistes» de Crimée qui incluait Oleg Sentsov. En octobre 2016, les Russes ont refusé une demande d’extradition de Sentsov vers l’Ukraine en affirmant qu’il était devenu citoyen russe après l’occupation et l’annexion de la Crimée. Les autorités russes empêchent toujours les Ukrainiens de communiquer avec Oleg Sentsov.

P.E.N. international dénoncent les failles sérieuses dans le procès contre Oleg Sentsov incluant sa longue détention avant-procès, le refus du tribunal d’investiguer ses allégations de torture et sa détention en Russie plutôt qu’en Ukraine. Sous la loi internationale, la Crimée est un territoire occupé et en tant que pouvoir occupant la Russie n’a pas le droit de transférer les prisonniers civils à l’extérieur du territoire occupé. Juger les civils devant un tribunal militaire enfreint tout autant les droits de l’homme.

En avril 2015, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies s’inquiétait des «allégations qu’Oleg Sentsov a été privé malgré lui de sa nationalité ukrainienne, qu’il a été jugé à Moscou comme un citoyen de la Fédération russe et qu’il a été assujetti à procès légal qui ne rencontrait pas les exigences des articles 9 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques». Ce pacte appelle les Autorités russes à examiner toutes les allégations sérieuses de violations des droits de l’homme afin d’assurer que des procédures appropriées et transparentes soient mises en place pour que les résidents de la Crimée puissent réexaminer leur décision en ce qui concerne leur nationalité.

Oleg Sentsov est le gagnant du Prix de liberté d’écrire de P.E.N. AMERICA de 2017. Son cousin, en acceptant le prix en son nom, a insisté sur le fait qu’«Oleg n’est qu’un des 44 prisonniers ukrainiens incarcérés en Russie aujourd’hui. Il est très inquiet du sort de ses camarades qui sont aussi des prisonniers politiques. Il demande que lorsqu’on parle de lui que l’on n’oublie pas les autres prisonniers politiques.»

La liberté d’expression en Crimée

Depuis l’occupation et l’annexion de la Crimée par les Russes en février-mars 2014, la plupart des opposants à l’annexion ont été harcelés jusqu’à l’exil ou réduits au silence, pendant que la liberté des médias a été sévèrement restreinte. Les autorités russes ont aussi introduit dans leur code pénal l’Article 280,1 qui pénalise toutes personnes qui appellent le public à «attaquer l’intégrité territoriale de la Russie» en leur imposant une pénalité de cinq ans de prison. Plusieurs personnes ont été condamnées en Russie, surtout en relation à du matériel publié en ligne. La plus grande partie des accusations se rapporte à des remarques au sujet de la Crimée comme étant une partie intégrante de l’Ukraine.

Le 19 décembre 2016, l’assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 71/205 au sujet de la «situation des droits de l’homme dans la République autonome de la Crimée et dans la cité de Sevastopol». La résolution parle de la Crimée comme un pays en «occupation temporaire» par la Fédération russe, et réaffirme la non-reconnaissance de «l’annexion» et donc de l’applicabilité de la Convention de Genève. De plus, l’ONU appelle la Fédération russe, en tant que nation occupante, de mettre fin à «tous les abus contre les résidents de la Crimée» et à assurer un accès approprié et sans entraves à la péninsule.

Pour plus d’information, vous êtes prié de contacter :

NOTA BENE : Vous pouvez voir le dossier de traduction sous l’onglet « Traductions » de ce blogue.

 

Le P.E.N. INTERNATIONAL

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Le huit janvier 2017, j’ai pris ma retraite. Depuis, je me suis prélassé dans mon lit pour passer la fatigue qui m’accablait et pour dépasser la tristesse qui me dominait depuis la mort de mon fils. De somme en somme, j’ai appris que la fatigue et la tristesse accumulées pendant toute une vie sont coriaces et que toutes les pompes du désarroi sont aux abois quand on laisse son emploi, quand on perd sa place dans le monde du travail ou quand notre famille se désintègre. Au-delà du désespoir, il y a la poésie, et plus particulièrement ce texte de feu Anne Hébert.

« Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués

Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d’aube s’égare ici ?
D’où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées. »

Je suis toujours surpris de constater que ce sont les poèmes que j’ai découverts dans ma jeunesse qui viennent à moi dans les ténèbres du songe. Les cours de poésie sont comme des cours de natation, des bouées de sauvetage sur la mer de la vie. Dans cette strophe du « Tombeau des rois », il y une aube qui pointe, un soleil qui se lève, une vie qui recommence. En comparaison à ce poème celui-ci de Gaston Miron est tout à fait lumineux.

« J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
Il y a longtemps que je ne m’étais pas revu […]
Je ne suis pas revenu pour revenir
Je suis arrivé à ce qui commence. »

Enfin, ce qui commence est toujours la fin qui se rapproche. Le plus difficile de la retraite, c’est d’accepter d’entreprendre la dernière droite. Celle qui nous permet d’apprivoiser la mort. Devant l’inéluctable, c’est la voix rauque de Patrice Desbiens qui se fait intimiste et qui me chuchote à l’oreille ce poème au sujet de sa mère :

« J’écris ceci :
Elle n’est pas vivante.
Elle fait semblant.
Comme un rêve.
Elle est vraie comme un
rêve.
Je suis tout petit.
Je suis dans la maison de ma
mère comme si j’étais dans
son ventre.
J’ai chaud.
Je suis bien. »

L’indicible, c’est que l’on va tous mourir, que c’est absurde… que l’intensité de vivre nous empêche de concevoir le non-être.

Pour aider à faire ce chemin, j’ai appris à aider les malades, car c’est en aidant les autres avec des problèmes existentiels que l’on guérit sa propre âme. Désormais, je cours les lancements de livre, car c’est dans la rencontre de ses semblables que l’on se découvre(en fait, dans le regard des autres)et enfin je me suis joint à P.E.N. international parce que sa mission est près de ma raison d’être.

« P.E.N. Québec
Parmi les 145 Centres du P.E.N. international dans plus de 100 pays à travers le monde, le Centre québécois est l’un des plus anciens, datant de 1926, à peine cinq ans après la fondation à Londres, de l’organisme d’écrivains qui, sous l’appellation P.E.N., – le signe de la plume et les lettres P pour poètes, E pour essayistes, et N pour « novelists », romanciers en anglais – mène une action de solidarité et de défense du droit d’expression partout où il est menacé. Le Centre québécois rassemble près de deux cents adhérents, auteurs dans tous les genres littéraires, traducteurs, membres des professions du livre qui ont à cour de défendre la charte du P.E.N. où prime l’appui à des écrivains persécutés ou exilés grâce à des campagnes contre l’impunité des crimes contre des écrivains, contre les lois qui limitent le droit d’expression, pour la défense des droits linguistiques.»

Pour se sentir en vie, on a besoin d’agir, de participer à ce qui se passe autour de nous. Aujourd’hui, le monde entier passe à la télévision, les poètes de tous les pays sont nos voisins. C’est effarant, on se sent impuissant devant l’ampleur de l’injustice dans le monde. Pour les écrivains, le P.E.N international est l’occasion de faire quelques choses de concret. J’ai donc accepté de traduire des RAN (des appels à l’action rapide) en faveur des écrivains en détresse. Et dorénavant, je vais les partager avec vous.

Enfin cela est pour moi une manière de mieux «vécrire» de mieux vivre cette dernière étape…

 

Décès de l’écrivain sudburois Michel Dallaire (1957-2017)

michel-dallaireC’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès, survenu le mardi 25 avril, de l’auteur MICHEL DALLAIRE. Celui-ci a publié sa première oeuvre, Regards dans l’eau, en 1981 aux Éditions Prise de parole et, tout récemment, il avait offert le recueil à deux voix, Nomadismes, en collaboration avec l’auteure marocaine Aziza Rahmouni.
 Son oeuvre, qui couvre une période de 35 ans, comprend une dizaine de recueils de poésie, des recueils de nouvelles et trois romans, dont Violoncelle pour lune d’automne (L’Interligne) pour lequel il a reçu le prix Trillium en 2015. Éditeur, il a accompagné dans la création de nombreux auteurs et poètes, et a écrit des
textes de chanson, notamment pour Stef Paquette et Chuck Labelle.
Gaston Tremblay, premier directeur des Éditions Prise de parole,
rappelle certains jalons de la contribution de Michel :
« À l’instar des poètes fondateurs de Prise de parole, Michel
Dallaire participe à un collectif de poésie à l’Université
Laurentienne, dont le travail conduira à la publication de deux
numéros, en 1981 et 1982, de la revue La Souche. En 1982,
Michel se joint à l’équipe de Prise de parole à titre d’adjoint au
directeur et de directeur littéraire. Il jouera un rôle clé dans le
virage vers la prose que prendra la maison d’édition au milieu des
années 80, y attirant des auteurs comme Marguerite Andersen,
Hélène Brodeur et Paul-François Sylvestre. C’est aussi à cette
époque qu’il publie un premier roman, L’œil interrompu (1985),
devenant rapidement un des auteurs phares de sa génération. La
poésie qu’il créera pendant sa prolifique carrière fait preuve d’un
sens inné de la musicalité. Ce n’est pas un hasard s’il collaborera
avec plusieurs musiciens, dont Daniel Bédard. »
J’ai pris le temps de respirer la vie
d’écouter un étroit ruisseau
démêler le noeud de mes pensées
d’être au lieu de faire
je me suis laissé inspirer
par une symphonie lointaine douce claire
un air de flûte apaisant
une méditation verticale prolongée
mon coeur s’est posé sur des ailes
j’ai été muet
j’ai perdu mon nom
j’ai vu le fond ardent de l’horizon
un soleil couchant
un rêve d’enfant
 (Regards dans l’eau, 1981)
Son départ laisse un grand vide… Nos plus sincères
condoléances à sa famille et à ses proches, à tous ceux et celles
qui ont été touchés par la grâce de sa générosité.
Denise Truax
Gaston Tremblay