Poètes invités

Bonjour à tous,

Andrée Lacelle, une poétesse d’Ottawa, a réagi aux actes d’agression du « premier ministre » contre les Francos-Ontariens en sollicitant de courtes contributions de ses amis poètes. J’ai accepté de participer au projet d’Andrée et de publier son/notre poème rapaillé sur ce blogue. Nous vous encourageons à le partager avec le plus de personnes possible!

GAT

LE POÈME RAPAILLÉ

Dire la lumière de notre colère

LEPOÈMERAPAILLÉ_docx

 

 

 

 

 

Vous osez nous attaquer
dans notre existence même
maternée par notre langue
qui féconde notre identité
notre histoire notre mémoire
insondable est ma colère
jamais au grand jamais !
vous n’arriverez pas à me faire taire

•••

C’est du silence qu’émerge la parole.
C’est de cette parole que jaillit l’écho.
Avec tout le respect que je ne vous dois pas, monsieur,
je vous prie d’agréer ma reconnaissance
envers un geste qui n’aura que souligné votre ignorance.
Le silence est le meilleur prétexte pour se dire.
Merci de contribuer à notre visibilité.
Joke’s on you.

•••

Survivance

Poètes, soyons du cri et du hurlement
contre la meute et l’absurde de l’ignorance.
Auraient-ils déjà oublié Montfort encore fébrile
de la lutte sous nos ongles ? Nos voix durcies
par les mines et le nickel de nos passés ?
Nos quartiers décimés? Nos écoles fermées
et nos droits bafoués par leur stupeur ?
Quand on assassine une langue, on tue son peuple.

•••

Jean Marc savait que même dans les années 80
nous étions les Nigger-frogs de la province
mais c’est aujourd’hui que nous croassons
à voir notre étang se dessécher
Nos mines sont devenues des monuments
nos chantiers des routes vociférantes
notre soif frictionnée à l’alcool de rage

Qu’on ose nous couper les pattes
nous servirons le souper

•••

Je ne lis pas le français.
Je n’écoute pas le français.
Je n’écris pas le français.
Je ne parle pas le français.
Je n’étudie pas le français.
Je n’utilise pas le français.
Je vis le français,
comme beaucoup de francophiles.
Le fait de nous en priver est donc plus qu’un linguicide : c’est un meurtre.

•••

J’ai pris une grande marche au bord de la rivière, l’eau coule et nous aussi
j’ai pris une longue respiration au soleil, ses rayons éclairent et nous aussi
j’ai pris les dimensions de la consternation proclamée
j’ai pris de front la colère manifestée
j’ai pris la main de la détermination annoncée
j’ai pris à cœur nos mots exprimés, vêtements de la solidarité
voici venir le temps des grands vents

•••

Je ne sais pas écrire de la poésie sur la bêtise, l’indifférence ricanante,
L’intolérance à peine camouflée, l’aveuglement volontaire, les raisons économistes,
Les austérités néo-libérales et populistes, leurs mensonges grossiers, leurs trahisons ordinaires,
Leurs silences hautains et calculés, et les gros monsieurs grillés au soleil floridien,
Ou ailleurs, et leurs discours trompettant et plastifié ; mais ceci n’est pas un poème
Et la résistance est déroutante, polymorphe, rabelaisienne et câlisseuse.

•••

Les champs ont vieilli
La ville manque de biscuits
Nous mangeons les fleurs du tapis
La ouate des matelas nous colle aux lèvres
Les jardins se confondent dans nos corps et la misère
Ne nous fait plus bander : laissée derrière, la cendre des ténèbres
N’est plus que la poudre aux yeux calfeutrés de suif d’un aveugle
En odeur de gong. Prière de ne pas prier, aujourd’hui il faut exiger !

•••

Une fleur dans le canon d’un fusil – la paix !
Une parole interrompue – quel malappris !
Une langue ignorée – une cacophonie muette !
Un droit retiré – je me lève !
Droit comme la majuscule à l’accent aiguisé par mon clan.

•••

Non ! Vous n’étoufferez pas la flamme qui fait fleurir l’esprit
Vous ne tairez pas les mots de notre langue
à la pureté de nos fleuves et de nos rivières
à la noblesse de nos montagnes et de nos forêts.
Oui ! Nous continuerons de chanter la beauté
son souffle fécond dans nos gorges en feu.

•••

Nous priver de l’enseignement de notre langue
En Franc’Ontarie que nous portons au cœur
C’est charcuter l’héritage et bafouer les lois du passé
L’arbitraire imposé par l’ignorant FordiCrâneur
Cèdera le pas à Justice / Équité étant de notre côté
Sinon le Combat est réouvert jusqu’à Victoire Franc’Ontarienne !

•••

Sache le souffle qu’ont porté ces lieux
Leurs noms français si français
Le cœur qu’ils refoulent
Étourdi de flèches
Pointe Maligne Rigolet des Mille Roches Isle à l’enfant perdu
Pointe à la Cuisse Ance au Gobelet Isle aux deux têtes…
Je vous le dis
Je revendique le droit
De chanter ce fleuve de l’Ontario
L’infiniment oublié

•••

Chez nous !
Sur notre îlot francophone
Dans cette mer anglophone
Nous refusons de nous laisser détruire
Nous résisterons jusqu’à la mort
Ne vous en déplaise Monsieur Ford
Ici et là
Nous sommes debout
Debout et fiers d’être ce que nous sommes
Franco-Ontariens et fiers d’être là
Chez nous

•••

nous avons été, nous sommes et nous serons
fiers habitants de cette terre
nul préjugé, nul caprice, nul diktat
ne saura nous déloger
car nos racines sont
nobles, vigoureuses et profondes

•••

L’abécédaire du politicien

Les véritables personnes politiques
Les vraies, les fortes, les belles personnalités ALPHA
Ne s’en prennent pas aux minorités
Car cela ne règle qu’une partie des problèmes
Les vrais chefs, les vraies cheffes
Ont le courage de demander les mêmes sacrifices

D’exiger des contributions proportionnelles
De tout un chacun
Du premier au dernier
Du plus fort au plus faible
Des plus riches aux plus pauvres
DE L’ALPHA À L’OMÉGA

•••

Que l’âme rebelle cerne son horizon
l’élargisse au fil des générations
Elles ont œuvré pour leur université
Le centre-sud-ouest francophone s’accroît
On ne peut faire marche arrière
et oublier que toute minorité
teinte l’océan de son fleuve

•••

j’aurai le dernier mot
celui qui dit que j’ai ma place ici
et j’aurai mon mot à dire
bien après les cris blafards
cherchant à étouffer ma parole

•••

sur le trottoir
d’années lumières
une fleur de lys et un trillium
entrelacés d’un amour noir
sont écrasés par un gros porc
qui jette sa boue dans le jardin
des fleurons glorieux
la fin est proche qu’ils nous disaient
pendant qu’ils la précipitaient.
se tenir la main au bord du gouffre
pour éviter qu’on y glisse
crier dans ce trou
pour que les échos l’ensevelissent

la lutte est longue dans les coulisses

•••

Réduire au silence
600 000 rebelles
conduit,
M. Ford,
au lever d’un peuple
car nous sommes debout depuis 400 ans
et ce n’est pas vous qui nous ferez taire.

•••

Avec en mémoire mes ancêtres précurseurs
Je dépiste la trace de la trace
Au diapason du monde
Notre parole française franche
Disait dit dira la vie ici

Quand je revois l’arbre de mon enfance
Plus haut que les autres
Parfois je pressens le temps d’un mythe venu
Or l’arbre qui me fixe ne sera pas abattu

 

POÈTES

Pour une mobilisation de la parole poétique franco-ontarienne
face à l’attaque du gouvernement Ford contre notre collectivité

François Baril Pelletier – Angèle Bassolé – Jean Boisjoli – Hédi Bouraoui – André Charlebois – Éric Charlebois – Tina Charlebois – Nicole V. Champeau – Andrée Christensen – Margaret Michèle Cook – Daniel Groleau-Landry – Andrée Lacelle – Gilles Lacombe – Sonia Lamontagne – Gilles Latour – Pierre Raphaël Pelletier – Paul Savoie – Michel A. Thérien – Gaston Tremblay – Lélia Young

L’aller-retour

Le Grand livre, volume 34,
le 17 juillet 2018

BeamEn général, j’aime beaucoup (même trop) me prélasser dans mes souvenirs. Ce qui explique ma tendance à divaguer, à faire, sans crier gare, des retours en arrière bien sentis. J’ai une bonne mémoire, une 20/20… si vous me pardonnez la métaphore chargée.
Il y a quelques instants, j’ai entendu une version jazzée de Dimanche après-midi. À peine audible, les paroles de cette tune était à peine perceptible, son évanescence était aussi mystérieuse que celle d’un revenant. Si je l’ai reconnue, c’est de l’avoir tellement écoutée. Le coupable, mon IPOD… qui dans ma chambre continue d’exécuter la commande de lecture que je lui ai lancée hier soir.
Cela arrive, cet automate est immensément stupide, ou si vous le permettez, c’est un véritable idiot. Il ne sait pas que le soleil s’est levé, surtout il ne sait pas que j’en suis rendu à ma session d’écriture de l’aprèm, dix heures après le début de ma journée.
Dans ce genre d’expérience, je garde toujours un pied ancré dans la réalité et l’autre déchainé dans une version imaginée et virtuelle d’un moment intense. Pour y accéder, il faut se laisser aller complètement dans la poésie, il n’y a alors que la musique des  mots.

« Un mince fil vivant
[qui] serpente entre
le mot et le sens
entre la ligne et le signe »

ce poème de Denis St-Jules nous empêche de divaguer indéfiniment dans l’au-delà… dans l’absence de conscience.
Pour moi, ce poème et cette chanson, 50 ans plus tard, deviennent une métonymie, une expérience essentielle qui me permet de revisiter l’événement original. Pour ce faire, l’intensité du moment premier doit passer directement au travers de mon corps pour m’atteindre dans ce que j’ai de plus intime. Voilà où et pourquoi elle est essentielle…
J’ai passé plusieurs dimanches après-midi avec Paul-André sur la galerie de la maison de ses parents, on entendait la chorale qui chantait dans l’église. Le restaurant des adolescents, St-Amand’s, était fermé comme tous les commerces de notre petit village. Il n’y avait rien à faire sauf chiquer la guenille, sauf se féliciter d’avoir la chance d’être assis à l’abri avec un ami, de prendre le temps de taquiner une guitare, d’écrire une chanson et d’écouter la musique de la pluie.
Depuis toujours, il y avait une grande flaque d’eau devant la maison au lieu d’un trottoir. En 1960 et quelques, c’était comme ça, on n’avait même pas l’idée que notre trou d’eau était dû à l’absence d’un trottoir, c’était plutôt une invitation à aller danser dans l’eau… du moins pour ceux qui étaient assez fous pour le faire.
Ce n’est pas mon ami, mes amis ou ce village paisible qui me manquent, c’est tout simplement le plaisir d’avoir 18 ans… Qu’il est bon de s’oublier pour quelques instants, de voyager dans notre propre corps comme on voyage dans les paysages du Nouvel-Ontario. Lacs, ruisseaux, forêts déchainées, le sang qui bouille dans mes vielles veines comme il le faisait autrefois, quand nous avions 18 ans… mon corps et moi!
Beam me down Scotty.

L’école buissonnière

Un parc, une montagne, un étang sans castors
Un dimanche après-midi

Nature, août 2012
Photo : André Tremblay

À l’ombre, sous les grands arbres
Un Papa
Berce un enfant dans ses bras
Il marche à petits pas
Une petite jambe qui pend
Il marche et il chante doucement son regard et fixé sur les yeux du petit
Leurs regards sont soudés
Un dans son amour, l’autre dans sa confiance
Ainsi se repose l’amour en ce dimanche après-midi

Une petite fille, dix ans
Peut-être a-t-elle onze chandelles
Les suis de près
Quelques pas en arrière, pour qu’il ne la voie pas
Mais, assez proche pour qu’elle puisse tout voir
Elle berce un enfant imaginaire
Dans ses petits bras
Elle se balance comme lui
Elle danse comme le papa
Elle chante la même chanson

Pour un moment
J’ai cru voir une petite jambe imaginaire
Se balancer dans l’air

En direct de Sudbury

SudburyUn de mes amis de Sudbury, Richard Théoret, m’a écrit pour me dire qu’il y avait eu à la station de radio CBON une présentation de ma poésie et plus particulièrement du poème, « Croire », paru premièrement dans Souvenances (1979) et rééditer dans le florilège, L’Autobus de la pluie, en 2002. J’ai écouté attentivement ce topo radiophonique et j’ai été particulièrement impressionné par la qualité et la justesse de ce commentaire de l’interprétation du contenu (le sens) basé sur une analyse formelle (la forme) du poème. Je vous présente premièrement le texte du poème suivi d’un hyperlien vers l’excellente analyse de Chloé Leduc-Bélanger présentée à CBON dans la cadre d’une chronique hebdomadaire de poésie.

CROIRE

(extrait de L’Autobus de la pluie, p. 107-108)

J’avais cru pouvoir t’extraire
te sculpter
à même le roc noir de mes mots pollués
mais l’écho de mon poème
demeure
et hante les parois de mes couloirs souterrains.

À coup de voyelles
d’images
de rêveries
de vers
j’avais cru
inventer
tes couleurs qui s’éclaboussent
marteler
tes courbes qui enjôlent
raffiner
tes membres qui m’entourent
miner
ton cœur qui palpite
mais
même si au fond de ce tunnel
je vois ta lampe qui s’éloigne
même si ton souvenir s’obscurcit
et sans soleil se meurt
je t’esquisserai
te réinventerai
car
nous rêverons,
nous nous éclabousserons
ô mes chairs
blanches plaines
froides
rocailleuses
et balayées de souvenances.

Voici l’hyperlien vers le commentaire de Chloé Leduc-Bélanger

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/le-matin-du-nord/segments/chronique/30705/mdn-chronique-poesie-chloe-leduc-gaston-tremblay

 

Décès de l’écrivain sudburois Michel Dallaire (1957-2017)

michel-dallaireC’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès, survenu le mardi 25 avril, de l’auteur MICHEL DALLAIRE. Celui-ci a publié sa première oeuvre, Regards dans l’eau, en 1981 aux Éditions Prise de parole et, tout récemment, il avait offert le recueil à deux voix, Nomadismes, en collaboration avec l’auteure marocaine Aziza Rahmouni.
 Son oeuvre, qui couvre une période de 35 ans, comprend une dizaine de recueils de poésie, des recueils de nouvelles et trois romans, dont Violoncelle pour lune d’automne (L’Interligne) pour lequel il a reçu le prix Trillium en 2015. Éditeur, il a accompagné dans la création de nombreux auteurs et poètes, et a écrit des
textes de chanson, notamment pour Stef Paquette et Chuck Labelle.
Gaston Tremblay, premier directeur des Éditions Prise de parole,
rappelle certains jalons de la contribution de Michel :
« À l’instar des poètes fondateurs de Prise de parole, Michel
Dallaire participe à un collectif de poésie à l’Université
Laurentienne, dont le travail conduira à la publication de deux
numéros, en 1981 et 1982, de la revue La Souche. En 1982,
Michel se joint à l’équipe de Prise de parole à titre d’adjoint au
directeur et de directeur littéraire. Il jouera un rôle clé dans le
virage vers la prose que prendra la maison d’édition au milieu des
années 80, y attirant des auteurs comme Marguerite Andersen,
Hélène Brodeur et Paul-François Sylvestre. C’est aussi à cette
époque qu’il publie un premier roman, L’œil interrompu (1985),
devenant rapidement un des auteurs phares de sa génération. La
poésie qu’il créera pendant sa prolifique carrière fait preuve d’un
sens inné de la musicalité. Ce n’est pas un hasard s’il collaborera
avec plusieurs musiciens, dont Daniel Bédard. »
J’ai pris le temps de respirer la vie
d’écouter un étroit ruisseau
démêler le noeud de mes pensées
d’être au lieu de faire
je me suis laissé inspirer
par une symphonie lointaine douce claire
un air de flûte apaisant
une méditation verticale prolongée
mon coeur s’est posé sur des ailes
j’ai été muet
j’ai perdu mon nom
j’ai vu le fond ardent de l’horizon
un soleil couchant
un rêve d’enfant
 (Regards dans l’eau, 1981)
Son départ laisse un grand vide… Nos plus sincères
condoléances à sa famille et à ses proches, à tous ceux et celles
qui ont été touchés par la grâce de sa générosité.
Denise Truax
Gaston Tremblay

D’amour et turbulences

D'amour et turbulences

Ce recueil est composé de sept cycles poétiques de sept poèmes chacun. De plus, un texte liminaire, « Turbulences » ouvre le recueil et « Satori à Sudbury », un interlude en prose poétique, divise le recueil en deux volets. Les quatre premiers cycles explorent les dédales de l’amour, de l’écriture et de l’amour virtuel tandis que la deuxième partie de l’œuvre est une descente aux enfers amener par la mort précoce d’un enfant et le suicide d’une personne en détresse. Le dernier cycle de poèmes aborde la question de la violence en Amérique. Enfin, chaque cycle est ponctué par une photo du fils de l’auteur, feu André Tremblay.

Voici l’opinion d’un lecteur privilégié qui a eu la générosité de conseiller l’auteur : « Entre l’amour et l’amertume, entre la fluidité des corps et l’écluse des esprits, entre le désir charnel et l’orgasme irréparable, il s’agit ici d’un récit mené avec un gant en cotte de mailles pour recouvrir une main qui est encore en proie au velours. Un récit empreint d’un incommensurable courage et d’une irrépressible force de triompher de la loi manichéenne, une fois pour toutes : c’est l’axe du beau qui doit l’emporter sur l’axe du bien. »

L’auteur remercie la Bibliothèque de référence de Toronto qui lui a permis de polir le manuscrit définitif de ce recueil dans le cadre de son programme d’écrivain en résidence à l’automne 2015. D’amour et turbulences sera lancé au Salon du livre de Sudbury, au début du mois de mai 2016.

 

De la nécessité d’écrire II

Voyage dans le temps

Gaston Tremblay, écrivain en résidence, Toronto Reference Library


 

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Auto-portrait dans la nuit

Il y a des évènements qui nous traumatisent ; tellement que plusieurs années plus tard on sent le besoin de tirer les choses au clair, si ce n’est que pour continuer à cheminer sur notre ligne de vie.
Le suicide de mon ami Paul-André et, surtout, celui de mon fils André sont de tels évènements.
J’ai longtemps cru que l’artiste était un être incomplet, une figure géométrique ouverte sur l’infini et l’éternité plutôt qu’un objet figé et refermé sur lui-même. Ainsi, son œuvre témoignerait de ses tentatives de tirer des lignes entre les points de l’œuvre inachevée qu’il croit être.
Rester ouvert sur le monde, sur l’infinité du possible, est un exercice dangereux : d’une part, il y a la voie de l’éclatement qui donne sur le néant et, d’une autre part, le chemin vers la finitude et l’inéluctable, vers la mort en nous. Il n’y a que le voyage et les traces de ce dernier qui soient réels : nos enfants et nos œuvres nous projettent dans le futur. Voir mourir son enfant, c’est mourir et survivre en même temps.
Dernièrement, pour moi, c’est la plénitude, une quasi-complétude qui s’impose ; j’ai nettement l’impression d’être abouti, d’être ce que j’ai toujours voulu être ou ce que j’ai toujours voulu être. Je ne suis pas pour autant complet, ma très grande peine, ma solitude et mon œuvre en témoignent.
Un de mes amis a fait dire ceci à un de ses personnages : « L’être humain n’est sincère qu’à travers le sexe et seulement s’il s’y abandonne complètement, le reste du temps, il n’est que superficialité, artifice et faux-semblant… » Le personnage de Thibault est un jeune homme en mal d’amour, un adolescent qui passe à l’action, ne serait-ce que pour assouvir sa soif de tendresse et satisfaire son appétit animal. Ce qui a retenu mon attention, c’est que l’on peut remplacer le mot sexe par le mot musique, par exemple, qui serait le mot de mon ami Paul-André. On entre alors de plain-pied dans un paradigme universel, une énigme qui a autant de déclinaisons qu’il y a d’individus.
Quel est mon mot ? Quel est le vôtre ? Musique, mathématiques, sexe, écriture, photographie, pouvoir, violence, argent, lecture, famille… Pour lequel vivez-vous ?
Il me semble que la réponse est tout à la fois inconséquente et essentielle… Non, absolue, car mon ami Paul-André était menteur, Dieu qu’il était menteur, mais sa musique était sublime. Malheureusement, mon fils s’est refermé sur lui-même, sur sa douleur, sur son mal à l’âme…

 

Dans le silence de ta mort
Il n’y a que noirceur et absence
Il n’y a que l’écho du silence
Et cette tristesse sans nom

Car nous sommes d’images et de poésies

Et l’écriture comme la musique et la photographie, sont pour moi des machines à voyager dans le temps.
***
Ceux qui aimeraient en savoir plus sur mes voyages dans le temps peuvent acheter mon roman, Le Grand Livre, chez leur libraire ou aux éditions Prise de parole. Le roman est aussi disponible à l’Internet et à la Bibliothèque publique de Toronto.
http://www.prisedeparole.ca/acheter-ce-livre-en-format-numerique/
• Le Grand Livre, roman, Sudbury, Prise de parole, 2012, 441 p.
• D’amour et de turbulences, poésies, Prise de parole, à paraitre au printemps 2016.

De le nécessité d’écrire 1

CSC
Gaston à 13 ans, le cardigan de joueur de basket appartenait à son frère!

Je ne saurais parler au nom de tous les écrivains, donc je me propose d’aborder cette question d’un point de vue tout à fait personnel.

Le lendemain de mon treizième anniversaire, je me suis retrouvé dans un collège classique sous la direction d’une trentaine de jésuites canadiens. J’étais un des plus jeunes, en fait, disons-le, j’étais trop jeune.

J’étais un enfant dans un monde d’hommes de robe et d’adolescents survoltés, émotifs je n’arrivais pas à communiquer efficacement avec qui que ce soit, si ce n’est qu’en faisait des pitreries pour la galerie. Le destin est impitoyable et bien que j’étais « un petit enfant » en détresse, ni Jésus ni Dieu ne me répondait, mais les jésuites, eux, ne se gênaient pas de faire leur devoir d’état à grand coup de martinet. Aie !!! Que je les ai payées cher mes plaisanteries !

À bien y penser, ces farces plates, ces commentaires sarcastiques n’étaient que les cris de désespoir, des lapsus d’un petit garçon qui ne savait pas pourquoi il était là, pourquoi sa mère l’avait abandonné, pourquoi les prêtres le battaient avec une trop longue lanière de cuir polie, noire d’un côté et brune sang-de-bœuf de l’autre.

Au collège, l’écriture était appréciée, en français, en latin et à la rigueur en anglais. Je me suis mis à écrire des poèmes, l’écriture était alors une soupape, ma chambre de décompression, ma maison loin de celle de ma mère.

  • O nuit, que tu es noire
  • Toi qui aime boire
  • Tous mes espoirs
  • O nuit, que tu es noire

Une manière d’appréhender le monde en silence, de réconcilier mes sentiments à ma réalité et au besoin de les cacher dans un petit coffre secret, ou personne ne pourrait me les reprocher, me punir pour avoir osé penser de telles choses. C’est à ce moment-là que j’ai appris à verrouiller mes petites boîtes de vérité à double tour. Ce n’était pas des métaphores, c’était tout au plus des petites clefs, on n’a qu’à remplacer le mot « nuit » par « maman » pour entrer de plain-pied dans le monde d’un enfant de treize ans et quelques jours.

Il y a quelques années, lors de mes vacances annuelles au chalet de ma famille j’ai permis à mon fils de douze ans d’inviter un ami pour la semaine. C’était l’endroit idéal, pour les vacances de jeunes garçons : jungle dense, petite plage rocailleuse, petites îles dans la baie et un bateau avec un moteur de trois forces pour s’y rendre. Ils se sont amusés pendant quelques jours et quelques nuits de camping. Mais le petit copain qui devait partir pour le collège classique de Cornwall, apeuré par le grand départ qui s’approchait, s’est mis à s’ennuyer de sa mère. Malgré la plage, malgré le soleil et l’eau claire, le petit était coiffé d’un petit nuage gris, il avait la larme à l’œil. Tellement, que nous avons dû le reconduire à la maison. Triste histoire pour mon fils qui a perdu son ami en pleines vacances, et pour moi ce fut l’occasion de vivre un déjà vue et de comprendre in situ ce que j’avais vécu in vitro, dans un collège classique.

Pour ceux ou celle d’entre vous qui trouve cette histoire émouvante, j’ajoute que le petit camarade n’a pas eu à vivre ce que j’ai vécu, car ses parents l’on inscrit à l’école secondaire de son quartier pour quelques années, tout près de sa maman.

Pour ceux qui aimeraient en savoir plus au sujet de mes vacances au chalet  ou au sujet de mes aventures au collège peuvent commander mon recueil de poésies, Sur le Lac clair et mon roman Le Nickel Strange aux éditions Prise de parole. Les livres sont aussi disponibles à l’Internet ou à la Bibliothèque publique de Toronto.

http://www.prisedeparole.ca/acheter-ce-livre-en-format-numerique/

AU NOM DE DIEU

terroriste.jpg

C’est ainsi
Nus
Qu’ils se présentent
À nous
Sans pudeur et sans souci
Pour leurs lendemains.

Le temps de leur vie
S’écoule
Plus rapidement que le nôtre
Pour eux
Les mots ne sont plus transparents
Ils sont opaques
Comme des ampoules gonflées de sang
Leurs consonnes et leurs voyelles
Sont
Entourées d’une gangue d’amertume
Et deviennent
De véritables grenades mystiques.

Ils ne les couchent pas sur du papier
Ils ne les mettent pas en bouteille
Ils ne confient plus leurs poèmes à la mer.
Ils les inscrivent plutôt dans la chair de leurs corps
C’est ainsi
Qu’ils se préparent à leurs bains de foule

Leurs mots et leurs prières
Sont
Des bombes à retardement
Autour de leur taille
Leurs cris et leur slogan
Sont
Des consonnes à fragmentation
Au cœur d’une foule ensanglantée.
Désormais…
C’est ici
Unis
Qu’ils se présentent
À nous
Sans l’ombre d’un souci
Pour nos lendemains.

Sept jours en juillet

Photo « Tango Mocha » d'André Tremblay
Photo « Tango Mocha »       André Tremblay

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici un extrait de mon nouveau recueil de poésie, Turbulences.

Vendredi


Un pas de danse, un regard
Un pas vers l’autre, des regards qui s’ouvrent
Un tour de hanche, un pas de deux
Une pause langoureuse
Un défi au torse, un sourire érotique aux lèvres
Un pas de plus
Renversez-le ! Pourquoi pas ?
Il vous renverserait
Les yeux dans les yeux
En corps à corps
Vos sexes s’effleurent
Dans
Le Tango du Mont-Royal.