DEUX NOUVEAUX VOLUMES DU GRAND LIVRE

L’inspiration et la trilogie

Le deuxième volume du Grand Livre, Derrière le rideau de scène, paraîtra cet automne, en 2021, afin de souligner de 50e anniversaire de la fondation du théâtre du Nouvel-Ontario. La publication du troisième volume, « De la parole et de la nuit » est prévue pour le printemps 2023, à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation des éditions Prise de parole et de la Nuit sur l’étang.

J’ai découvert la deuxième personne du singulier en partageant mon journal intime avec mon ami Paul-André. Nous avons découvert le singulier de la troisième personne en ouvrant un espace commun d’écriture, notre Grand Livre ! Ainsi nous avons lancé nos carrières artistiques, lui dans les arts de la scène et moi en littérature.

À cette époque, tout était à faire dans le Nouvel-Ontario. Dans le cadre de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, nous avons construit de toutes pièces un théâtre, une maison d’édition qui perdurent sur la scène régionale et nationale. Le grand livre original était un pacte d’amitié entre deux adolescents, les œuvres de la coopérative CANO furent une amicale de jeunes artistes. Ce fut la découverte de la première et deuxième personne du pluriel ; les nous et vous de notre collectif, qui s’ouvrent nécessairement les bel-ils [sic] et les belles-elles sur la place publique.

***

En 1988, j’ai décidé de poursuivre ma carrière sur la scène nationale. Paradoxalement, c’est à Montréal que j’ai découvert et étudié l’œuvre de Jean Éthier-Blais, un auteur de mon village natal. Ce qui a retenu mon attention c’est qu’à la fin de sa vie Jean Éthier-Blais rentre « au pays » en écrivant trois romans qui se déploient dans le Nouvel-Ontario. C’est ainsi qu’il tranche le nœud de son exil. Son retour aux sources correspondait à l’expérience que je vivais après la publication de mon troisième roman. C’est un peu comme si l’exil de Jean Éthier-Blais me confirmait dans mes propres déplacements littéraires. « Le lieu de l’exil n’est pas celui qui vous est échu. C’est celui que vous avez quitté. […] L’homme qui, arraché à ses objets familiers, descend dans son cœur et y trouve une force à lui inconnue a vaincu l’exil. » Et il ajoute « Nous revenons toujours à la même question : qui suis-je ? »

Cette descente au fond de moi-même m’a incité à relancer l’écriture de Notre Grand Livre, celui qui est au cœur de ma trajectoire artistique, celui qui a été mon lieu de naissance intellectuelle, la porte par laquelle je suis entré en littérature. Il s’en dégage toujours une pulsion organique, poétique et personnelle qui anime ma démarche littéraire.

Le volume un du Grand Livre, publié en 2012, est la continuité de mes trois premiers romans. C’est aussi un retour à la case première, au Grand Livre des deux jeunes qui écrivaient, à tour de rôle, des entrées dans leur journal personnel de 1967. Le narrateur, le survivant d’une tragédie, est aussi l’écrivain de la trame narrative. Il se permet d’écrire dans le présent de l’écriture des apartés où il partage avec le lecteur ses opinions au sujet de la trame narrative (1967-1968), à propos du suicide de Paul-André (1978), au sujet de ses lectures et du métier d’écriture.

Ce qui semble être un roman polyphonique n’est en fait qu’une seule voix narrative qui se déplace d’un point d’élocution à l’autre aussi bien que d’une époque à l’autre. Le roman a connu un certain succès d’estime. Il fut le premier roman abordé par le jury lors d’un entretien littéraire au Salon du livre de Toronto au sujet des dix meilleurs romans de l’Ontario français.

Ce que le lecteur pressent dans le premier volume advient dans le deuxième volume du Grand Livre : le Canada français traditionnel éclate, ses institutions culturelles se recentrent sur le Québec et les francophones des régions minoritaires sont laissés à eux-mêmes. Dans « Le rideau de scène », le lecteur retrouve les deux mêmes protagonistes ; mais, leur journal intime s’est déplacé sur la place publique, sur les planches de la Troupe universitaire et dans les pages du Lambda, le journal des étudiants de ce qui fut l’Université Laurentienne.

Le troisième volume est la suite narrative des deux premiers tomes : les deux jeunes hommes qui s’éloignent de leur paroisse, de leur alma mater ; comme il se doit, ils s’investissent dans leurs projets qui se déploient dans le réel du Nouvel-Ontario, des organes de communications qui désormais leur permettront de participer en direct à la prise de parole des francophones d’Amérique, celle qui se déploie au Québec depuis quelques décennies.

Cette autofiction sera le troisième élément du paradigme qu’est mon approche à l’écriture. Il y aura une quarantaine de chapitres basés sur les évènements historiques, une quinzaine d’apartés où l’auteur commentera les évènements importants du passé et du présent de l’écriture, plusieurs entrées du journal intime de l’auteur qui se déploie en parallèle avec la trame narrative des années soixante-dix et dans le présent de l’écriture sur le blogue de l’écrivain, et enfin des lettres, des articles journaux, des poèmes, des chansons de la période.

***

Les évènements dont je parle dans ces romans sont en fait des happenings, de la promotion de l’autre en tant qu’autre, des expériences sapientielles vécues librement en communauté qui s’ouvrent le droit à la subjectivité. Pour souligner l’importance de ce phénomène, les deux derniers volumes de cette trilogie viendront souligner l’anniversaire de la fondation du Théâtre du nouvel Ontario (2021), de Prise de parole et de la Nuit sur l’étang (2023).

Les anniversaires de ces organismes sont importants parce qu’ils sont à la fine pointe d’un mouvement qui préconise la production et la mise en valeur d’œuvres artistiques typiquement franco-ontariennes. Ayant beaucoup étudié la question, je ne dirais pas que c’est le début de la culture franco-ontarienne, mais plutôt l’étincelle qui a fait que quelques années plus tard les artistes canadiens-français de Toronto, d’Ottawa d’un peu partout en province, se sont dits Franco-ontariens. Leur tout étant devenu plus grand que la somme de leurs parties : le collectif devint un mouvement culturel.

Les trois volumes du Grand Livre ne sont pas et ne deviendront pas des essais littéraires (et même pas des cas d’espèce), ils sont et seront des happenings, des célébrations de la démarche des artistes franco-ontariens depuis cinquante ans.

Requiéscant in pace

Photo d’André Tremblay

Le Grand Livre, RIP, en ce 12 avril 2021

Ce matin, je m’attelle, je prends le mors aux dents, je fonce à tombeau ouvert, car je sens désormais une certaine urgence à terminer ma trilogie du Grand Livre. La mort me guette, la mort m’encercle, elle m’habite.

Je relis le premier numéro du magazine Réaction que j’ai préparé avec Claude Belcourt à l’été 1971. Une lecture que je me suis imposée pour me remettre dans le contexte de l’époque dans laquelle mon nouveau roman se déploiera. En le relisant, je dois admettre que c’est surtout Claude qui a fait ce travail. Il a assuré la permanence, car j’étais occupé à me préparer à l’arrivée de mon fils dans ce monde. En le voyant, dans la pouponnière, j’ai décidé de le reconnaître, de le nommer, en lui donnant le nom de mon meilleur ami et en jouant avec les autres prénoms de ma famille pour former une anagramme qui serait une déclaration d’appartenance.

Cinquante ans plus tard, Paul-André est mort, mon fils, AGAT, est mort, Claude le rédacteur est mort. Aujourd’hui, ils ne sont que des revenants qui s’animent dans mon esprit quand la tristesse ou la nostalgie me domine. En attendant que ce brouillard se dissipe, je prends le temps de me reposer, de pleurer pour me refaire une santé physique et émotive.

Dominus vobiscum. Et cum  spiritu tuo !

Si seulement cette bénédiction était ancrée dans le réel de l’humanité plutôt que dans l’apex de notre imaginaire. Mais ce n’est pas le cas, l’homme rêve de l’au-delà. Ce n’est pas un caprice, c’est une partie intégrante de son génome. Soit, mais il ne faut pas se prélasser dans l’adversité et, surtout, il ne faut pas se réfugier dans l’irréel. En désespoir de cause, il vaut mieux pleurer. En laissant son corps hoqueté, on remet notre conscience d’aplomb ; j’ai suffisamment vécu pour l’admettre. Je l’ai appris à mes dépens, il faut activer notre propre soupape… soi-même. Pour laisser son âme s’épancher plutôt que de tenter de tout endiguer… au risque de subir les retombées d’un éclatement incontrôlé. C’est la seule manière de combattre la poisse.

En attendant, il faut monter sur les barricades, dénoncer le mal que l’on nous a fait, combattre et… tout recommencer… la vie est un combat, qui est à son meilleur quand la lutte est collective. 

Aujourd’hui, je suis triste ; hier, dans le Nouvel-Ontario, Abel a tué Caen. Laurentian University has just murdered its French counterpart : la Laurentienne… sa jumelle constitutionnelle. Dans cette université, l’égalité des peuples fondateurs n’existe pas, ça manque à la culture des directeurs de l’institution. Dans cette tour d’ivoire, on a oublié que la Mission de l’université est une union des cœurs, un acte de concorde dans laquelle l’Université de Sudbury a accepté de partager sa charte avec deux autres dénominations. En 1960, ensemble, elles ont fondé une université bilingue et non confessionnelle pour mieux servir le grand public. C’était et ce devrait toujours être un projet de société et non pas une entreprise de commercialisation. Un diplômé n’est pas un produit, c’est une personne, un membre en puissance d’une société qui se construit.

Les administrateurs de cette institution blâment tous ce qui bouge : les syndicats, les professeurs, les jardiniers et même les étudiants qui choisissent d’aller étudier ailleurs. Ils devraient plutôt passer au crible les décisions des cadres qui, de toute évidence, n’ont pas géré les ressources humaines, financières et immobilières de l’Université, selon les règles de l’art. Leur devoir était d’utiliser tous les moyens institutionnels de la Laurentienne pour poursuivre les objectifs de sa Mission.

Plutôt que d’admettre leurs échecs, ils ont choisi de changer, d’imposer une nouvelle Mission à leur image, à l’image de leur échec.

Plutôt que d’admettre leurs erreurs et de les corriger, ils choisissent de projeter leurs responsabilités sur les autres et d’attaquer les plus faibles. De réduire l’empan de la vision des fondateurs pour qu’elle corresponde désormais à leurs propres inaptitudes. On varlope vers le bas pour mieux paraître. C’est une approche trumpienne à la gestion de crise ce n’est pas une approche du leadership, c’est une preuve d’iniquité.

Tous ces évènements ne font qu’alourdir ma tâche, ralentir ma démarche, car elle m’éloigne de mon sujet de prédilection : écrire un roman au sujet de la vie des étudiants francophones à la Laurentienne en 1972-1973. Mon roman devait être une autofiction, un regard nostalgique et même affectueux sur cette époque, un happening ancré dans notre Prise de Parole ontarienne, un poème d’amour que nous avons chanté dans les Nuits que nous avons passées ensemble… dans notre Université, à la Laurentienne. Désormais, elle manque à l’appel. C’est comme si une partie intégrante de moi-même est trépassée, comme si on m’avait volé tout le bleu de ma jeunesse. Oserais-je parler de viol ? Le fait qu’on en profite pour prendre le contrôle des trois Collèges fondateurs, est la réponse à cette question. Le viol est un exercice abusif du pouvoir, donc du point de vue de notre collectivité, la réponses un OUI retentissant, car pour les francophones la Laurentienne n’existe plus et cela m’attriste énormément.

Mon sang s’épaissit, mon encre se fige sur la pointe de mon stylo, comme le sang qui se caille dans mes veines, comme la coulée de la Slague qui s’immobilise sur les flancs des moraines artificielles du Grand Sudbury.

Le grand ciel bleu n’est plus, c’est la grande noirceur. Dans la nuit du Nouvel-Ontario, il n’y a plus d’étoile polaire, il n’y a plus d’aurores boréales, il n’y a que l’iridescence du lucre, de la Slague qui fait rougir le ciel.

Alma Mater, Requiéscant in pace

Gaston Albert Tremblay,

Professeur émérite, Queen’s University


Le Blogue de Gaston
Photo: Anik de Caruffel

Nouveaux volumes du Grand livre

L’inspiration et la structure de la trilogie

Le deuxième volume du Grand Livre, Derrière le rideau de scène, paraîtra cet automne, en 2021, afin de souligner de 50e anniversaire de la fondation du théâtre du Nouvel-Ontario. La publication du troisième volume, « De la parole et de la nuit » est prévue pour le printemps 2023, à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation des éditions Prise de parole et de la Nuit sur l’étang.

J’ai découvert la deuxième personne du singulier en partageant mon journal intime avec mon ami Paul-André. Nous avons découvert le singulier de la troisième personne en ouvrant un espace commun d’écriture, notre Grand Livre ! Ainsi nous avons lancé nos carrières artistiques, lui dans les arts de la scène et moi en littérature.

À cette époque, tout était à faire dans le Nouvel-Ontario. Dans le cadre de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, nous avons construit de toutes pièces un théâtre, une maison d’édition qui perdurent sur la scène régionale et nationale. Le grand livre original était un pacte d’amitié entre deux adolescents, les œuvres de la coopérative CANO furent une amicale de jeunes artistes. Ce fut la découverte de la première et deuxième personne du pluriel ; les nous et vous de notre collectif, qui s’ouvrent nécessairement les bel-ils [sic] et les belles-elles sur la place publique

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En 1988, j’ai décidé de poursuivre ma carrière sur la scène nationale. Paradoxalement, c’est à Montréal que j’ai découvert et étudié l’œuvre de Jean Éthier-Blais, un auteur de mon village natal. Ce qui a retenu mon attention c’est qu’à la fin de sa vie Jean Éthier-Blais rentre « au pays » en écrivant trois romans qui se déploient dans le Nouvel-Ontario. C’est ainsi qu’il tranche le nœud de son exil. Son retour aux sources correspondait à l’expérience que je vivais après la publication de mon troisième roman. C’est un peu comme si l’exil de Jean Éthier-Blais me confirmait dans mes propres déplacements littéraires. « Le lieu de l’exil n’est pas celui qui vous est échu. C’est celui que vous avez quitté. […] L’homme qui, arraché à ses objets familiers, descend dans son cœur et y trouve une force à lui inconnue a vaincu l’exil. » Et il ajoute « Nous revenons toujours à la même question : qui suis-je ? »

Cette descente au fond de moi-même m’a incité à relancer l’écriture de Notre Grand Livre, celui qui est au cœur de ma trajectoire artistique, celui qui a été mon lieu de naissance intellectuelle, la porte par laquelle je suis entré en littérature. Il s’en dégage toujours une pulsion organique, poétique et personnelle qui anime ma démarche littéraire.

Le volume un du Grand Livre, publié en 2012, est la continuité de mes trois premiers romans. C’est aussi un retour à la case première, au Grand Livre des deux jeunes qui écrivaient, à tour de rôle, des entrées dans leur journal personnel de 1967. Le narrateur, le survivant d’une tragédie, est aussi l’écrivain de la trame narrative. Il se permet d’écrire dans le présent de l’écriture des apartés où il partage avec le lecteur ses opinions au sujet de la trame narrative (1967-1968), à propos du suicide de Paul-André (1978), au sujet de ses lectures et du métier d’écriture. Pour plus d’information, cliquez sur cet hyperlien.

Ce qui semble être un roman polyphonique n’est en fait qu’une seule voix narrative qui se déplace d’un point d’élocution à l’autre aussi bien que d’une époque à l’autre. Le roman a connu un certain succès d’estime. Il fut le premier roman abordé par le jury lors d’un entretien littéraire au Salon du livre de Toronto au sujet des dix meilleurs romans de l’Ontario français, voir l’hyperlien dans la documentation d’appui.

Ce que le lecteur pressent dans le premier volume advient dans le deuxième volume du Grand Livre : le Canada français traditionnel éclate, ses institutions culturelles se recentrent sur le Québec et les francophones des régions minoritaires sont laissés à eux-mêmes. Dans « Le rideau de scène », le lecteur retrouve les deux mêmes protagonistes ; mais, leur journal intime s’est déplacé sur la place publique, sur les planches de la Troupe universitaire et dans les pages du Lambdam le journal des étudiants de ce qui fut l’Université Laurentienne.

Le troisième volume est la suite narrative des deux premiers tomes : les deux jeunes hommes qui s’éloignent de leur paroisse, de leur alma mater ; comme il se doit, ils s’investissent dans leurs projets qui se déploient dans le réel du Nouvel-Ontario, des organes de communications qui désormais leur permettront de participer en direct à la prise de parole des francophones d’Amérique, celle qui se déploie au Québec depuis quelques décennies.

Cette autofiction sera le troisième élément du paradigme qu’est mon approche à l’écriture. Il y aura une quarantaine de chapitres basés sur les évènements historiques, une quinzaine d’apartés où l’auteur commentera les évènements importants du passé et du présent de l’écriture, plusieurs entrées du journal intime de l’auteur qui se déploie en parallèle avec la trame narrative des années soixante-dix et dans le présent de l’écriture sur le blogue de l’écrivain, et enfin des lettres, des articles journaux, des poèmes, des chansons de la période.

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Les évènements dont je parle dans ces romans sont en fait des happenings, de la promotion de l’autre en tant qu’autre, des expériences sapientielles vécues librement en communauté qui s’ouvrent le droit à la subjectivité. Pour souligner l’importance de ce phénomène, les deux derniers volumes de cette trilogie viendront souligner l’anniversaire de la fondation du Théâtre du nouvel Ontario (2021), de Prise de parole et de la Nuit sur l’étang (2023).

Les anniversaires de ces organismes sont importants parce qu’ils sont à la fine pointe d’un mouvement qui préconise la production et la mise en valeur d’œuvres artistiques typiquement franco-ontariennes. Ayant beaucoup étudié la question, je ne dirais pas que c’est le début de la culture franco-ontarienne, mais plutôt l’étincelle qui a fait que quelques années plus tard les artistes canadiens-français de Toronto, d’Ottawa d’un peu partout en province, se sont dits Franco-ontariens. Leur tout étant devenu plus grand que la somme de leurs parties : le collectif devint un mouvement culturel.

Les trois volumes du Grand Livre ne sont pas et ne deviendront pas des essais littéraires (et même pas des cas d’espèce), ils sont et seront des happenings, des célébrations de la démarche des artistes franco-ontariens depuis cinquante ans.

Cinquante ans plus tard; Moé, j’viens du Nord, ‘stie résonne encore

Andréanne Joly : Francopresse
Andréanne Joly Francopresse

FRANCOPRESSE – ll y a 50 ans, la Troupe de théâtre de l’Université Laurentienne de Sudbury créait l’œuvre collective Moé, j’viens du Nord, ‘stie. Ce texte qui résonne encore aujourd’hui en Ontario français a non seulement mené à la création du Théâtre du Nouvel-Ontario, il a aussi marqué l’affirmation de la culture francophone nord-ontarienne.

De gauche à droite: André Paiement (Roger); Gaston Tremblay (Marc); Denis Courville (Raymond).

En pleine contreculture

Automne 1970, un groupe d’amis passionnés de théâtre quitte Sudbury en direction de Toronto pour voir la comédie musicale Hair et le film 2001, A Space Odyssey. Ils sont impressionnés par l’exubérance de l’une et par les effets visuels de l’autre ; ils en reviennent inspirés.


« En tout cas, je m’appelle Roger. Mes chums, y m’appellent Rog. J’ai 18 ans pis j’suis né icitte à Sudbury, en plein Nord-Ontarien… Ha, ha! It’s great to be a Northerner. »— Extrait de Moé, j’viens du Nord, ‘stie

Pour lire l’article, cliquez sur l’hyperlien : ici-bas !

Cinquante ans plus tard, Moé, j’viens du Nord, ‘stie résonne encore | Arts et culture | Actualité | Francopresse

L’incipit de mon prochaine roman

Le Grand Livre, volume 3, chapitre 1     

Fight, Flight… Freeze

Le vent du Nord soufflait autour de lui, une bourrasque aussi soudaine que violente souleva son foulard. Hors de contrôle, son cache-nez battait dans l’air, Albert n’arrivait pas à le replacer à son avantage. Pendant une accalmie, le survêtement s’enroula autour de sa tête, lui protégeant les oreilles, mais lui bandant les yeux. Du bout de ses doigts, Albert serra l’écharpe autour de son cou pour empêcher la tempête de se glisser sous son manteau, entre sa chair et les bourrelets de laine isolante de sa canadienne. Mais, surtout, il voulait libérer sa vue, car il était curieux de voir ce qu’il y avait dans l’ancienne grange abandonnée derrière leur nouvelle demeure. Les portes de service, suffisamment grande pour laisser passer un tracteur battait au vent, tout l’édifice craquait. Il était maintenant un entrepôt de bric-à-brac obsolètes : des outils de défricheur, des instruments aratoires d’une autre époque, des anciens meubles défraichis… En fait, ce hangar abritait tous les gréements d’une famille qui avaient courageusement, de génération en génération, exploité cette petite terre à quelques kilomètres du village de Sturgeon Falls. Dans un rang tranquille où presque personne ne s’aventurait sauf peut-être les hippies qui voulait faire un retour à la terre. Ce n’était pas le cas d’Albert, il cherchait la paix de l’hiver, mais sa démarche était la même.

Cette grange de bois gris, ses portes rabattues négligemment sur ses flancs, lui rappelait le cabinet de luxe du téléviseur de ses grands-parents qui lui permettaient de regarder avec eux Les belles histoires des pays d’en haut qui était entre autres un documentaire sur les exploitations fermières d’antan. En fait, sa curiosité était pour lui beaucoup plus un regard nostalgique sur l’intérieur de l’atelier de son grand-père paternel, c’était une recherche aux fonds de son âme. Albert entra, timidement… un autre coup de vent s’éleva, contourna et embrassa l’édifice : les portes se refermèrent derrière Albert. Il sursauta. Ses yeux clignèrent, désorienté son corps battait l’air, ses pieds cherchaient la terre ferme, il tomba à la renverse. Le vent hurlait, les portes claquaient à qui mieux mieux. Étourdit, sa tête frappa le revers d’un socle, le toit de métal ondulé grinçait, le plafond tournait au-dessus de son corps, la lumière entrait dans la pièce à travers des murs ajourés. La tempête tomba subitement, le vent s’assoupit, Albert aussi, il sombra dans un rêve agité.

Photo : Un homme qui marche dans la tempête,
André Tremblay

Je suis libre, vous êtes libres, nous le sommes…

Le port du masque,
une expression de la fraternité française !

Plusieurs opposants au port du masque se défendent en suggérant que les consignes sanitaires de l’État soient des empiètements de la majorité sur les libertés de la minorité et plus particulièrement sur celle des individus. Cela est peut-être vrai aux États-Unis (j’en doute, comme nous le verrons), mais dans la francophonie les choses sont tout autres.

Au Québec, « On se souvient », un concept que j’ai eu souvent à expliquer a des amis français en visite. Comment peut-on se souvenir, être de nostalgique pour la France de l’Ancien Régime où il y a eu autant de despotes que de rois ?

La France a eu ces révolutions sanglantes, nous avons eu notre révolution tranquille… à l’anglaise. Et les Francos-Ontariens ont eu leur révolution sereine. En Amérique, notre « nationalisme » gaulois s’est mué en solidarité, pour mieux s’opposer à « l’autre ». La minorité propose, la majorité dispose, la solidarité est la seule proposition qui puisse assurer la survie des minorités.

En France, les révolutionnaires ont pu faire table rase, ensemble ils se sont donné un nouveau crédo, un syllogisme de mots unaires : Liberté, Égalité, Fraternité. Les majuscules me semblent essentielles, comme dans les cas du « We the People » dans le préambule de la déclaration d’indépendance américaine. Malheureusement, cette déclaration ne contient que des variantes des deux derniers mots ; la première prémisse, la liberté ayant été reléguée aux oubliettes de l’esclavage.

Ici, les prémisses s’opposent. Oui. Je suis absolument libre, mais mon voisin l’est également. Si toutes les personnes sont égales, elles ont, en liberté, les mêmes droits et, fraternellement les mêmes devoirs. Donc, la liberté de l’un est contiguë à celle des autres. Pour bien réconcilier ces deux prémisses lunaires et absolues, il doit y avoir une conclusion logique et organique, et la fraternité est nécessairement vivante et, de surcroit, inscrite dans la chair des individus.

Non, le port du masque n’attaque pas la liberté individuelle. Bien au contraire ce geste l’étaie, car la liberté s’exerce en communauté. Le port du masque est une main tendue, c’est un geste bienveillant envers son voisin. Cela est d’autant plus important au cœur d’une pandémie mortelle, là où la santé et même la survie de tout un chacun sont interdépendantes.

Unaire : Selon le Larousse, adjectif. « Se dit d’un élément logique qui ne dispose que d’une place possible, qui ne peut avoir qu’un seul argument. »

Topo-Gigio, la réalité et une peinture de Goya

LE BLOGUE DE GASTON

Ce soir, jour de la Saint-Valentin, j’ai délaissé les ondes de l’American-Live-TV pour regarder Crazy-Heart, un film de musique western.
Pour moi les États étaient les pays de Walt Disney, de la cabane du Shaggy Dog, de la maison de billes de Daniel Boone, de Rintintin et de Lassie. C’était aussi la section de journal des bandes dessinées de Mickey Mouse, de Donald etTopo ses trois petits neveux, des programmes de Lucille Ball, d’Ed Sullivan et de son ami Topo Gigio.
C’était le pays des oranges à l’époque où les oranges étaient rares en hiver. C’était un pays magique, celui d’Elvis Presley qui chantait Crying in the Chapel en noir et blanc.

« America the beautiful.
The land of the free and the brave »

Et le paradis n’est plus, c’est le déclin de l’empire américain dans le grand colisée américain, les nouvelles de six heures, en direct et ensanglantées…

Voir l’article original 257 autres mots

Le 2e volume du Grand Livre

https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/jonction-11-17/segments/entrevue/206074/gaston-tremblay-crise-octobre-1970-livre

Voici un hyperlien vers un entretien que j’ai eu avec CBON, Radio Canada dans le Grand Sudbury, au sujet des évènements d’octobre de 1970 et de l’écriture de mon deuxième Grand Livre.

La chasse aux canards

Pour l’oncle Albert

Et pour mes cousines et mon cousin Levesque-Tremblay

Je suis de la pinède

Que j’ai cultivée

Sur les rives du lac Clair

Tu es de l’eau

Qui lèche les galets

Sur les plages du lac Nipissing

Je suis du roc

Que j’ai foré six cents pieds sous terre

Au fond de la Frood-Stobie

Tu es de rigodons

De chansons grivoises, tu as même

Un Minuit chrétien rigolo au gorgoton

Je suis des fleurs noires

Qui alourdissent les branches

Des épinettes au nord de chez ma mère

Tu es de roseaux, de nénuphars

D’automne, de froidure et d’éclats de rire

Et

Ton âme flotte toujours entre les joncs

De nos lacs et marais.

Gaston-Albert Tremblay