Tournée en coccinelle

Le Grand Livre, Septembre 1971

Déjà quatre ans d’amitié…

Le temps coule, il s’écoule, les belles choses changent, sur le chemin du bonheur au malheur il n’y a que de la tristesse. Septembre 1967 me semble si loin. L’amitié est essentielle, réconfortante, mais elle est aussi exigeante parce que l’autre est toujours là, il a des besoins, et c’est parfois dérangeant. Comme un bon vin qui fut, mais qui est maintenant vinaigré.

Paul-André demeure avec nous, l’automne approche. Au-delà de tout, une chanson tourne dans ma tête, au-dessus de mon âme, comme un oiseau angoissé.

If the sky above you should turn dark and full of clouds
And that old north wind should begin to blow
Keep your head together and call my name out loud now
Soon I’ll be knocking upon your door                                        
James Taylor (Carole King)

J’ai vraiment été bête, car je l’ai mis à la porte. C’est une chose qui normalement ne se fait pas. Pas dans mon monde du moins.

Je lui ai demandé de partir, car quand nous étions ensemble, mon épouse, mon ami et moi nous respirions notre propre stress, nous goutions notre angoisse comme si c’était un nuage de souffre qui s’était abattue sur nous. Je ne pouvais plus passer du temps avec lui sans me sentir coupable, coupable de ne pas faire mon devoir.

Dans de telles circonstances, il est important de ne pas blâmer les autres, car ça serait une évasion, une fuite trop facile, une projection malsaine sur les deux autres. S’évader peut-être une bonne chose dans d’autres circonstances quand il n’y a pas d’autre personne d’impliquée issue. Quand il ne nous reste pas d’endroit pour me reposer.

Pour espérer, pour rêver, pour écrire.

Je reviens à Paul-André. Je l’envie, il est libre de poursuivre sa carrière. Ce n’est pas clair où il s’en va, mais au moins il y va, Il m’a demandé la permission d’utiliser mon journal pour produire quelque chose. J’ai trouvé cette demande frustrante, car il m’est presque impossible de refuser, mais en même temps je n’arrive pas à accepter automatiquement. J’ai pris tellement de temps à réfléchir que ma procrastination est de facto devenue un refus.

Il est une heure du matin, je suis étourdi, toutes mes pensées tournent en rond, je sombre.

J’espère le sommeil.

Albert

***

Les trois amis n’abordèrent pas directement la question, le départ de la troupe pour Toronto fut l’occasion de trancher la question. La mère décida de rester à la maison pour s’occuper de son enfant plutôt que de participer à des au revoir qui s’avéreraient certainement difficiles. Pour sa part, Albert accepta de reconduire Paul-André à l’entrée de l’auditorium Fraser, et même d’aider aux comédiens de charger les voitures du convoi de la troupe. Tous les membres de la troupe s’étaient fixé un rendez-vous à l’entrée du théâtre de l’université pour prendre les équipements et les décors du Septième jour. Tous les blocs de décors escamotables, les haut-parleurs, les luminaires et les pieds avec une barre en « T » furent rapidement relégués à la remorque de Robert tandis que les amplificateurs, les blocs de puissance et leurs petits panneaux de contrôles Strand-Century furent placés dans le coffre sécuritaire à l’arrière de l’habitacle de la familiale de Jean-Paul.

Comme si ce n’était pas suffisant, les techniciens durent jucher une énorme boîte de bois plein d’accessoires divers et de lourd filage. En riant, ils versèrent de la broue de bière sur son capot avant, ils affublèrent la familiale « la coccinelle en balloune » ou « Jaypee’s pregnant love bug ». La petite Datsun rouge de Pierre le directeur ouvrait la marche, la grosse minoune blanche de Robert vrombissait en tirant sa remorque au centre et la Volkswagen enceinte fermait le cortège, comme une allégorie dynamique du drapeau Canadian du rouge, du blanc et encore du rouge avec le bleu de la francophonie canadienne relégué aux habitacles des minorités.

Quand tout fut bouclé, quand tout fut dit, Pierre le papillon s’écria « All aboard!!! ». Et Robert le musicien ajouta « N’oubliez pas de faire un arrêt au look-out de la rivière des Français. » Albert se sentait exclu, triste, il se tenait à l’écart du groupe. Paul-André s’arrêta pour lui dire quelques mots avant de s’embarquer.

  • « Bon, c’est le temps de partir.
  • – J’espère que tu n’es pas fâché… Paul-André je…
  • – Albert., n’intiquiète-toé pas, [sic] j’ai tout compris, prends bien soin de ta femme ! En ce moment, à l’a besoin de toute ton attention » dit-il en embrassant son ami sur les joues, pour lui faire un baiser amical… à l’européenne. »

Paul-André fut le dixième à s’embarquer. Il prit sa place dans le siège du navigateur, car on lui avait demandé de guider Jean-Paul jusqu’au rendez-vous du look-out fluorescent près de la rivière des Français. En ensuite de lui indiquer la piste à suivre à travers la ville de Toronto, car Pierre le directeur avait décidé que le convoi monterait en ville par l’avenue Road jusqu’à Yorkville, au carrefour de la rue Bloor. Albert regardait son ami s’installer dans son siège, il ne put s’empêcher de penser qu’il ne reverrait pas son ami de sitôt…

cela l’attrista, il s’évada dans « ses ailleurs », le temps de revivre virtuellement le dernier voyage qu’il avait vécu avec Paul-André et Robert le musicien en 1970. En regardant par la fenêtre de la voiture, il crut voir double, mais il comprit rapidement qu’il ne s’agissait pas deux apparitions de Bonnie, l’ancienne blonde de Robert, mais de Michelle et Monique les deux nouvelles comédiennes de Montréal qui derrière leurs masques de corneille coassaient sur le petit siège des enfants de la familiale allemande de Jean-Paul.

***

En s’approchant de la montée de la grande colline, Robert écrasa le champignon de sa grosse minoune pour dépasser la Datsun du directeur. La Galaxie 500 eut à peine le temps de se ranger devant les autres voitures pour ouvrir le chemin. Le conducteur activa son clignoteur droit pour indiquer aux deux autres voitures que c’était le temps de s’arrêter pour la pause. La grosse berline nord-américaine n’eut aucun problème à s’envoler vers le sommet, laissant derrière elle la petite Datsun qui ahana un peu en atteignant le niveau du point de vue panoramique. Mais c’est l’arrivée de la coccinelle en balloune qui fit rire les comédiens, car son conducteur devait abuser de la pédale d’embrayage pour faire sautiller sa voiturette comme une lapine engrossée, bien fourrée d’équipements trop lourds.

– Ouf, Ouff et puis Ouff s’exclama Jean-Paul soulagé d’être arrivé sans briser quoique ce soit.

– Enfin, on aurait cru que ta machine était en travail.

– Comment ça ?

– Mais où sont les comédiens ? cria Pierre le directeur.

– Ben, j’ai eu des problèmes à monter la côte répondit Jean-Paul pour défendre son rôle dans l’histoire. Ils ont été obligé de monter la côte en marchant.

– La familiale de Jaypee, a fait une fausse couche cria une des corneilles ! en rattrapant la voiture.

– Nous sommes les avortons, nous n’sommes pas une omelette, nous sommes les oisillons, les corneilles du futur. Coassons, coassons, entonnèrent les deux corneilles en coassant de plus belle.

  • – Et je suis leur grand Corbeau, cria Paul-André en partageant son gros Joe avec toute la troupe.
  • – Au fur et à mesure que les deux belles corneilles picoraient les grenailles dans les gros Joe de Paul-André elles s’exclamèrent en chœur « Ah ben, t’as ben raison, le noir de la pollution est tellement incrusté dans les rochers que le flanc de la montagne est fluorescent.
  • – Too much coassa Pierre le Papillon, moi qui pensais que c’étaient des hallucinations. C’est juste d’la pollution on est en terre connue.
  • – Non merci, dit Jean-Paul, surtout pas d’hallucinations pour moi, parce que moi je n’ai pas tellement l’habitude et puis aujourd’hui j’en ai plein les mains de conduire ma familiale.
  • – Bonne idée, les conducteurs devraient… euh… directeur en emboîtant le pas sans trop y croire…
  • – Ahh, pour moé, c’n’est pas la même chose, lâche Robert.
  • – Pourquoi demandèrent les corneilles.
  • – Parce que mon char connaît la route par cœur. »

***

DEUX NOUVEAUX VOLUMES DU GRAND LIVRE

L’inspiration et la trilogie

Le deuxième volume du Grand Livre, Derrière le rideau de scène, paraîtra cet automne, en 2021, afin de souligner de 50e anniversaire de la fondation du théâtre du Nouvel-Ontario. La publication du troisième volume, « De la parole et de la nuit » est prévue pour le printemps 2023, à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation des éditions Prise de parole et de la Nuit sur l’étang.

J’ai découvert la deuxième personne du singulier en partageant mon journal intime avec mon ami Paul-André. Nous avons découvert le singulier de la troisième personne en ouvrant un espace commun d’écriture, notre Grand Livre ! Ainsi nous avons lancé nos carrières artistiques, lui dans les arts de la scène et moi en littérature.

À cette époque, tout était à faire dans le Nouvel-Ontario. Dans le cadre de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, nous avons construit de toutes pièces un théâtre, une maison d’édition qui perdurent sur la scène régionale et nationale. Le grand livre original était un pacte d’amitié entre deux adolescents, les œuvres de la coopérative CANO furent une amicale de jeunes artistes. Ce fut la découverte de la première et deuxième personne du pluriel ; les nous et vous de notre collectif, qui s’ouvrent nécessairement les bel-ils [sic] et les belles-elles sur la place publique.

***

En 1988, j’ai décidé de poursuivre ma carrière sur la scène nationale. Paradoxalement, c’est à Montréal que j’ai découvert et étudié l’œuvre de Jean Éthier-Blais, un auteur de mon village natal. Ce qui a retenu mon attention c’est qu’à la fin de sa vie Jean Éthier-Blais rentre « au pays » en écrivant trois romans qui se déploient dans le Nouvel-Ontario. C’est ainsi qu’il tranche le nœud de son exil. Son retour aux sources correspondait à l’expérience que je vivais après la publication de mon troisième roman. C’est un peu comme si l’exil de Jean Éthier-Blais me confirmait dans mes propres déplacements littéraires. « Le lieu de l’exil n’est pas celui qui vous est échu. C’est celui que vous avez quitté. […] L’homme qui, arraché à ses objets familiers, descend dans son cœur et y trouve une force à lui inconnue a vaincu l’exil. » Et il ajoute « Nous revenons toujours à la même question : qui suis-je ? »

Cette descente au fond de moi-même m’a incité à relancer l’écriture de Notre Grand Livre, celui qui est au cœur de ma trajectoire artistique, celui qui a été mon lieu de naissance intellectuelle, la porte par laquelle je suis entré en littérature. Il s’en dégage toujours une pulsion organique, poétique et personnelle qui anime ma démarche littéraire.

Le volume un du Grand Livre, publié en 2012, est la continuité de mes trois premiers romans. C’est aussi un retour à la case première, au Grand Livre des deux jeunes qui écrivaient, à tour de rôle, des entrées dans leur journal personnel de 1967. Le narrateur, le survivant d’une tragédie, est aussi l’écrivain de la trame narrative. Il se permet d’écrire dans le présent de l’écriture des apartés où il partage avec le lecteur ses opinions au sujet de la trame narrative (1967-1968), à propos du suicide de Paul-André (1978), au sujet de ses lectures et du métier d’écriture.

Ce qui semble être un roman polyphonique n’est en fait qu’une seule voix narrative qui se déplace d’un point d’élocution à l’autre aussi bien que d’une époque à l’autre. Le roman a connu un certain succès d’estime. Il fut le premier roman abordé par le jury lors d’un entretien littéraire au Salon du livre de Toronto au sujet des dix meilleurs romans de l’Ontario français.

Ce que le lecteur pressent dans le premier volume advient dans le deuxième volume du Grand Livre : le Canada français traditionnel éclate, ses institutions culturelles se recentrent sur le Québec et les francophones des régions minoritaires sont laissés à eux-mêmes. Dans « Le rideau de scène », le lecteur retrouve les deux mêmes protagonistes ; mais, leur journal intime s’est déplacé sur la place publique, sur les planches de la Troupe universitaire et dans les pages du Lambda, le journal des étudiants de ce qui fut l’Université Laurentienne.

Le troisième volume est la suite narrative des deux premiers tomes : les deux jeunes hommes qui s’éloignent de leur paroisse, de leur alma mater ; comme il se doit, ils s’investissent dans leurs projets qui se déploient dans le réel du Nouvel-Ontario, des organes de communications qui désormais leur permettront de participer en direct à la prise de parole des francophones d’Amérique, celle qui se déploie au Québec depuis quelques décennies.

Cette autofiction sera le troisième élément du paradigme qu’est mon approche à l’écriture. Il y aura une quarantaine de chapitres basés sur les évènements historiques, une quinzaine d’apartés où l’auteur commentera les évènements importants du passé et du présent de l’écriture, plusieurs entrées du journal intime de l’auteur qui se déploie en parallèle avec la trame narrative des années soixante-dix et dans le présent de l’écriture sur le blogue de l’écrivain, et enfin des lettres, des articles journaux, des poèmes, des chansons de la période.

***

Les évènements dont je parle dans ces romans sont en fait des happenings, de la promotion de l’autre en tant qu’autre, des expériences sapientielles vécues librement en communauté qui s’ouvrent le droit à la subjectivité. Pour souligner l’importance de ce phénomène, les deux derniers volumes de cette trilogie viendront souligner l’anniversaire de la fondation du Théâtre du nouvel Ontario (2021), de Prise de parole et de la Nuit sur l’étang (2023).

Les anniversaires de ces organismes sont importants parce qu’ils sont à la fine pointe d’un mouvement qui préconise la production et la mise en valeur d’œuvres artistiques typiquement franco-ontariennes. Ayant beaucoup étudié la question, je ne dirais pas que c’est le début de la culture franco-ontarienne, mais plutôt l’étincelle qui a fait que quelques années plus tard les artistes canadiens-français de Toronto, d’Ottawa d’un peu partout en province, se sont dits Franco-ontariens. Leur tout étant devenu plus grand que la somme de leurs parties : le collectif devint un mouvement culturel.

Les trois volumes du Grand Livre ne sont pas et ne deviendront pas des essais littéraires (et même pas des cas d’espèce), ils sont et seront des happenings, des célébrations de la démarche des artistes franco-ontariens depuis cinquante ans.

L’incipit de mon prochaine roman

Le Grand Livre, volume 3, chapitre 1     

Fight, Flight… Freeze

Le vent du Nord soufflait autour de lui, une bourrasque aussi soudaine que violente souleva son foulard. Hors de contrôle, son cache-nez battait dans l’air, Albert n’arrivait pas à le replacer à son avantage. Pendant une accalmie, le survêtement s’enroula autour de sa tête, lui protégeant les oreilles, mais lui bandant les yeux. Du bout de ses doigts, Albert serra l’écharpe autour de son cou pour empêcher la tempête de se glisser sous son manteau, entre sa chair et les bourrelets de laine isolante de sa canadienne. Mais, surtout, il voulait libérer sa vue, car il était curieux de voir ce qu’il y avait dans l’ancienne grange abandonnée derrière leur nouvelle demeure. Les portes de service, suffisamment grande pour laisser passer un tracteur battait au vent, tout l’édifice craquait. Il était maintenant un entrepôt de bric-à-brac obsolètes : des outils de défricheur, des instruments aratoires d’une autre époque, des anciens meubles défraichis… En fait, ce hangar abritait tous les gréements d’une famille qui avaient courageusement, de génération en génération, exploité cette petite terre à quelques kilomètres du village de Sturgeon Falls. Dans un rang tranquille où presque personne ne s’aventurait sauf peut-être les hippies qui voulait faire un retour à la terre. Ce n’était pas le cas d’Albert, il cherchait la paix de l’hiver, mais sa démarche était la même.

Cette grange de bois gris, ses portes rabattues négligemment sur ses flancs, lui rappelait le cabinet de luxe du téléviseur de ses grands-parents qui lui permettaient de regarder avec eux Les belles histoires des pays d’en haut qui était entre autres un documentaire sur les exploitations fermières d’antan. En fait, sa curiosité était pour lui beaucoup plus un regard nostalgique sur l’intérieur de l’atelier de son grand-père paternel, c’était une recherche aux fonds de son âme. Albert entra, timidement… un autre coup de vent s’éleva, contourna et embrassa l’édifice : les portes se refermèrent derrière Albert. Il sursauta. Ses yeux clignèrent, désorienté son corps battait l’air, ses pieds cherchaient la terre ferme, il tomba à la renverse. Le vent hurlait, les portes claquaient à qui mieux mieux. Étourdit, sa tête frappa le revers d’un socle, le toit de métal ondulé grinçait, le plafond tournait au-dessus de son corps, la lumière entrait dans la pièce à travers des murs ajourés. La tempête tomba subitement, le vent s’assoupit, Albert aussi, il sombra dans un rêve agité.

Photo : Un homme qui marche dans la tempête,
André Tremblay

Réflexion dans & devant une image

Scène des trois amis-Moé-jviens-du-nord-stie-1971Maudit qu’on était beaux !

Photo : Doug Kingsey 1971

Une photo de la pièce Moi j’viens du Nord ‘s’tie, l’image de la scène trois (où les trois amis assis sur un banc de parc) est devenue virale. Malheureusement, plus souvent que jamais, elle a servi d’avis de décès, plus précisément comme le rappel de la mort tragique de Paul-André. Donc, pour moi, voir cette photo apparaître à l’écran de mon ordinateur a toujours été accompagné d’une certaine amertume ; on se sent toujours délesté d’amour ou d’amitié lors du suicide d’un être cher ! Mais cette année, quand j’ai vu apparaître la photo, ma réaction fut tout autre. À ma grande surprise, mon commentaire fut amusant pour les personnes autour de moi. C’est peut-être que la légende que j’ai inscrite sous l’image fut aussi spontanée que candide et succincte !

Ce fut aussi une épiphanie, pour moi du moins, car à l’époque je n’avais pas encore réussi à me voir objectivement, en exotopie, c’est-à-dire d’un point de vue extérieur à ma propre personne. Peut-être parce que je suis né dans une famille d’entrepreneurs forestiers, et élevé dans une maison où il n’y avait pas de psyché, car les miroirs étaient tout petits et surtout fonctionnels. À peine assez grand pour se raser ou pour se maquiller le centre du visage. Quand Albert, mon alter ego dans cette œuvre, se regarde dans le miroir, il a l’impression de se voir dans une glace de cirque, là où les reflets sont difformes, selon ses états d’âme ou selon l’angle de son choix, car il n’est pas à l’aise dans sa peau. Albert se trouve étrange, pas tout à fait laid, pas tout à fait beau où pour être cool : c’est-à-dire, pour s’intégrer à la tendance sociale du jour : on disait tout simplement weird !

Weird… peut être, mais aujourd’hui, je dis « Maudit, qu’on était beau ! »

C’est peut-être pour cette raison qu’à la fin de mon adolescence je lisais et relisais aussi souvent que possible les poèmes de Saint-Denis Garneau. Désormais septuagénaire, je suis toujours fasciné par ces trois vers du poème « Accompagnement »…

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que ne puis pas prendre

Ce n’est pas mon intention d’interpréter aujourd’hui ce que ce Garneau, le poète, a pu vouloir dire, mais plutôt l’occasion de faire allusion à ce que j’ai pu — ou bien voulu — comprendre. Devant ce texte, qui assurément était — et qui l’est pour toujours — un reflet du poète, je me sentais étrange comme si j’étais devant une glace quelque peu embuée. Que je sois incapable de me réconcilier à son image me semblait tout à fait normal, mais que je sois dérangé par l’intensité de l’expérience que je vivais en lisant les poèmes de Saint-Denys-Garneau m’inquiétait et me fascinait.

Depuis, heureusement, je me suis réconcilié à moi-même. Ce fut un long voyage, « un long voyage abracadabrant », et je crois que le premier pas fut mon retour à l’écriture en 1995. Après une dizaine d’années d’aphasie, de silence, j’ai vécu comme une débâcle l’écriture et la publication de ma nouvelle, Souvenir de Daniel. Libéré, j’ai pu poursuivre ma vie à visage découvert : mes études, mes recherches, mes publications. Je pus prendre un certain recul, pour me voir de l’extérieur de moi-même, pour dire que j’étais beau, que nous étions beaux. Et surtout, je peux maintenant passer de ma personne à celle de mon personnage, pour « Que je sois [toujours] porté par la danse de ces pas de joies.

Et puis… voilà, maintenant je retourne à celui que je suis !

Photo : Annik de Caruffel, 2013

Poètes invités

Bonjour à tous,

Andrée Lacelle, une poétesse d’Ottawa, a réagi aux actes d’agression du « premier ministre » contre les Francos-Ontariens en sollicitant de courtes contributions de ses amis poètes. J’ai accepté de participer au projet d’Andrée et de publier son/notre poème rapaillé sur ce blogue. Nous vous encourageons à le partager avec le plus de personnes possible!

GAT

LE POÈME RAPAILLÉ

Dire la lumière de notre colère

LEPOÈMERAPAILLÉ_docx

 

 

 

 

 

Vous osez nous attaquer
dans notre existence même
maternée par notre langue
qui féconde notre identité
notre histoire notre mémoire
insondable est ma colère
jamais au grand jamais !
vous n’arriverez pas à me faire taire

•••

C’est du silence qu’émerge la parole.
C’est de cette parole que jaillit l’écho.
Avec tout le respect que je ne vous dois pas, monsieur,
je vous prie d’agréer ma reconnaissance
envers un geste qui n’aura que souligné votre ignorance.
Le silence est le meilleur prétexte pour se dire.
Merci de contribuer à notre visibilité.
Joke’s on you.

•••

Survivance

Poètes, soyons du cri et du hurlement
contre la meute et l’absurde de l’ignorance.
Auraient-ils déjà oublié Montfort encore fébrile
de la lutte sous nos ongles ? Nos voix durcies
par les mines et le nickel de nos passés ?
Nos quartiers décimés? Nos écoles fermées
et nos droits bafoués par leur stupeur ?
Quand on assassine une langue, on tue son peuple.

•••

Jean Marc savait que même dans les années 80
nous étions les Nigger-frogs de la province
mais c’est aujourd’hui que nous croassons
à voir notre étang se dessécher
Nos mines sont devenues des monuments
nos chantiers des routes vociférantes
notre soif frictionnée à l’alcool de rage

Qu’on ose nous couper les pattes
nous servirons le souper

•••

Je ne lis pas le français.
Je n’écoute pas le français.
Je n’écris pas le français.
Je ne parle pas le français.
Je n’étudie pas le français.
Je n’utilise pas le français.
Je vis le français,
comme beaucoup de francophiles.
Le fait de nous en priver est donc plus qu’un linguicide : c’est un meurtre.

•••

J’ai pris une grande marche au bord de la rivière, l’eau coule et nous aussi
j’ai pris une longue respiration au soleil, ses rayons éclairent et nous aussi
j’ai pris les dimensions de la consternation proclamée
j’ai pris de front la colère manifestée
j’ai pris la main de la détermination annoncée
j’ai pris à cœur nos mots exprimés, vêtements de la solidarité
voici venir le temps des grands vents

•••

Je ne sais pas écrire de la poésie sur la bêtise, l’indifférence ricanante,
L’intolérance à peine camouflée, l’aveuglement volontaire, les raisons économistes,
Les austérités néo-libérales et populistes, leurs mensonges grossiers, leurs trahisons ordinaires,
Leurs silences hautains et calculés, et les gros monsieurs grillés au soleil floridien,
Ou ailleurs, et leurs discours trompettant et plastifié ; mais ceci n’est pas un poème
Et la résistance est déroutante, polymorphe, rabelaisienne et câlisseuse.

•••

Les champs ont vieilli
La ville manque de biscuits
Nous mangeons les fleurs du tapis
La ouate des matelas nous colle aux lèvres
Les jardins se confondent dans nos corps et la misère
Ne nous fait plus bander : laissée derrière, la cendre des ténèbres
N’est plus que la poudre aux yeux calfeutrés de suif d’un aveugle
En odeur de gong. Prière de ne pas prier, aujourd’hui il faut exiger !

•••

Une fleur dans le canon d’un fusil – la paix !
Une parole interrompue – quel malappris !
Une langue ignorée – une cacophonie muette !
Un droit retiré – je me lève !
Droit comme la majuscule à l’accent aiguisé par mon clan.

•••

Non ! Vous n’étoufferez pas la flamme qui fait fleurir l’esprit
Vous ne tairez pas les mots de notre langue
à la pureté de nos fleuves et de nos rivières
à la noblesse de nos montagnes et de nos forêts.
Oui ! Nous continuerons de chanter la beauté
son souffle fécond dans nos gorges en feu.

•••

Nous priver de l’enseignement de notre langue
En Franc’Ontarie que nous portons au cœur
C’est charcuter l’héritage et bafouer les lois du passé
L’arbitraire imposé par l’ignorant FordiCrâneur
Cèdera le pas à Justice / Équité étant de notre côté
Sinon le Combat est réouvert jusqu’à Victoire Franc’Ontarienne !

•••

Sache le souffle qu’ont porté ces lieux
Leurs noms français si français
Le cœur qu’ils refoulent
Étourdi de flèches
Pointe Maligne Rigolet des Mille Roches Isle à l’enfant perdu
Pointe à la Cuisse Ance au Gobelet Isle aux deux têtes…
Je vous le dis
Je revendique le droit
De chanter ce fleuve de l’Ontario
L’infiniment oublié

•••

Chez nous !
Sur notre îlot francophone
Dans cette mer anglophone
Nous refusons de nous laisser détruire
Nous résisterons jusqu’à la mort
Ne vous en déplaise Monsieur Ford
Ici et là
Nous sommes debout
Debout et fiers d’être ce que nous sommes
Franco-Ontariens et fiers d’être là
Chez nous

•••

nous avons été, nous sommes et nous serons
fiers habitants de cette terre
nul préjugé, nul caprice, nul diktat
ne saura nous déloger
car nos racines sont
nobles, vigoureuses et profondes

•••

L’abécédaire du politicien

Les véritables personnes politiques
Les vraies, les fortes, les belles personnalités ALPHA
Ne s’en prennent pas aux minorités
Car cela ne règle qu’une partie des problèmes
Les vrais chefs, les vraies cheffes
Ont le courage de demander les mêmes sacrifices

D’exiger des contributions proportionnelles
De tout un chacun
Du premier au dernier
Du plus fort au plus faible
Des plus riches aux plus pauvres
DE L’ALPHA À L’OMÉGA

•••

Que l’âme rebelle cerne son horizon
l’élargisse au fil des générations
Elles ont œuvré pour leur université
Le centre-sud-ouest francophone s’accroît
On ne peut faire marche arrière
et oublier que toute minorité
teinte l’océan de son fleuve

•••

j’aurai le dernier mot
celui qui dit que j’ai ma place ici
et j’aurai mon mot à dire
bien après les cris blafards
cherchant à étouffer ma parole

•••

sur le trottoir
d’années lumières
une fleur de lys et un trillium
entrelacés d’un amour noir
sont écrasés par un gros porc
qui jette sa boue dans le jardin
des fleurons glorieux
la fin est proche qu’ils nous disaient
pendant qu’ils la précipitaient.
se tenir la main au bord du gouffre
pour éviter qu’on y glisse
crier dans ce trou
pour que les échos l’ensevelissent

la lutte est longue dans les coulisses

•••

Réduire au silence
600 000 rebelles
conduit,
M. Ford,
au lever d’un peuple
car nous sommes debout depuis 400 ans
et ce n’est pas vous qui nous ferez taire.

•••

Avec en mémoire mes ancêtres précurseurs
Je dépiste la trace de la trace
Au diapason du monde
Notre parole française franche
Disait dit dira la vie ici

Quand je revois l’arbre de mon enfance
Plus haut que les autres
Parfois je pressens le temps d’un mythe venu
Or l’arbre qui me fixe ne sera pas abattu

 

POÈTES

Pour une mobilisation de la parole poétique franco-ontarienne
face à l’attaque du gouvernement Ford contre notre collectivité

François Baril Pelletier – Angèle Bassolé – Jean Boisjoli – Hédi Bouraoui – André Charlebois – Éric Charlebois – Tina Charlebois – Nicole V. Champeau – Andrée Christensen – Margaret Michèle Cook – Daniel Groleau-Landry – Andrée Lacelle – Gilles Lacombe – Sonia Lamontagne – Gilles Latour – Pierre Raphaël Pelletier – Paul Savoie – Michel A. Thérien – Gaston Tremblay – Lélia Young

L’aller-retour

Le Grand livre, volume 34,
le 17 juillet 2018

BeamEn général, j’aime beaucoup (même trop) me prélasser dans mes souvenirs. Ce qui explique ma tendance à divaguer, à faire, sans crier gare, des retours en arrière bien sentis. J’ai une bonne mémoire, une 20/20… si vous me pardonnez la métaphore chargée.
Il y a quelques instants, j’ai entendu une version jazzée de Dimanche après-midi. À peine audible, les paroles de cette tune était à peine perceptible, son évanescence était aussi mystérieuse que celle d’un revenant. Si je l’ai reconnue, c’est de l’avoir tellement écoutée. Le coupable, mon IPOD… qui dans ma chambre continue d’exécuter la commande de lecture que je lui ai lancée hier soir.
Cela arrive, cet automate est immensément stupide, ou si vous le permettez, c’est un véritable idiot. Il ne sait pas que le soleil s’est levé, surtout il ne sait pas que j’en suis rendu à ma session d’écriture de l’aprèm, dix heures après le début de ma journée.
Dans ce genre d’expérience, je garde toujours un pied ancré dans la réalité et l’autre déchainé dans une version imaginée et virtuelle d’un moment intense. Pour y accéder, il faut se laisser aller complètement dans la poésie, il n’y a alors que la musique des  mots.

« Un mince fil vivant
[qui] serpente entre
le mot et le sens
entre la ligne et le signe »

ce poème de Denis St-Jules nous empêche de divaguer indéfiniment dans l’au-delà… dans l’absence de conscience.
Pour moi, ce poème et cette chanson, 50 ans plus tard, deviennent une métonymie, une expérience essentielle qui me permet de revisiter l’événement original. Pour ce faire, l’intensité du moment premier doit passer directement au travers de mon corps pour m’atteindre dans ce que j’ai de plus intime. Voilà où et pourquoi elle est essentielle…
J’ai passé plusieurs dimanches après-midi avec Paul-André sur la galerie de la maison de ses parents, on entendait la chorale qui chantait dans l’église. Le restaurant des adolescents, St-Amand’s, était fermé comme tous les commerces de notre petit village. Il n’y avait rien à faire sauf chiquer la guenille, sauf se féliciter d’avoir la chance d’être assis à l’abri avec un ami, de prendre le temps de taquiner une guitare, d’écrire une chanson et d’écouter la musique de la pluie.
Depuis toujours, il y avait une grande flaque d’eau devant la maison au lieu d’un trottoir. En 1960 et quelques, c’était comme ça, on n’avait même pas l’idée que notre trou d’eau était dû à l’absence d’un trottoir, c’était plutôt une invitation à aller danser dans l’eau… du moins pour ceux qui étaient assez fous pour le faire.
Ce n’est pas mon ami, mes amis ou ce village paisible qui me manquent, c’est tout simplement le plaisir d’avoir 18 ans… Qu’il est bon de s’oublier pour quelques instants, de voyager dans notre propre corps comme on voyage dans les paysages du Nouvel-Ontario. Lacs, ruisseaux, forêts déchainées, le sang qui bouille dans mes vielles veines comme il le faisait autrefois, quand nous avions 18 ans… mon corps et moi!
Beam me down Scotty.

Révision de la Loi sur le droit d’auteur : n’oublions pas les créateurs !

Communiqué pour publication immédiate
Montréal, 18 décembre 2017

L’UNEQ accueille favorablement les intentions du législateur dans la révision de la Loi sur le droit d’auteur, annoncées le 14 décembre dernier par les ministres Mélanie Joly (Patrimoine canadien) et Navdeep Bains (Innovation, Sciences et Développement économique Canada).Les deux ministres ont fait savoir que la loi sera revue en profond

Maison-des-écrivains
La maison des écrivains : au square Saint-Louis à Montréal

Les deux ministres ont fait savoir que le loi sera revue en profondeur et qu’elle redonnera du poids aux droits des créateurs : la législation devra « habiliter les créateurs à tirer profit de leur travail et de leurs investissements », « permettre aux créateurs de recevoir une rémunération équitable et transparente et aux utilisateurs de bénéficier d’un domaine public ». Nous ne pouvons qu’être en accord avec ces intentions et espérer qu’elles seront suivies de résultats concrets.
Le porte-parole de la ministre Mélanie Joly, Simon Ross, a d’ailleurs déclaré : « On a souvent dit qu’il sera important de remettre les créateurs au centre de la loi », ajoutant que « la réforme de 2012 n’était pas équitable pour les artistes ». Nous sommes d’accord avec cette déclaration et croyons que ce souci à l’égard des créateurs est devenu fondamental pour assurer la survie de notre modèle de création artistique.
L’UNEQ note cependant que la révision de la loi a été confiée au Comité permanent de l’industrie, des sciences et de la technologie de la Chambre des communes. « Il est primordial que le ministère du Patrimoine canadien soit intimement engagé dans le processus pour que la révision de la loi tienne compte des besoins des créateurs et de l’industrie culturelle », estime Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ.
Rappelons qu’en 2012, lorsque le gouvernement fédéral a modifié la Loi sur le droit d’auteur, il a accru le nombre d’exceptions qui permettent d’utiliser une œuvre protégée ou une partie de celle-ci sans le consentement du titulaire de droits et sans rémunération.
En conclusion, si nous estimons heureuse l’annonce des deux ministres fédéraux, nous rappelons notre volonté de prendre part activement à ces travaux de révision. Il s’agit de déterminer les valeurs fondamentales que le Canada veut mettre de l’avant pour les années à venir, avec des répercussions importantes pour les créateurs et l’ensemble de la société.
À propos de l’UNEQ
Créée en 1977, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois regroupe plus de 1 500 poètes, romanciers, auteurs dramatiques, essayistes, auteurs pour jeunes publics et auteurs d’ouvrages scientifiques et pratiques. L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise, au Québec, au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socioéconomiques des écrivains.
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Source : Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)
Contact : Jean-Sébastien Marsan, directeur des communications, 514 849-8540 poste 225 | jsmarsan@uneq.qc.ca

 

PEN International s’inquiète

Voici donc un communiqué de presse de PEN International, dont je suis membre, que j’ai traduit en Français pour PEN Québec.

Gaston

PEN International s’inquiète de la détérioration du climat de liberté d’expression en Catalogne

85755_camera-television-tv3-catalogne-chaine-publique23 novembre 2017 — PEN International est extrêmement préoccupé par les restrictions qui ont été imposées à la liberté d’expression et d’opinion en Catalogne pendant la campagne référendaire et après le référendum sur l’indépendance de la Catalogne tenu le premier octobre 2017. Alors que l’élection régionale du 21 décembre approche en Catalogne, PEN International est particulièrement alarmé par les rapports sans précédent de l’augmentation du niveau de harcèlement et de violence contre les journalistes.

« Pour qu’une élection soit libre et juste, il est vital et évident que les journalistes devraient être capable de travailler sans harcèlement, sans intimidations et interférences indues, pour qu’ils puissent agir librement, parler à quiconque ils veulent et écrire ce qu’ils désirent. Les médias ont un rôle légitime dans une démocratie : celui de chien de garde, celui de créer une plateforme de diffusion pour les campagnes, celui d’être un forum pour les débats, celui d’éduquer le public, pour que le peuple puisse participer pleinement et de façon significative dans l’élection. À ce jour, la réaction du gouvernement espagnol à cette crise politique est déconcertante, et contraire au genre de message que l’Espagne — et les autres pays européens — transmet aux pays qui sont aux prises avec une élection hautement contestée et partisane. Selon Salil Tripathi, président du Comité de la défense des écrivains emprisonnés de PEN International, « La démocratie commence à la maison ».

Suite à plusieurs rapports crédibles et bien documentés de l’emploi de force excessive le jour de l’élection par les agences de la paix — notons que de tels rapports exigent des enquêtes approfondies et impartiales menées par des experts indépendants — PEN International souligne encore une fois que le climat favorable à la liberté de presse en Catalogne se désagrège de jour en jour. La polarisation du débat sur l’indépendance de la Catalogne a un impact néfaste sur la liberté d’expression des médias ; plus particulièrement, il y a un manque de reportages équilibrés dans les deux camps, ainsi que dans les services publics d’information.

Des exemples de la détérioration de la liberté d’expression incluent :
• Des cas de harcèlement des journalistes dans les médias sociaux et même, dans certains cas, des cas de violence physique. Les deux camps, aussi bien celui étant en faveur que celui étant contre l’indépendance de la Catalogne, sont impliqués dans ces méfaits qui sont perpétrés avec l’aide des actants publics ou privés.
• Les autorités judiciaires poursuivent l’éditeur du magazine satirique El Jueves ainsi que le comédien, Eduard Biosca, pour des farces qu’ils auraient publiées dans le magazine ou proférées à la radio au sujet des policiers espagnols.

• Des enseignants de trois écoles de la ville La Seu d’Urgell sont l’objet d’une enquête pour avoir supposément fait en classe la promotion de discours haineux lors des débats politiques au sujet du référendum et de l’oppression systématique orchestrée par la police.
• Selon un reportage, un instituteur qui a été arrêté pour quelques moments est toujours le sujet d’une enquête pour avoir présumément incité des gens à la haine et critiqué la violence de la police dans les médias sociaux.

PEN International a déjà exprimé sa préoccupation en ce qui concerne l’utilisation des mesures judiciaires pour étouffer les débats démocratiques en Catalogne et l’utilisation, dans certains cas, de l’emprisonnement avant procès criminel pour l’expression non violente d’opinions politiques dissidentes. Entre autres, cela inclut des cas bien en vue comme les actes d’accusation contre des sécessionnistes bien connus comme Jordi Sànchez et Jordi Cuixart pour rébellion et sédition, ainsi que des accusations semblables contre plusieurs chefs de file politique et des vingtaines de politiciens locaux, des accusations incluant la désobéissance criminelle, la prévarication et le mauvais emploi des fonds publics.

Selon Marjan Strojan, président du Comité des écrivains pour la paix de PEN International « Une élection démocratique est impossible quand les gouvernements entravent et restreignent la liberté d’expression pendant une campagne électorale. ». Il a ajouté que « Les autorités espagnoles doivent faire preuve de retenue et accepter que le discours séparatiste contribue au pluralisme de la société espagnole et qu’il soit toléré dans une société démocratique tant qu’il n’incite personne à la violence. »

PEN International souligne que la liberté d’expression sans encombre, ainsi qu’une presse et des médias libres sont deux piliers importants d’une société démocratique. Dans le contexte de la campagne pour les élections régionales qui commencera le 6 décembre 2017, nous recommandons que les autorités espagnoles et catalanes :
• Prennent tous les moyens nécessaires pour s’assurer que les élections soient libres et juste, ce qui inclut en particulier la liberté de la presse et des médias ;
o Qu’elles s’assurent que les journalistes puissent faire le travail sans interférences indues ; et,
o Qu’elles garantissent l’accès aux médias et assurent une couverture et un traitement égal à tous les partis politiques par les services d’information publics ;
• Qu’elles s’abstiennent d’utiliser l’appareil judiciaire comme outil de suppression de la liberté d’opinion, d’expression et de débats ; et,
• Qu’elles prennent toutes les mesures nécessaires afin d’engendrer un climat favorable à l’expression pacifique de l’opinion politique du peuple catalan, incluant celle de l’autodétermination.

***

Comme dans un cloître…

Un extrait de mon nouveau roman

« Dans le corridor, il bifurqua soudainement vers la gauche, pour se rapprocher sans raison apparente des cases des étudiants. Du revers de la main, il tambourina prestement sur l’une des portes avec les jointures de ses doigts. Il sourit, se rappelant les casepetits méfaits de son professeur qui s’amusait à frapper sur les portes des cellules du cloître des Jésuites de l’université. Peu importe l’importance du “père”, qu’il soit frère adjuteur, confesseur, père missionnaire, père enseignant et même le père supérieur, il avait droit à la même taquinerie, parce que l’on s’ennuie tellement dans les couloirs sombres d’un cloître. Par la suite, Albert avait pris l’habitude de jouer des jointures de ses doigts sur le métal des portes des casiers pour s’amuser un peu dans les couloirs ennuyants de la faculté. »

 

La Russie doit libérer Oleg Sentsov

Oleg « Si notre destin est de devenir des clous dans le cercueil du tyran, alors j’aimerais devenir un tel clou. N’oubliez pas, que ce clou ne pliera jamais! »
Oleg Sentsov

  •  Appel à l’action :
    La Russie doit libérer Oleg Sentsov

Le 10 mai 2017 soulignait le triste anniversaire de l’arrêt et de la condamnation de l’écrivain et cinéaste Oleg Sentsov. Oleg, un citoyen de l’Ukraine, a été condamné à une peine d’emprisonnement de 20 ans pour terrorisme par un tribunal militaire russe lors d’un procès injuste entaché par des allégations de tortures. Le Centre québécois du P.E.N. International craint qu’Oleg Sentsov ait été emprisonné pour son opposition à l’annexion de la Crimée et il demande aux autorités russes de le libérer immédiatement. Si ces accusations de terrorisme étaient bien fondées, son cas devrait être entendu par une cour civile sous les lois de son pays, l’Ukraine.

Lancez des appels :

·        qui exigent que les autorités russes libèrent Oleg Sentsov immédiatement;

·        que, s’il y a des raisons de poursuivre Oleg Sentsov devant un tribunal, ce soit devant un tribunal civil ukrainien et selon les lois de ce pays, comme le requiert la loi humanitaire internationale. Les témoignages obtenus grâce à la torture ou autre mauvais traitement doivent être exclus de ces délibérations;

·        qui appellent les autorités russes à lancer une investigation impartiale sur les allégations de torture et de mauvais traitement d’Oleg Sentsov. Toute personne, contre laquelle il y a suffisamment de preuves admissibles de responsabilités, devrait être traduite devant un tribunal de justice.

Envoyez vos appels d’action au :

Procureur général de la Fédération russe

Yuri Yakovlevich Chaika

Bureau général du procureur

ul. B. Dmitrovka, d.15a

125993 Moscou GSP-3

Fédération russe

et à

L’Ombudsman des droits de l’homme de la Fédération russe

Tatinia Nikolaevna Moskalkova

ul. Miasnitskaia, 47

107084, Moscou

Fédération russe

Si possible, vous êtes prié d’envoyer une copie de vos appels aux représentants diplomatiques de la Russie dans votre pays. Vous trouverez la liste de leurs ambassades ici. De plus, vous pourriez communiquer avec votre ministre des Affaires étrangères en Russie, pour lui demander de soulever le cas d’Oleg Sentsov dans un forum bilatéral. S.V.P., faites parvenir votre appel immédiatement. Consultez le P.E.N. international si vous expédiez votre appel après le 10 août 2017. Enfin, pourriez-vous aviser P.E.N. de toutes actions et de toutes réponses reçues?

Contexte

Surtout connu pour son film Gamer (2011), le cinéaste et écrivain ukrainien Oleg Sentsov, a participé aux manifestations EuroMaydan qui ont renversé l’ancien président ukrainien, Viktor Yanukovytch, en février 2014. Il a travaillé dans l’équipe qui a livré de la nourriture aux soldats ukrainiens après que la Russie a occupé et annexé la Crimée en février-mars 2014.

Selon Oleg Sentsov, il a été arrêté par le Service de sécurité russe à son appartement en Crimée le 10 mai 2014. Il a rapporté qu’il a subi une interrogation brutale de trois heures qui comportait des corrections violentes, des épreuves de suffocations et des menaces d’agression sexuelle. Selon P.E.N. international, ces allégations n’ont pas encore été l’objet d’une enquête par les autorités russes.

Son arrêt a été inscrit officiellement au registre le 11 mai 2014 sous la rubrique «suspicion de complot d’actes terroristes» et membre d’un groupe terroriste (le groupe de droite ukrainien, Pravyi Sektor). Il a été amené en Russie le 23 mai 2014 où il a passé une année de détention avant procès. Il a été éventuellement accusé d’avoir monté un groupe terroriste, d’être un pyromane politique et d’avoir conspiré à faire exploser une statue de Lénine, des accusations qu’il a déniées. Comme suite à un procès qui a été largement condamné à l’extérieur de la Russie, dans lequel le témoin clef du procureur a rétracté son témoignage en disant qu’on le lui a arraché sous torture. Néanmoins, Oleg Sentsov a été trouvé coupable et condamné à 20 ans de prison par le tribunal militaire de Rostov-sur-Doon le 20 août 2015. Sa sentence a été maintenue lors d’un appel le 24 novembre 2015.

En juillet 2016, les autorités russes ont publié une mise à jour de la liste des «terroristes et extrémistes» de Crimée qui incluait Oleg Sentsov. En octobre 2016, les Russes ont refusé une demande d’extradition de Sentsov vers l’Ukraine en affirmant qu’il était devenu citoyen russe après l’occupation et l’annexion de la Crimée. Les autorités russes empêchent toujours les Ukrainiens de communiquer avec Oleg Sentsov.

P.E.N. international dénoncent les failles sérieuses dans le procès contre Oleg Sentsov incluant sa longue détention avant-procès, le refus du tribunal d’investiguer ses allégations de torture et sa détention en Russie plutôt qu’en Ukraine. Sous la loi internationale, la Crimée est un territoire occupé et en tant que pouvoir occupant la Russie n’a pas le droit de transférer les prisonniers civils à l’extérieur du territoire occupé. Juger les civils devant un tribunal militaire enfreint tout autant les droits de l’homme.

En avril 2015, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies s’inquiétait des «allégations qu’Oleg Sentsov a été privé malgré lui de sa nationalité ukrainienne, qu’il a été jugé à Moscou comme un citoyen de la Fédération russe et qu’il a été assujetti à procès légal qui ne rencontrait pas les exigences des articles 9 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques». Ce pacte appelle les Autorités russes à examiner toutes les allégations sérieuses de violations des droits de l’homme afin d’assurer que des procédures appropriées et transparentes soient mises en place pour que les résidents de la Crimée puissent réexaminer leur décision en ce qui concerne leur nationalité.

Oleg Sentsov est le gagnant du Prix de liberté d’écrire de P.E.N. AMERICA de 2017. Son cousin, en acceptant le prix en son nom, a insisté sur le fait qu’«Oleg n’est qu’un des 44 prisonniers ukrainiens incarcérés en Russie aujourd’hui. Il est très inquiet du sort de ses camarades qui sont aussi des prisonniers politiques. Il demande que lorsqu’on parle de lui que l’on n’oublie pas les autres prisonniers politiques.»

La liberté d’expression en Crimée

Depuis l’occupation et l’annexion de la Crimée par les Russes en février-mars 2014, la plupart des opposants à l’annexion ont été harcelés jusqu’à l’exil ou réduits au silence, pendant que la liberté des médias a été sévèrement restreinte. Les autorités russes ont aussi introduit dans leur code pénal l’Article 280,1 qui pénalise toutes personnes qui appellent le public à «attaquer l’intégrité territoriale de la Russie» en leur imposant une pénalité de cinq ans de prison. Plusieurs personnes ont été condamnées en Russie, surtout en relation à du matériel publié en ligne. La plus grande partie des accusations se rapporte à des remarques au sujet de la Crimée comme étant une partie intégrante de l’Ukraine.

Le 19 décembre 2016, l’assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 71/205 au sujet de la «situation des droits de l’homme dans la République autonome de la Crimée et dans la cité de Sevastopol». La résolution parle de la Crimée comme un pays en «occupation temporaire» par la Fédération russe, et réaffirme la non-reconnaissance de «l’annexion» et donc de l’applicabilité de la Convention de Genève. De plus, l’ONU appelle la Fédération russe, en tant que nation occupante, de mettre fin à «tous les abus contre les résidents de la Crimée» et à assurer un accès approprié et sans entraves à la péninsule.

Pour plus d’information, vous êtes prié de contacter :

NOTA BENE : Vous pouvez voir le dossier de traduction sous l’onglet « Traductions » de ce blogue.