De la nécessité d’écrire II

Voyage dans le temps

Gaston Tremblay, écrivain en résidence, Toronto Reference Library


 

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Auto-portrait dans la nuit

Il y a des évènements qui nous traumatisent ; tellement que plusieurs années plus tard on sent le besoin de tirer les choses au clair, si ce n’est que pour continuer à cheminer sur notre ligne de vie.
Le suicide de mon ami Paul-André et, surtout, celui de mon fils André sont de tels évènements.
J’ai longtemps cru que l’artiste était un être incomplet, une figure géométrique ouverte sur l’infini et l’éternité plutôt qu’un objet figé et refermé sur lui-même. Ainsi, son œuvre témoignerait de ses tentatives de tirer des lignes entre les points de l’œuvre inachevée qu’il croit être.
Rester ouvert sur le monde, sur l’infinité du possible, est un exercice dangereux : d’une part, il y a la voie de l’éclatement qui donne sur le néant et, d’une autre part, le chemin vers la finitude et l’inéluctable, vers la mort en nous. Il n’y a que le voyage et les traces de ce dernier qui soient réels : nos enfants et nos œuvres nous projettent dans le futur. Voir mourir son enfant, c’est mourir et survivre en même temps.
Dernièrement, pour moi, c’est la plénitude, une quasi-complétude qui s’impose ; j’ai nettement l’impression d’être abouti, d’être ce que j’ai toujours voulu être ou ce que j’ai toujours voulu être. Je ne suis pas pour autant complet, ma très grande peine, ma solitude et mon œuvre en témoignent.
Un de mes amis a fait dire ceci à un de ses personnages : « L’être humain n’est sincère qu’à travers le sexe et seulement s’il s’y abandonne complètement, le reste du temps, il n’est que superficialité, artifice et faux-semblant… » Le personnage de Thibault est un jeune homme en mal d’amour, un adolescent qui passe à l’action, ne serait-ce que pour assouvir sa soif de tendresse et satisfaire son appétit animal. Ce qui a retenu mon attention, c’est que l’on peut remplacer le mot sexe par le mot musique, par exemple, qui serait le mot de mon ami Paul-André. On entre alors de plain-pied dans un paradigme universel, une énigme qui a autant de déclinaisons qu’il y a d’individus.
Quel est mon mot ? Quel est le vôtre ? Musique, mathématiques, sexe, écriture, photographie, pouvoir, violence, argent, lecture, famille… Pour lequel vivez-vous ?
Il me semble que la réponse est tout à la fois inconséquente et essentielle… Non, absolue, car mon ami Paul-André était menteur, Dieu qu’il était menteur, mais sa musique était sublime. Malheureusement, mon fils s’est refermé sur lui-même, sur sa douleur, sur son mal à l’âme…

 

Dans le silence de ta mort
Il n’y a que noirceur et absence
Il n’y a que l’écho du silence
Et cette tristesse sans nom

Car nous sommes d’images et de poésies

Et l’écriture comme la musique et la photographie, sont pour moi des machines à voyager dans le temps.
***
Ceux qui aimeraient en savoir plus sur mes voyages dans le temps peuvent acheter mon roman, Le Grand Livre, chez leur libraire ou aux éditions Prise de parole. Le roman est aussi disponible à l’Internet et à la Bibliothèque publique de Toronto.
http://www.prisedeparole.ca/acheter-ce-livre-en-format-numerique/
• Le Grand Livre, roman, Sudbury, Prise de parole, 2012, 441 p.
• D’amour et de turbulences, poésies, Prise de parole, à paraitre au printemps 2016.

Publié par

Gaston Tremblay

Poète, romancier, essayiste, éditeur Gaston Tremblay a aussi été administrateur d’organismes artistiques.

3 réflexions sur “De la nécessité d’écrire II”

  1. Gaston
    Féiicitations! Ton écriture a atteint un très haut niveau – style, vocabulaire, «feeling.» Tes récits atteignent le coeur et l’âme de l’être humain. Wow!
    Sheila

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