Le 2e volume du Grand Livre

https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/jonction-11-17/segments/entrevue/206074/gaston-tremblay-crise-octobre-1970-livre

Voici un hyperlien vers un entretien que j’ai eu avec CBON, Radio Canada dans le Grand Sudbury, au sujet des évènements d’octobre de 1970 et de l’écriture de mon deuxième Grand Livre.

La chasse aux canards

Pour l’oncle Albert

Et pour mes cousines et mon cousin Levesque-Tremblay

Je suis de la pinède

Que j’ai cultivée

Sur les rives du lac Clair

Tu es de l’eau

Qui lèche les galets

Sur les plages du lac Nipissing

Je suis du roc

Que j’ai foré six cents pieds sous terre

Au fond de la Frood-Stobie

Tu es de rigodons

De chansons grivoises, tu as même

Un Minuit chrétien rigolo au gorgoton

Je suis des fleurs noires

Qui alourdissent les branches

Des épinettes au nord de chez ma mère

Tu es de roseaux, de nénuphars

D’automne, de froidure et d’éclats de rire

Et

Ton âme flotte toujours entre les joncs

De nos lacs et marais.

Gaston-Albert Tremblay

De la deuxième à la troisième

J’ai découvert la deuxième personne du singulier en partageant mon journal intime avec mon ami Paul-André. Nous avons découvert le pluriel de la troisième personne en ouvrant un espace commun d’écriture, notre Grand Livre ! Ainsi nous avons lancé nos carrières artistiques, lui dans les arts de la scène et moi en littérature.

À cette époque, tout était à faire dans le Nouvel-Ontario. Dans le cadre de la coopérative des Artistes du Nouvel-Ontario, nous avons construit de toutes pièces un théâtre, une maison d’édition qui perdurent sur la scène régionale et nationale. Le grand livre original était un pacte d’amitié entre deux adolescents, les œuvres de la coopérative CANO furent une amicale de jeunes artistes.

En 1988, j’ai décidé de poursuivre ma carrière sur la scène nationale. Paradoxalement, c’est à Montréal que j’ai découvert et étudié l’œuvre de Jean Éthier-Blais, un auteur de mon village natal. Ce qui a retenu mon attention c’est qu’à la fin de sa vie Jean Éthier-Blais rentre « au pays » en écrivant trois romans qui se déploient dans le Nouvel-Ontario. C’est ainsi qu’il tranche le nœud de son exil. Son retour aux sources correspondait à l’expérience que je vivais après la publication de mon troisième roman. C’est un peu comme si l’exil de Jean-Éthier-Blais me confirmait dans mes propres déplacements littéraires. « Le lieu de l’exil n’est pas celui qui vous est échu. C’est celui que vous avez quitté. […] L’homme qui, arraché à ses objets familiers, descend dans son cœur et y trouve une force à lui inconnue a vaincu l’exil. » Et il ajoute « Nous revenons toujours à la même question : qui suis-je ? »

Cette descente au fond de moi-même m’a incité à relancer l’écriture de Notre Grand Livre, celui qui est au cœur de ma trajectoire artistique, celui qui a été mon lieu de naissance intellectuelle, la porte par laquelle je suis entré en littérature. Il s’en dégage toujours une pulsion organique, poétique et personnelle qui anime ma démarche littéraire.

Le volume un, publié en 2012, est la continuité de mes trois premiers romans : Souvenirs de Daniel (1995), Le Nickel Strange (2000) et Le langage des chiens en 2002. C’est aussi un retour à la case première, au Grand Livre des deux jeunes qui écrivaient, à tour de rôle, des entrées dans leur journal personnel de 1967. Le narrateur, le survivant d’une tragédie, est aussi l’écrivain de la trame narrative. Il se permet d’écrire dans le présent de l’écriture des apartés où il partage avec le lecteur ses opinions au sujet de la trame narrative (1967-1968), à propos du suicide de Paul-André (1978), au sujet de ses lectures et du métier d’écriture.

Ce qui semble être un roman polyphonique n’est en fait qu’une seule voix narrative qui se déplace d’un point d’élocution à l’autre aussi bien que d’une époque à l’autre. Le roman a connu un certain succès d’estime. Il fut le premier roman abordé par le jury lors d’un entretien littéraire au Salon du livre de Toronto au sujet des dix meilleurs romans de l’Ontario français, https://www.youtube.com/watch?v=FDRCTB_2IRo.

Ce que le lecteur pressent dans le premier volume advient dans le deuxième volume du Grand Livre : le Canada français traditionnel éclate, ses institutions culturelles se recentrent sur le Québec et les francophones des régions minoritaires sont laissés à eux-mêmes. Dans « Le rideau de scène », le lecteur retrouve les deux mêmes protagonistes ; mais, leur journal intime s’est déplacé sur la place publique, sur les planches de la Troupe universitaire et dans les pages du journal des étudiants de l’Université Laurentienne.

Dans les dernières pages du deuxième volume (2021), un groupe de comédiens de la Troupe se rassemblent pour fonder le Théâtre du Nouvel-Ontario et la revue littéraire Réaction qui engendrera les éditions Prise de parole en 1973. Ici, le rêve débouche sur la réalité, la fiction débouche sur des projets collectifs ! Les deux protagonistes redoublent d’ardeur leurs projets deviennent des outils de rupture avec le passé, des chapelles de création, des badges d’identification et des lieux de rassemblements artistiques.

Le troisième volume (2023?) est la suite narrative des deux premiers tomes : les deux jeunes hommes qui s’éloignent de leur paroisse, de leur alma mater ; comme il se doit, ils s’investissent dans leurs projets qui se déploient dans le réel du Nouvel-Ontario, des organes de communications qui désormais leur permettront de participer en direct à la prise de parole des francophones d’Amérique, celle qui se déploie au Québec depuis quelques décennies.

Cette autofiction sera le troisième élément du paradigme qu’est mon approche à l’écriture. Il y aura une quarantaine de chapitres basés sur les évènements historiques, une quinzaine d’apartés où l’auteur commentera les évènements importants du passé et du présent de l’écriture, plusieurs entrées du journal intime de l’auteur qui se déploie en parallèle avec la trame narrative des années soixante-dix et dans le présent de l’écriture sur le blogue de l’écrivain, et enfin des lettres, des articles journaux, des poèmes, des chansons de la période.

Une des trois maquettes présentées pour la couverture du volume 1, l'œuvre est de Marie Surprenant, 2012

Proscrire les fausses libertés.

couleur symbole gros plan grippe

Au Canada, plus particulièrement au Québec, le docteur Arruda parle d’un relâchement de notre discipline solidaire.

Il n’est pas nécessaire d’être médecin pour faire ce constat.

Une course à l’épicerie IGA suffit.

Il y a de moins en moins de gens qui portent le masque.

Le docteur Arruda parle des conséquences, il a raison de nous avertir.

Les États-Unis sont en train de perdre le contrôle de la pandémie, 130 000 morts.

À cause d’un manque de discipline, mais pas celle de la population, mais plutôt celle du gouvernement Trump.

Rendre les masques obligatoires dans les transports en commun et dire du même souffle qu’il n’y aura aucune conséquence à le faire est contreproductif.

Cela donne l’impression aux gens qu’ils ont le DROIT de faire n’importe quoi.

Le gérant du IGA de mon quartier à peur d’être poursuivi, il laisse entrer tout le monde et blâme le gouvernement de ne pas être suffisamment clair.

Nous avons réussi à réduire les effets de la pandémie, pour le moment…

Nous avons collectivement identifié les services essentiels, il faut maintenant imposer le port du masque dans tous les services essentiels.

Nous avons tous le droit de traverser une intersection sans être écrasés par un chauffard.

Nous avons tous le droit d’aller à la pharmacie, à la quincaillerie, à l’épicerie, à l’hôpital sans être infectés.

C’est la responsabilité du gouvernement protéger les droits de tout un chacun.

Dans mon quartier, ce sont les « sans soucis » qui ont le haut du pavé.

C’est au gouvernement de prescrire les bonnes actions et de proscrire les fausses libertés.

C’est le temps d’agir.

Postscriptum : En regardant Fareed Zakaria, j’ai été amené à faire la différence entre la démocratie et l’autocratie, dans le contexte de la pandémie. Pour moi la différence entre l’essentiel et non essentiel est claire, mon critère de différenciation est ce qui est nécessaire à la survie d’un individu, surtout dans le contexte des grandes villes, les lieux de prédilection du Virus. On a besoin de manger, de se loger, d’avoir accès à des services médicaux, à des sources d’information d’information, et les gouvernements ont tenu compte du besoin de relaxer: donc le câble, la société des alcools et la marijuana. Dans ces cas, et les autres essentiels que je ne mentionne pas, le gouvernement a la responsabilité d’exiger le port du masque. Pour le reste, il doit respecter tous les droits des individus.

Un poète sur les sentiers de la pandémie

Lors d’une discussion téléphonique avec un ami de longue date, 50 ans c’est toute une vie, j’ai partagé avec lui un des rares avantages de la pandémie 2019-2020. En fait, je me suis aperçu que la majorité des gens réagissait mieux que dans le passé à un simple bonjour. Un petit sourire, nous vaut souvent un grand sourire et parfois un éclat de rire… surtout quand je prends le temps de leur dire (sans interrompre ma marche) :

« Profitons-en, car c’est tout ce qui nous reste ».

Denis m’a avoué qu’il avait fait le même constat, et qu’il avait écrit un texte, un poème, à ce sujet.

Je m’empresse donc de lui céder la parole.

Lacement du Grand Livre 2012-012

Vaincre la solitude

Vaincre la solitude

les regards furtifs prolongent leur portée

les sourires timides comblent le vide

les salutations discrètes et silencieuses franchissent la distance prescrite

entre des étrangers qui se croisent

hésitants devant les trottoirs soudainement trop étroits

l’ennui s’installe comme une étole rassurante

sur les épaules du désespoir

le besoin de se toucher se reporte à un avenir pas assez rapproché

pour le bien de tous

le matin voudrait nous dire

que le cauchemar n’est que ça

la résignation s’impose

sur l’anxiété

le feu d’artifice jaillit d’étincelles d’espoir

                                         Denis St-jules, 2020

Lacement du Grand Livre 2012-011

 

 

Une marche dans le parc

 

Frankenstein

Une pause pendant la pandémie !

Jour après jour, de semaine en semaine, c’est la même chose, dodo-télé-dodo, l’état d’être de notre conscience est endolorie, cette partie de nous-même qui écoute, qui voit et perçoit la réalité de notre « totalité »… est endormie, car nous ne voyons que la mort à l’horizon.

Dodo-télé-dodo

On ne compte plus les morts une à une, on s’intéresse plutôt à la fréquence.

Un médecin a annoncé à la télévision, hier soir, qu’il y avait un Américain qui mourrait du Corona Virus à toutes les 47 secondes.

Pour tout un chacun, c’est une prise de conscience de l’intérieur vers l’extérieur, un regard détaché de la réalité, c’est sûr, et cette vision est si intense qu’il est difficile de faire la différence entre notre perception des choses et les choses elles-mêmes.

Dodo-télé-dodo

Mon ami, Paul-André, écrivait quelques mois avant sa mort :

La vie, c’est tout un évènement
C’est le plus beau
C’est le plus grand

Voilà un truisme déchirant, surtout évident, en temps de pandémie. J’ai les nerfs à fleur de peau, j’entends l’écho de ma voix qui chuchote dans ma tête :

J’ai peur, j’ai l’impression de vivre dans un film, tout ce qui nous arrive dans nos trop confortables « prisons privées » est tellement surréel. Si les punks des années quatre-vingt étaient les héritiers de Dada, le trumpisme est certainement l’ultime dadaïsme, l’œuvre d’une personnalité aussi fausse que les matamores de la comedia del arte.

J’ai peur!

J’ai peur de mourir seul, dans un monologue percutant, dans une scène de tu-seul théâtral à la Michel Tremblay, comme un tourbillon de poésie figé dans une bulle de plastique opalin.

J’ai peur!!

J’ai peur de devenir une pipe qui n’est pas une pipe, car je suis un homme, je ne suis pas une chose.

Dodo-télé-dodo

Le président Trump prévoit que la fréquence des décès augmentera à plus de 3 000 personnes par jour, à une victime chosifiée toutes les 30 secondes et ce… avant le début du mois de juin.

Et il bat la mesure, comme le tambour de la République des lemmings américains qui marchent, au pas, vers le paradis perdu du rêve américain.

Le docteur Fauci prévoit que la fréquence des morts augmentera jusqu’à la trump-vitesse maximum, jusqu’à la limite de la tolérance à la souffrance des Américains.

Dodo-télé-dodo

Va-t-il falloir construire des hauts-fourneaux pour incinérer les victimes du trumpisme.

Dodo-MAMAN-dodo !!!

J’ai peur…

 

Postscriptum :  après avoir écrit ce texte. j’ai vu ce clip. À voir!!! https://www.youtube.com/watch?v=t_yG_-K2MDo

Philosophe invité

pexels-photo-3951370J’ai reçu ce message anonyme par courriel!

Je le partage avec vous, car ce philosophe a les deux pieds bien ancrés dans la réalité et les yeux rivé sur tout ce qui lui semble positif.

Normalement, je publie en français mais dans ce cas je n’ose même pas essayer de traduire le texte de peur de ne pas être à la hauteur de la situation.

« HAVE YOU NOTICED!!

  • We no longer go to the emergency for nothing?
  • Our credit cards are no longer soaring?
  • We take time with our children and our spouse?
  • We take time to talk to our friends on the phone?
  • We are more thankful for all that we have?
  • We have time to read?
  • We have time to clean up and do it with pleasure?
  • We are enjoying the fresh air outside?
  • We go to stores just once a week. Worse is…it is just for groceries?
  • We are not dying because the stores are closed on Sundays?
  • We are starting to think about buying Canadian products, even if it’s more expensive?
  • We start to think that having money in the bank is important?
  • Our children have no agenda, they can use their creativity and be children.
  • Parents realize the work of teachers?
  • We see the immense need for our health care workers?
  • We realize that as a country we can work together?
  • I just hope that after the crisis, we will remember all this,  because usually we have because usually we have very short memories and we quickly return to our bad habits. »

Anonyme

« La tendresse» frappe à votre porte!

Confiné, j’ai reçu cette chanson via l’Internet. Étant donné les circonstances, je la partage avec vous. Le texte de Bourvil est superbe, et tous ces artistes confinés lui font honneur. Je vous invite à visiter le site et surtout à écouter la symphonie, car elle est définitivement un baume pour le cœur.

https://ma-musique-communautaire.com/symphonie-confinee-artistes-la-tendresse-isolement-covid/

« En ces temps difficiles, 45 artistes bloqués dans leur lieu de confinement se sont unis virtuellement pour proposer une Symphonie Confinée. Sous l’impulsion de Valentin Vander, ces chanteurs, chanteuses, musiciens et musiciennes vous présentent le clip du titre « La Tendresse ». C’est sous une version symphonique que ces artistes revisitent cette sublime chanson immortalisée par Bourvil en 1963. Le site Ma Musique Communautaire vous en dit plus dans cet article.

« Montrer que même en cette période de confinement imposé, une œuvre collective peut jaillir d’artistes des quatre coins de la France (et même d’ailleurs !). Mais également, pour apporter du baume aux cœurs à tous ceux qui, de près ou de loin, sont affectés par la pandémie de Covid-19. Cela démontre aussi que les artistes peuvent travailler ensemble à distance et enregistrer une vidéo à distance. Le tout, afin d’envoyer un message fort d’entraide, d’affection et de solidarité. Les enregistrements ont été effectués avec les moyens du bord. Le montage a duré une semaine entière et assuré par Julia Vander. L’intégralité de ce travail a été réalisée bénévolement. »

La symphonie confinée

Ou alles sur YouTube : Symphonie confinée -La tendresse

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

Valentin
Valentin Vandère

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien… on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos coeurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jou

De l’insolence et du déni

 

Je ne crois pas pour un instant qu’il y a eu une révolution sexuelle des années soixante ; ma génération n’était pas plus sexuelle que les précédentes. Tout de même… Soyons sérieux, car il est vrai que nous étions sans gêne, et, tout au moins, plus candides que nos aînés ! Notre audace a été perçue comme une effronterie par ceux qui détenaient les rênes du pouvoir. Même avec cinquante ans de recul, devenu un « vieux », je n’arrive pas à comprendre précisément pourquoi ma génération a choisi d’être aussi insolente, car ce fut un choix de génération.

Au Canada, à l’automne de 1962, This hour has seven days, passait à la télévision nationale le dimanche soir. Cette émission d’information a démocratisé l’information en « presque direct ». Les politiciens étaient en état de choc, s’ils faisaient une grosse gaffe au Parlement, elles étaient discutées et critiquées vertement à la télé le dimanche soir. Les reportages étaient ponctuels, percutants et dérangeants ! Les élus et même les électeurs s’y opposèrent ; on ne valorisait pas la transparence à cette époque, les animateurs furent congédiés et l’émission annulée au printemps de 1964.

La même année, Marshall McLuhan publiait son Understanding media : the extension of man dans lequel il proposait un slogan : The medium is the message ; c’est-à-dire que ce n’est pas la technologie ou le contenu des publications électroniques qui sont le véritable message, mais plutôt les changements que ces émissions suscitent dans la société, le « médium » dans lequel l’homme, l’ultime microbe, se développe. En bref, on reconnaît un arbre à ses fruits : si on introduit une nouvelle espèce séminale dans une forêt boréale c’est le nouvel équilibre des espèces dans la forêt, qui vingt ans plus tard, est le véritable message. Il en va de même de la forêt virtuelle des idées et des mœurs des hommes médiatisées.

Après la chute de la Nouvelle-France, l’élite française rentre en Europe et les Canayens s’adaptent à cette nouvelle réalité. Esseulés, les habitants se rassemblent autour de l’Église. En 1962, deux cents ans plus tard, les Canadiens français ruent dans les brancards. Un tsunami de changements sociaux et politiques emporte les décombres de la grande noirceur, les Québécois élisent les libéraux qui claironnent un slogan populaire : Maître chez nous. C’est la Révolution tranquille qui transforme le Québec, qui dans son altérité s’éloigne du Canada.

Comme au Québec, les structures sociales de proximité de la diaspora canadienne-française sont organisées autour des paroisses catholiques : les écoles primaires, les hôpitaux, les organisations de bienfaisances, la caisse populaire et parfois un collège — ou un couvent — et même une feuille de chou paroissiale. La société québécoise est tissée serrée, le vague du changement agit comme une déferlante, tout est renversé en moins de dix ans. Cependant, les Canadiens français de la diaspora canadienne n’ont pas le loisir de les imiter, car leurs gouvernements provinciaux sont sous le contrôle de la majorité anglophone. À l’extérieur du Québec, toutes les infrastructures des Canayens sont articulées autour du besoin fondamental des minorités : la survie de la francophonie à l’extérieur du Québec. Encadré dans une société civile plus fragile, les Canadiens français choisissent leurs batailles et avancent prudemment là où on leur permet.

Plutôt que le changement ou la prise du pouvoir, c’est le besoin de conserver les acquis qui animent la vie des minoritaires. On l’a déjà dit, l’ambition qui anime Paul-André et Albert est celle de devenir des hommes canadiens-français. Dans ce statu quo où les instances veulent absolument se maintenir en place, il n’est pas évident d’être insolent. Les révoltes, même symboliques, prennent une ampleur démesurée : intuitivement, les jeunes de la Troupe universitaire le savent, mais ils sentent le besoin de foncer, de s’inscrire dans la mouvance internationale du Baby-Boom, de surfer sur la vague de fonds de la Révolution tranquille au Québec. Bien encadrer ils proposent leur Révolution sereine, qui tient compte de l’importance des acquis et de la bonne chère.

L’interjection finale du titre de la pièce le « » stie » est une partie intégrante du parler vernaculaire des Franco-ontariens, mais imprimée sur une affiche ou chantée sur une scène d’école elle devient le cri de ralliement d’une jeunesse qui refuse désormais d’emboîter le pas. Ce juron et tous les autres blasphèmes qui pullulent dans les dialogues des comédiens de cette pièce sont autant de scandales sur les murs et les scènes des écoles secondaires du Nord de l’Ontario, dont les directeurs sont pour la plupart des religieux ou des bons pratiquants. Il en va de même pour le joual qui n’est pas apprécié par les surintendants des écoles séparées, l’un d’entre eux a même affirmé à la télévision nationale que ce sont les anglophones des cours d’immersion qui assuraient la survie du BON français à Sudbury. Ce n’est pas son désir d’enseigner le meilleur français possible qui est remarqué, mais plutôt son déni de la réalité nord-ontarienne qui en 1970 appelle les jeunes en mettre en scène le vrai parler de leur communauté.

Si les écarts de langage dans la pièce Moé j’viens du Nord ’stie sont tout simplement des insolences de la relève, la glorification de la consommation de la « booze » et de la « drogue » illégale — sans parler des relations sexuelles « libres » entre adolescents — sont des comportements définitivement scandaleux du point de vue des curés de paroisse et des directeurs d’écoles. Pour eux, les paroles de la chanson « Tenez-vous bien, on s’en vient » sont au-delà de toutes les bornes imaginables, en 1970 du moins, et méritent une intervention de famille.

Du pot du pot on fume du pot
D’la booze, d’la booze, on boit d’la booze
On fume du pot, on boit d’la booze
On est des détraqués, fourrés
Fourrés, fourrés

Que l’auteur de la chanson justifie ses écarts en établissant un parallèle entre les mœurs de son groupe et ceux de grands écrivains tels que Baudelaire, Verlaine, et Rimbaud ne convainc personne. Peu importe la source de l’inspiration, selon instance du pouvoir toutes ces effronteries de la troupe universitaire se sont mérité une censure certaine et même l’annulation d’un spectacle de tournée. Pourtant, ce sont des prestations timides comparées à ce qui se passe au Québec.

Choses certaines, les réactions du personnel enseignant du Nouvel-Ontario étaient à l’époque prévisibles. Alors pour quoi avoir fait cela ? Était-ce une simple crânerie, une fanfaronnade d’universitaires particulière du nord de la province ? En ce qui concerne les activités de la Troupe et plus tard de CANO, les membres de la Coopérative les artistes du Nouvel-Ontario évoquent souvent le « feeling » qui les animait. Nul ne saurait l’affirmer avec assurance, mais la contestation bruyante et dérangeante était tendance, aux États-Unis, en France, au Québec et quelque peu au Canada français.

Quoique tenu, il y a un lien thématique entre la famille sémantique américaine des « fuck, fucked et mother fucker » et la famille française des « con, connasse et connerie », mais ils sont tous deux très différents des litanies religieuses canadiennes-françaises. C’est comme si les Américains avaient une fixation maladive sur la pénétration violente — même de leur maman — et que les Français — qui se croient de très bons amants — sentaient le besoin, par ailleurs de ridiculiser ces actes en les affublant d’un nom ou d’un adjectif dérivé du substantif qui sert à décrire érotiquement le sexe féminin. Quant aux Canadiens, ils semblent vouloir maudire Dieu et toutes ses bondieuseries de les avoir condamnés au célibat absolu à l’extérieur du mariage, sauf évidemment pour l’acte de procréation.

Plutôt que de libérer les fidèles du joug puritain, le Concile du Vatican réaffirme la position de l’Église en ce qui concerne le célibat des prêtres et l’ABSTINENCE comme seul moyen de la régulation des naissances. De toute évidence, les clercs avaient une vision biaisée de la sexualité, qui ne correspondait pas du tout à la réalité empirique des fidèles. Inutiles de le dire, les collégiens se moquaient des prêtres, les plus jeunes s’amusaient à faire la déclinaison des Papes surnommés Pie 1, Pie 2, et ainsi de suite jusqu’à… À la queue leu leu, devant le confessionnal, les collégiens riaient aux éclats, comme des fanfarons, en comparant nombre de leurs péchés solitaires et « mortels ». Ils s’impatientaient en attendant leur chance de scandaliser les jeunes confesseurs qui avaient fait un vœu de chasteté très tôt dans leur vie.

Si le « medium » est le message, si la transformation de la communauté catholique est le résultat du Vatican II, on est en droit de remettre en question la validité de ce Concile, car les séminaristes abandonnent leur vocation, les prêtres et les religieux se défroquent massivement, les églises se vident comme si l’édifice était en feu. Ces évènements sont autant d’alarmes que la curie refuse d’entendre. Les cardinaux ont accepté de décaper les pompes de la religion catholique sans tenir compte de la réalité des fidèles, des gens pieux qui étaient capables et prêts à prendre la relève du clergé, des jeunes mariés qui voulaient une petite famille nord-américaine, et de la jeunesse qui, plutôt que de faire leur pénitence, s’ébrouait en sortant de l’église. Dépouillé de ses injonctions et de ses artifices, il ne restait que l’illusion de ce qui était autrefois une grande église canadienne-française, car dans une société médiatisée, elle n’arrivait plus à se maintenir en place.

Donc la révolution sereine des artistes du Nouvel-Ontario était au diapason de la contre-culture nord-américaine, mais elle était aussi à la fine pointe d’un mouvement qui allait transformer la société canadienne-française.

La question n’est pas de savoir pourquoi la jeunesse des années soixante-dix ruait dans les brancards, mais plutôt pourquoi elle voulait changer l’ensemble de la société autour des institutions laïques : il ne faut pas se surprendre de la loi sur la laïcisation au Québec, car elle est l’aboutissement de ce mouvement de libération. En Ontario-Français les rapports de force ne sont pas aussi clairs ou évidents, car la minorité francophone ne tient pas les rênes du pouvoir. Oui, la pièce de la Troupe était scandaleuse, car elle attaquait deux facettes du triangle culturel du Canada français, la langue et la foi, et ce dans un contexte où le troisième aspect, celui de la nation, était sous le contrôle de la majorité anglaise écrasante qui ne se souciait pas de s’imposer. Mais, tout de même, ses enfants de bâtisseurs de pays sentaient l’urgence de parfaire le bien de leurs aïeux et de consolider leurs acquis dans le nord que leurs pères leur ont légué. Quand on s’aventure dans l’inconnu, quand on transforme son environnement, on se sent souvent comme un alpiniste qui doit avancer, malgré le fait que son corps est accroché précairement au-dessus du vide.

Dans l’vide

La nuit fut belle

mais vide;

L’aube, serein,

mais vide.

Le zéphir a embrassé la rose;

La noirceur a rincé l’étoile;

Le soleil a étendu ses bras

Vides…

La fleur a éclatée

mais vide;

L’air, pur

mais vide.

La lune a fait ses adieux;

L’oiseau a chanté le bonjour;

Vides…

La feuille partie avec le temps

Vide…

Le cœur battait fort

mais vide;

Les yeux, languissant

mais vides.

L’ombre s’est penché sur la lumière;

Le désir a envahi l’espoir;

Un rien se dessine dans le vent

Vide…

L’amour si riche

mais vide;

La vie, là

mais vide.

Thérèse

Le Lambda, « Au carrefour de l’art et du peuple », décembre 1

Réflexion dans & devant une image

Scène des trois amis-Moé-jviens-du-nord-stie-1971Maudit qu’on était beaux !

Photo : Doug Kingsey 1971

Une photo de la pièce Moi j’viens du Nord ‘s’tie, l’image de la scène trois (où les trois amis assis sur un banc de parc) est devenue virale. Malheureusement, plus souvent que jamais, elle a servi d’avis de décès, plus précisément comme le rappel de la mort tragique de Paul-André. Donc, pour moi, voir cette photo apparaître à l’écran de mon ordinateur a toujours été accompagné d’une certaine amertume ; on se sent toujours délesté d’amour ou d’amitié lors du suicide d’un être cher ! Mais cette année, quand j’ai vu apparaître la photo, ma réaction fut tout autre. À ma grande surprise, mon commentaire fut amusant pour les personnes autour de moi. C’est peut-être que la légende que j’ai inscrite sous l’image fut aussi spontanée que candide et succincte !

Ce fut aussi une épiphanie, pour moi du moins, car à l’époque je n’avais pas encore réussi à me voir objectivement, en exotopie, c’est-à-dire d’un point de vue extérieur à ma propre personne. Peut-être parce que je suis né dans une famille d’entrepreneurs forestiers, et élevé dans une maison où il n’y avait pas de psyché, car les miroirs étaient tout petits et surtout fonctionnels. À peine assez grand pour se raser ou pour se maquiller le centre du visage. Quand Albert, mon alter ego dans cette œuvre, se regarde dans le miroir, il a l’impression de se voir dans une glace de cirque, là où les reflets sont difformes, selon ses états d’âme ou selon l’angle de son choix, car il n’est pas à l’aise dans sa peau. Albert se trouve étrange, pas tout à fait laid, pas tout à fait beau où pour être cool : c’est-à-dire, pour s’intégrer à la tendance sociale du jour : on disait tout simplement weird !

Weird… peut être, mais aujourd’hui, je dis « Maudit, qu’on était beau ! »

C’est peut-être pour cette raison qu’à la fin de mon adolescence je lisais et relisais aussi souvent que possible les poèmes de Saint-Denis Garneau. Désormais septuagénaire, je suis toujours fasciné par ces trois vers du poème « Accompagnement »…

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que ne puis pas prendre

Ce n’est pas mon intention d’interpréter aujourd’hui ce que ce Garneau, le poète, a pu vouloir dire, mais plutôt l’occasion de faire allusion à ce que j’ai pu — ou bien voulu — comprendre. Devant ce texte, qui assurément était — et qui l’est pour toujours — un reflet du poète, je me sentais étrange comme si j’étais devant une glace quelque peu embuée. Que je sois incapable de me réconcilier à son image me semblait tout à fait normal, mais que je sois dérangé par l’intensité de l’expérience que je vivais en lisant les poèmes de Saint-Denys-Garneau m’inquiétait et me fascinait.

Depuis, heureusement, je me suis réconcilié à moi-même. Ce fut un long voyage, « un long voyage abracadabrant », et je crois que le premier pas fut mon retour à l’écriture en 1995. Après une dizaine d’années d’aphasie, de silence, j’ai vécu comme une débâcle l’écriture et la publication de ma nouvelle, Souvenir de Daniel. Libéré, j’ai pu poursuivre ma vie à visage découvert : mes études, mes recherches, mes publications. Je pus prendre un certain recul, pour me voir de l’extérieur de moi-même, pour dire que j’étais beau, que nous étions beaux. Et surtout, je peux maintenant passer de ma personne à celle de mon personnage, pour « Que je sois [toujours] porté par la danse de ces pas de joies.

Et puis… voilà, maintenant je retourne à celui que je suis !

Photo : Annik de Caruffel, 2013