Une critique

Une amitié ontarienne
FRANÇOIS LÉVESQUE
« Sturgeon Falls, un petit village typique de l’Amérique du Nord, vivotait grâce à l’industrie forestière. Un cliché construit sur les rives d’une rivière, avec son high school, ses deux rues principales transformées en pistes de drague les soirs de fin de semaine, ses six hôtels, deux salles de billard assez infâmes, deux cinémas et plusieurs restaurants, dont le Saint-Amand, que les adolescents fréquentaient assidûment. » Tel est le cadre de l’action du roman de Gaston Tremblay, un récit très dense relevant presque de la chronique, celle de la Franco-Ontarie entre 1953 et 2007, et, surtout, celle d’une amitié particulière unissant deux garçons devenus des hommes.
Terré dans sa chambre jaune du sous-sol de la maison familiale, Albert écoute Vigneault et Leclerc, il lit Baudelaire et Salinger. Côté cour d’école, il y a la religion et une quête spirituelle sincère. Côté jardin secret, beaucoup de musique et beaucoup de cinéma (Reflections in a Golden Eye, Un homme et une femme). Parti au collège, il voit du monde, du monde différent. Pour lui comme pour la jeunesse d’alors, « il est temps maintenant d’apprendre à nager ». Retour à Sturgeon Falls, retour à Paul- André, ami de toujours, confident, et cause d’un douloureux tumulte intérieur.
Tissée de réminiscences et d’extraits d’un journal intime écrit à deux, la trame autofictive de ce livre possède un souffle, une ampleur qui tempèrent les effets néfastes d’une propension pas toujours heureuse à la digression. Tantôt évocatrice, tantôt impressionniste, la prose est entrecoupée de dialogues dont le ton naturaliste sonne juste.
Le Devoir
LE GRAND LIVRE
Gaston Tremblay
Éditions Prise de parole
Sudbury, 2012, 441 pages

Un commentaire du Québec

Envoyez par une lectrice chez l’éditeur, Prise de parole.

Madame, monsieur.

 

Je viens de terminer la lecture du roman de Gaston Tremblay, j’ai bien aimé. Même si l’action se passe en Ontario, nous vivions quelque chose  [de semblable] dans les petit patelins du Québec.

Bravo à Gaston Tremblay.

Pour voir les autres commentaires des lecteurs cliquez ici-bas :

https://gastontremblay.wordpress.com/le-grand-livre/vos-commentaires-au-sujet-du-grand-livre/

La chandelle de l’amitié

Bonsoir Gaston,

J’ai du mal à quitter ton Grand Livre.
Je viens pourtant d’en terminer la lecture.
J’ai aimé chaque page.

Pour moi qui suis une incroyante face à la fiction,
je me suis laissée scandaleusement habiter par le réel flagrant de ce magnifique récit.

Car le réel s’y trouve partout. Basta la fiction !

Carnet de vie. Troublant, sublime, mystérieusement humain.
Entre la paix de l’hiver et la grande chandelle en forme d »étoile : l’amitié, l’amour, le lèse-amour
l’en-allé, et encore, l’amitié, l’amour, le rêve du rêve, la vie de la vie…
Nos vies, ces mystères blancs.

Amicalement,

Andrée

Post-scriptum
Je ne trouve pas de mot pour décrire l’humour qui traverse ce livre
et qui rend le grave léger une fraction de seconde…

La réalité et la fiction

Le 15 septembre

Salut mon vieux,

Je viens de relire ton Grand Livre, et une certitude se confirme… ton œuvre est symphonique… ce livre est un opéra célébrant l’amitié, celle que rien n’altère et qui vaut son pesant d’or, le bon vieux temps qui n’est finalement qu’une fable, mais que l’on se remémore toujours avec nostalgie, et la promesse des lendemains radieux, comme lorsqu’à la fin de ton récit, encore jeune homme, tu pars en voiture vers l’Ouest, pour grandir… mais là ne s’arrête pas la comparaison… alors, mon vieux, filons la métaphore ensemble par-delà les mots et l’espace… comme dans tout opéra, tous les chanteurs, peu importe leur importance, font leur tour de chant à un moment ou à autre, du stentor au soprano, du chœur au soliste… et la musique est là bien présente… celle des années soixante, celle de ta jeunesse, et surtout celle de l’amitié… la narration répond elle aussi aux exigences de l’opéra… tout y passe, les arias lorsque les extraits de musique envahissent le texte, les récitatifs lorsque le protagoniste s’épanche sur son cœur, seul dans sa chambre jaune, couleur d’éternité, les chœurs lorsque les autres personnages entrent en scène pour briser la solitude, les intermèdes lorsque le narrateur prend la parole pour ponctuer et épicer le récit. N’oublions pas l’orchestre tantôt symphonique quand l’histoire des quatre amis prend le dessus, tantôt de chambre lorsqu’Albert et Paul-André se retrouvent ensemble… Ajoutons le fameux livret secret dont toi seul es dépositaire et dont tu laisses quelques bribes s’échapper de-ci de-là pour que nous comprenions mieux les enjeux sous-jacents de l’histoire… l’écriture, quant à elle, est tout ce qu’il y a de plus musicale… le cœur de la prose bat sans cesse, suivant au plus près les émotions des personnages, et les tiennes… Finissons, si tu le veux bien, mon ami, avec toi, le chef d’orchestre qui mène avec brio tout son monde, à la baguette, oserais-je dire, et qui, le cœur lourd, ne peut finalement pas s’empêcher de suivre la partition qu’est la vie…

Mon cher ami, tu as livré ici un combat épique, digne des preux chevaliers, combat où deux sœurs ennemies : la réalité et la fiction, ont dû rendre les armes. Tu nous as offert un pur moment d’art lyrique, et je crois sincèrement que ton grand œuvre est bel et bien fini… que la fiction t’attend… Saluons donc, chapeau bas, cet exploit.

Thibault