En direct de Sudbury

SudburyUn de mes amis de Sudbury, Richard Théoret, m’a écrit pour me dire qu’il y avait eu à la station de radio CBON une présentation de ma poésie et plus particulièrement du poème, « Croire », paru premièrement dans Souvenances (1979) et rééditer dans le florilège, L’Autobus de la pluie, en 2002. J’ai écouté attentivement ce topo radiophonique et j’ai été particulièrement impressionné par la qualité et la justesse de ce commentaire de l’interprétation du contenu (le sens) basé sur une analyse formelle (la forme) du poème. Je vous présente premièrement le texte du poème suivi d’un hyperlien vers l’excellente analyse de Chloé Leduc-Bélanger présentée à CBON dans la cadre d’une chronique hebdomadaire de poésie.

CROIRE

(extrait de L’Autobus de la pluie, p. 107-108)

J’avais cru pouvoir t’extraire
te sculpter
à même le roc noir de mes mots pollués
mais l’écho de mon poème
demeure
et hante les parois de mes couloirs souterrains.

À coup de voyelles
d’images
de rêveries
de vers
j’avais cru
inventer
tes couleurs qui s’éclaboussent
marteler
tes courbes qui enjôlent
raffiner
tes membres qui m’entourent
miner
ton cœur qui palpite
mais
même si au fond de ce tunnel
je vois ta lampe qui s’éloigne
même si ton souvenir s’obscurcit
et sans soleil se meurt
je t’esquisserai
te réinventerai
car
nous rêverons,
nous nous éclabousserons
ô mes chairs
blanches plaines
froides
rocailleuses
et balayées de souvenances.

Voici l’hyperlien vers le commentaire de Chloé Leduc-Bélanger

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/le-matin-du-nord/segments/chronique/30705/mdn-chronique-poesie-chloe-leduc-gaston-tremblay

 

Des philosophes invités

En ce lundi matin, j’ai pensé partager avec vous un article qui m’a profondément touché. En tant qu’écrivain, je suis souvent confronté par le problème éthique de la réalité qui s’oppose (et même s’impose) sur la fiction… et vice-versa. Cela étant plus vrai que je pratiquer l’autofiction ou ce que j’aime appeler l’écriture au premier degré, comme les comédiens utilisent souvent leurs propres expériences pour mieux interprétés les passions de leurs personnages. Pour ce faire, il faut se décanter soi même pour livrer aux spectateurs (ou aux lecteurs) une oeuvre originale et… vraie. Procédé dangereux s’il en est un.

Le Devoir de philo
Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Quand les bonnes histoires de Trump tiennent lieu de vérité
Le penseur des communications Walter Fisher explique pourquoi des récits si loin de la vérité objective convainquent les partisans du président

Trump
Photo: Andrew Harnik, Associated Press. Donal Trump continue de promettre qu’il transformera l’Amérique pour la faire correspondre à ses récits.

Alors que Donald Trump a passé la barre des 100 jours à la tête des États-Unis, un sondage Washington Post – ABC News mené fin avril révélait qu’il est le président le moins populaire de l’histoire si tôt dans son mandat. Pourtant, ce même sondage indique aussi un fait étonnant : les Américains qui ont voté pour lui continuent à le soutenir à 94 % (contre 7 % des électeurs de Clinton), malgré ses nombreux déboires. Son style de communication, indifférent à la vérité, continue de surprendre, alors qu’il accuse les médias légitimes de produire de « fausses nouvelles », pendant qu’il relaie des articles de sites Internet douteux. Trump confond les experts qui prédisaient qu’il adopterait un ton plus « présidentiel » une fois élu.

Comment expliquer que le style communicationnel de Trump, défiant la réalité même, convainque plusieurs Américains ? En fait, les experts sont justement bien mal placés pour saisir son style, basé sur une vérité narrative plutôt que sur la rationalité scientifique dont ils sont friands. Autrement dit, Trump — comme d’autres populistes — raconte des histoires qui permettent à ses partisans de comprendre le monde en le reliant à leurs expériences, connaissances et identités.

Dès le début des années 1980, Walter Fisher, professeur de communication à la University of Southern California, amorce le « tournant narratif » dans les sciences sociales. Définissant l’humain comme « homo narrans » et comme « animal utilisateur de symboles », Fisher considère la communication humaine comme un échange d’histoires par lesquelles nous comprenons l’organisation du monde dans lequel nous vivons, au-delà de l’exactitude des affirmations qui les composent. La rationalité première est ainsi celle des histoires et du « gros bon sens ». Ceux-ci nous permettent de construire des liens de cohérence entre différents événements et de les évaluer sur la base de notre propre compréhension du monde.

 

Fidélité narrative

Une histoire paraîtra cohérente si l’enchaînement des actions qu’elle rapporte est bien construit et si les relations entre les personnages sont logiques. C’est là le critère de la cohérence narrative. Selon ce critère, une bonne histoire renfermera, par exemple, des protagonistes réunis autour d’une quête ayant pour objectif d’acquérir un objet matériel — comme de l’argent ou un partenaire amoureux — ou immatériel — comme le bonheur ou la justice. Certains, le héros et ses alliés, s’entraident en vue d’accomplir cette quête et font face à des opposants poursuivant les mêmes objets.

 

 Nous ne trouverions pas l’histoire cohérente si le héros, après s’être fait confier sa mission, l’abandonnait aussitôt sans explication, ou s’il ne rencontrait aucune opposition. Bien qu’ils puissent être combinés de façon infinie, une histoire contient néanmoins des éléments de base qui lui offrent sa cohérence et la rendent compréhensible.

 

 Nous aurons tendance à accepter une histoire comme étant vraie ou, du moins, minimalement plausible, si elle correspond à nos croyances et à notre vision du monde : c’est le critère de la fidélité narrative. Le lecteur se sent floué lorsque ce contrat est brisé, lorsque l’histoire ne s’accorde pas avec sa propre expérience ; son gros bon sens lève le drapeau rouge. La tolérance à la non-plausibilité varie selon le genre : ainsi, elle sera plus élevée dans le cas de la fiction que dans celui du travail journalistique. Les histoires des politiciens n’ont pas la licence de la fiction. Elles sont censées nous dire la vérité sur le monde qui nous entoure. Cependant, elles ne font pas référence au monde tel qu’il existe extérieurement, mais bien au monde tel que nous le comprenons déjà. Par conséquent, les récits que nous proposent les candidats et les élus ne sont pas dispensés de l’obligation de résonner avec nos croyances et notre conception du monde. C’est pour cette raison que différents groupes apprécient de manière variable les histoires de Trump.

Pour Fisher, le paradigme narratif prime la rationalité scientifique, bien que celle-ci soit basée sur la force de l’argumentation factuelle, d’où l’échec des médias à convaincre de la non-légitimité de Trump en démontrant la fausseté de ses affirmations. Les experts n’ont pas su reconnaître que les gens croient les histoires que Trump leur raconte, car elles leur permettent de relier leurs différentes expériences et inquiétudes dans un récit cohérent et plausible. Pour une partie de la population, les faits décousus des experts — « faits vérifiés », éditoriaux érudits et statistiques — ne jouissent pas de la même cohérence et ne font aucunement écho à sa réalité vécue. En créant ses propres liens et en les infusant de sa propre expérience, l’auditoire joue donc un rôle actif dans la construction de la signification des histoires.

  Cohérence et plausibilité

  La réaction de Trump au récent témoignage au Sénat de Sally Yates, ancienne procureure générale des États-Unis, exemplifie son approche narrative. Pendant que Yates décrivait aux sénateurs ses tentatives, en décembre dernier, d’avertir Trump des relations entre l’ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Michael Flynn, et le gouvernement russe, Trump utilisait Twitter pour insinuer que Yates orchestrait des fuites pour répandre la « fausse nouvelle » de ses relations avec la Russie et nuire à sa légitimité comme président.

  Ce faisant, il insérait le témoignage de Yates dans une trame narrative qu’il tisse depuis longtemps : celui d’un Parti démocrate acerbe (Yates avait été nommée procureure générale sous Obama), refusant sa défaite, et cherchant à priver le peuple américain de la victoire légitime de « son » président, Trump. Cette histoire, plausible aux yeux d’électeurs déjà persuadés que Clinton et le Parti démocrate ne s’intéressent qu’aux élites, est cohérente à leurs yeux car elle adopte une structure simple, où les démocrates sont les « méchants » opposés aux intérêts du peuple et des travailleurs.

 

Trump se décrit lui-même comme celui que le peuple a mandaté pour retrouver une prospérité et une honnêteté compromises par ses adversaires hargneux, obsédés par les joutes politiques. Ainsi, les nombreux articles démontrant les conflits d’intérêts et les turpitudes morales du président républicain n’ont eu aucune prise sur ces électeurs convaincus que les grands médias jouent eux aussi le jeu des élites démocrates corrompues par la soif du pouvoir.

 

Rôle de gagnants

Les meilleurs exemples de cette structure narrative, opposant les bons Américains à leurs adversaires, se retrouvent dans les promesses de Trump de construire un mur pour empêcher l’entrée illégale de Mexicains, ou celle de suspendre l’immigration de personnes musulmanes. Ces promesses, quoique discréditées, participent à des récits déjà bien implantés aux États-Unis concernant le « vol » d’emplois par les travailleurs mexicains, ou encore le terrorisme soi-disant causé par les musulmans. Ces histoires satisfont aux deux critères de Fisher. D’une part, elles sont cohérentes puisque les protagonistes jouent leur rôle de manière constante — les Mexicains et les musulmans sont les « méchants » qui nuisent à la quête des Américains vers de bons emplois et la sécurité. D’autre part, elles sont plausibles puisqu’elles reflètent les inquiétudes de nombreux Américains, aux prises avec le chômage et une insécurité amplifiée par rapport au terrorisme.

 

Toutes les démonstrations des experts quant aux obstacles économiques et logistiques à la construction du mur, de même que les statistiques démontrant le très faible nombre de victimes américaines du terrorisme islamique par rapport à l’ensemble des morts violentes, n’ont eu aucun écho au sein de cet auditoire. Les histoires de Trump concernant les Mexicains, musulmans et autres immigrants justifient aussi une peur de l’Étranger largement partagée.

 

  En plus de leur proposer des récits donnant du sens à leurs expériences existantes, le style communicationnel de Trump offre à ses partisans un rôle actif dans leur propre histoire, celui des vainqueurs et des gardiens de la moralité. En effet, Fisher souligne que les histoires ont toujours une dimension morale, et celles de Trump rangent ses partisans du bon côté de la lutte entre le bien et le mal. Laissés pour compte par la délocalisation du secteur manufacturier et privés des moyens de s’adapter par un système d’éducation famélique, plusieurs Américains se retrouvent à vivre dans un monde qu’ils ne comprennent plus et où ils se retrouvent, donc, impuissants. Trump leur offre des récits où ils jouent de nouveau le rôle des gagnants.

 

Trump continue de promettre qu’il transformera l’Amérique — dont son système de santé — pour la faire correspondre à ses récits. Comme le dit Nietzsche, la volonté de puissance prend souvent la forme d’une volonté non pas de comprendre le monde, mais bien de changer le monde pour qu’il corresponde à notre compréhension. De même, plutôt que de leur proposer d’ajuster leurs connaissances à la nouvelle réalité sociale et économique de leur pays, Trump propose à ses partisans une politique performative : il changera le monde pour qu’il corresponde à leurs connaissances. Il leur redonne donc, pour ainsi dire, de la puissance en leur offrant une place dans des récits dont ils se sentaient exclus.


Joëlle Basque est chercheuse postdoctorale au Groupe d’étude sur la pratique de la stratégie à HEC Montréal.

Nicolas Bencherki est professeur adjoint au Département de communication de la State University of New York at Albany.

 Cet article a été publié dans Le Devoir de samedi le 3 juin 2017.

 

L’autofiction

L’écrivain Gaston Tremblay parle d’autofiction à la bibliothèque

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Genre littéraire intrigant, l’autofiction compte de nombreux adeptes, à l’image de Gaston Tremblay. Écrivain en résidence originaire de Sudbury, il s’est produit à la Bibliothèque de référence de Toronto le 3 octobre à l’occasion d’une présentation sur ce style particulier et remettra le couvert le 10 octobre à l’occasion d’un atelier d’écriture.

Aussi loin que remonte sa mémoire, cet ancien étudiant de l’université Laurentienne désormais installé à Montréal reconnaît que l’écriture a toujours été son support de prédilection : « Je trouve ça excitant! Depuis que je suis ado, l’écriture c’est mon moyen d’expression. Je me spécialise dans l’autofiction à des degrés divers. » Toutefois, avant de se lancer corps et âme dans ce domaine, son parcours était celui d’un homme de théâtre qui est parvenu à monter l’Agora de la danse à partir de rien. Il décide finalement de retourner aux études à la fin des années 1990 et obtient une maîtrise en création littéraire. À ce jour, une dizaine de ses livres ont été publiés, contenant principalement de la poésie.

« L’autofiction se crée en même temps que l’on se raconte, ajoute M. Tremblay. C’est une prise de contrôle de soi. Avant j’étais dans un bureau mais ma personne me disait que je devais me mettre en scène. Je me suis alors redéfini en passant par l’écriture. » À l’occasion de cette conversation avec le public, l’écrivain a utilisé des passages de ses écrits pour illustrer la façon dont il est passé de la réalité à la fiction. « Ou bien on s’investit dans l’écriture, ajoute-t-il, ou bien on ne s’investit pas. Écrire l’histoire est le plus intéressant. » Auteur des romans Le Nickel Strange, Le Grand Livre, ou encore Le Langage des chiens, pour lequel il s’est inspiré de personnes handicapées et hautes en couleur croisées dans la rue, sa popularité ne se dément pas.

L’atelier se fera quant à lui par rapport à la présentation de la semaine dernière et consistera en des exercices de changement de nom de la personne qui raconte l’histoire, les différentes possibilités narratives et littéraires qui s’y rattachent. « Quand on parle de soi, tout ce que l’on voit c’est le bout de son nez, explique Gaston Tremblay. Nous essaierons de voir plus loin. »

À l’heure actuelle, l’auteur termine le livre de poésie D’amour et de turbulences, motivé par le décès de son fils, et qui sortira en février 2016.

Photo: Bibliothèque publique de Toronto

Auteur: Sylvain Charbit pour LE METROPOLITAIN

Grand Lac Café à Toronto

En tant qu’écrivain en résidence à la Bibliothèque de référence de Toronto, Sylvie-Anne Jeanson m’a invité à un entretien à l’émission Grand Lac Café. J’ai toujours aimé cette émission, donc je me suis empressé d’accepter. En arrivant sans-titreau studio, j’ai été renversé par le manque de ressources humaines, il n’y a plus de technicien, désormais l’intervieweur doit se débrouiller seul. Ce n’est plus une radio d’état, car le gouvernement y a déclaré un état de siège.

Radio Canada a toujours bien desservi l’Ontario français, il est temps que nous leur donnions notre appui, en commençant le 19 octobre. Votez pour ceux qui nous promettent de rétablir notre Radio nationale.

Voici le montage de l’entretien que Sylvie-Anne a préparé pour nous tous.

Le montage est le dernier dans le bandeau du temps au milieu de la page, à 10 h 51. Faites glisser le bandeau vers la gauche pour y arriver.

http://ici.radio-canada.ca/emissions/Grands_Lacs_Cafe/2015-2016/archives.asp?date=2015/10/10&indTime=0&idmedia=7355043

Gaston

 

Foisonnement de stratégies narratives

Grand-Livre-BruneTremblay, Gaston. Le grand livre. Sudbury : Prise de parole, 2012. 441 p.

L’histoirecommence lentement, mais de bonne humeur. Les épisodes de l’enfance sont souvent cocasses, qu’il s’agisse d’une collection d’images de La vache qui rit, d’une religieuse si rigide que les élèves la surnomment « la caporale », des enseignantes affublées de surnoms moqueurs ou encore du « roi » de l’école, à savoir l’unique homme du corps enseignant, entiché d’une collègue, ce qui, bien sûr, pose problème dans une institution catholique aussi stricte. Les blagues s’emboîtent, telles que tout élève en un semblable milieu les connaît. Le ton change peu à peu, alors que les deux amis dont l’histoire est contée, entrent dans l’adolescence et ses désarrois. La complicité solide des deux garçons se complique. D’abord, il y a les premiers émois amoureux ; ensuite, les projets d’avenir et la question des études. Chez ces deux jeunes gens, de longues réflexions les ramènent à la religion – on oublie les rigolades de gamins. Ils s’engagent, nouent une amitié avec un jeune prêtre. Le plus touchant, pour l’un des deux, est la découverte progressive et malaisée de son homosexualité. Le jeune homme s’éprend de son meilleur ami. Tourmenté par ses propres sentiments, il ne se rend pas compte qu’une tragédie se prépare et que son meilleur ami, l’amant de ses rêves, est sur le point d’accomplir un acte irréparable.

Ce roman-fleuve se distingue par deux qualités. La première est l’autofiction ; les lecteurs qui connaissent la scène culturelle du nord de l’Ontario, tenteront sans doute d’identifier le narrateur à l’auteur et l’ami au dramaturge André Paiement, très actif il y a environ quarante ans. Divers indices dans le nom des personnages et des lieux, de même que certains parallèles biographiques facilitent les rapprochements dans ce récit fictif. Le jeu de l’autofiction se déploie avec brio tout au long du livre. D’autre part, l’auteur a recours à d’intéressantes stratégies narratives : des aller-retour entre le passé de la jeunesse et le présent de la narration ; la référence constante – avec citations à l’appui dans les notes de bas de page – à un « livre » rédigé par les deux compagnons des années auparavant, avant la tragédie, livre fictif présenté comme s’il avait été publié ; des chapitres à la première personne et d’autres, dans un mode entièrement différent, à la troisième personne ; des apartés et des conversations ; des confessions et des descriptions. C’est ce foisonnement qui attire immédiatement l’attention.

Armand Falq

Voix Plurielles, Vol. 10,  No 1, 2013, page 176.

Revue de l’Association des Professeur-e-s de Français des Universités et Collèges Canadiens (APFUCC)http://brock.scholarsportal.info/journals/voixpluriellesVoix plurielles  

Critique dans le Journal de Québec

Au kiosque du rassemblement

Gaston Tremblay — LE GRAND LIVRE

Vibrante autofiction

Le Journal de Québec, Mercredi 10 avril 2013, page 57

Marie France Bornais

Poète, essayiste et romancier, Gaston Tremblay, invité d’honneur du Salon international du livre de Québec (SILQ), témoigne dans Le grand livre, du passage des jeunes à l’âge adulte, des bouleversements sociaux vécus dans les années 70 au Canada français et de ceux et celles qui restent dans le deuil après le départ d’un être cher. Il s’est basé sur sa propre expérience, mettant 40 ans à vivre le deuil de son ami André Paiement.

Le grand livre est une autofiction se déroulant à Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario, à la fin des années 60. Il évoque une jeunesse idéaliste en milieu modeste, dans le «Petit Québec» ontarien.

Famille de bûcherons

«J’ai grandi dans une famille de bûcherons, donc je n’étais pas prédestiné à une carrière de poète…», note-t-il. «J’ai pilé

Le livre raconte aussi l’amitié entre l’écrivain et André Paiement, fondateur du Théâtre du Nouvel-Ontario et du groupe CANO.

« C’était un autre artiste perdu à Sturgeon Falls. On était voisins, et la première fois que je l’ai rencontré, c’est dans le trou de sable au coin de la rue. Et on s’est redécouverts en 67, à l’âge de 18 ans, et on s’est découvert des affinités pour la littérature.

« J’écrivais mon journal personnel à l’époque et ça l’avait fasciné. On a commencé à l’écrire ensemble et, pendant un certain temps, il brûlait ses cours de latin pour aller dactylographier dans le journal. On a commencé à en faire un livre qu’on appelait Le grand livre. »

Une Amérique en bouleversement

Le grand livre, devenu œuvre d’autofiction, consigne l’amitié entre les deux jeunes, leur quête existentielle à une époque où l’Amérique entière était en bouleversement.

«André voulait être musicien et il regardait les rock stars avec une certaine envie. C’était mon ami d’enfance et mon ami de création. Quand il est mort — c’était un suicide — j’ai été particulièrement touché. C’est assez surprenant, mais l’histoire d’André Fortin est à peu près celle d’André Paiement. J’ai été perturbé. On avait 28 ans. On était dans la force de l’âge.» Coupable de lèse-amour Quarante ans plus tard, Gaston Tremblay s’est penché sur les réflexions consignées à l’époque et a décidé de faire le point.

«Je voulais parler des victimes du suicide, qui vivent énormément de culpabilité. J’ai trouvé un mot pour récapituler ça : c’est être coupable de lèse-amour. On se sent coupable de ça, mais, dans le fond, on ne devrait pas.»

NOTA BENE  GASTON TREMBLAY EST INVITÉ D’HONNEUR DU SILQ. POUR CONNAÎTRE L’HORAIRE DE LA JOURNÉE : WWW.SILQ.CA

Prix du Nouvel-Ontario

  • Gaston-PrixGaston Tremblay, récipiendaire du Prix du Nouvel-Ontario 2013, était de passage à Sturgeon Falls pendant le lancement de son dernier livre. Le grand livre, une «autofiction» qui retrace son enfance et son adolescence dans ce village, ainsi que son amitié avec le co-fondateur de CANO, André Paiement, est en vente chez Michaud & Lévesque à Sturgeon Falls. On voit ici l’auteur devant la maison de son enfance, qu’il a profité pour visiter pendant son bref passage.

Le Prix du Nouvel-Ontario a été remis au poète et romancier Gaston Tremblay, originaire de Sturgeon Falls, dans le cadre du Grand rassemblement des 40 ans des Éditions Prise de parole et de la Nuit sur l’Étang, le 23 mars à Sudbury. Il y a reçu la traditionnelle trille en nickel associée au Prix du Nouvel-Ontario, et une bourse de 1000$ offerte par la Société Radio-Canada.
Poète, romancier, essayiste, Gaston Tremblay a été fondateur puis directeur pendant plusieurs années de la maison d’édition sudburoise Prise de parole. Il a également dirigé le Théâtre du Nouvel-Ontario, la Nuit sur l’étang et, enfin, le Monument-National, avant de se consacrer entièrement à l’écriture.

Influencé par l’esprit travaillant des famillez Goulard et Lévesque à Sturgeon Falls, dont il est issu, il a d’abord été draveur, pileur de planches et mineur. Son écriture reste imprégnée de ses premières expériences. Il lance sa carrière d’écrivain en 1970 au sein de la Coopérative des Artistes du Nouvel-Ontario et
cosigne en 1973 Lignes-Signes, le premier recueil de poésie de la maison Prise de parole. Quelques-uns de ses poèmes sont mis en musique par le groupe CANO. Son roman, Le langage des chiens est mis en nomination au Prix des lecteurs Radio-Canada en 2002. Gaston Tremblay est également l’auteur du Grand livre (Prise de parole, 2012), une autofiction inspirée de sa grande amitié avec André Paiement qui raconte un moment déterminant dans la vie de deux jeunes adolescents, à une époque charnière – la fin des années soixante – dans l’histoire du Nouvel-Ontario. Le recueil de Dorais, son plus récent projet, rassemble l’oeuvre savante et de création de Fernand Dorais, professeur et penseur original qui a inspiré de nombreuses vocations lors de son passage à Sudbury et qui a été l’un des premiers intellectuels à faire de l’Ontario français un objet d’étude… Pour en savoir plus, cliquez ici! http://www.westnipissing.com/Gaston_Tremblay_remporte_le_Prix_du_Nouvel-Ontario.html

Suzanne Gammon, La Tribune

Au coeur des mots

Andrée     Ici Andrée Lacelle. Je vous attendais Au cœur des mots. Aujourd’hui je vous présente le dernier roman de Gaston Tremblay, Le grand livre paru aux Éditions Prise de parole en 2012.

Le grand livre c’est l’histoire de l’amitié partagée entre Gaston Tremblay et le regretté André Paiement. Nous sommes à la fin des années soixante à Sturgeon Falls en Nouvel-Ontario.

Journal intime, autofiction, avec, en toile de fond, une trame poétique.

Vers la fin du livre, on peut lire : « Je suis arrivé à ce qui commence, c’est le temps de fermer ce Grand Livre qui a été notre journal de bord et de passer outre. » (p. 427). J’ai demandé à Gaston Tremblay : Pour aller où ? Outre la mort, outre l’amour, outre l’amitié ? Est-ce parce qu’écrire, c’est plonger au fond de soi pour s’unir à l’autre ? Ou encore, est-ce d’une certaine façon, revenir au point de départ, à l’inassouvi de cette troublante poignée de main ? Écoutons-le.

« Le Grand Livre est un aboutissement, mais ce fut aussi une manière de faire mon deuil de Paul-André et d’Albert, car ces personnages sont des adolescents et je suis un homme de 63 ans.

Paul-André, dans son journal, commente l’expérience de sa vie ainsi : « C’est bizarre, j’ai l’impression d’être en train de vivre mon quatrième cycle de sept ans ».

J’ai découvert à l’Internet un texte au sujet des cycles astrologiques. Selon Rudyar, le quatrième cycle (de 21 ans à 28 ans) est une période de déchirement, car l’individu doit choisir entre l’espoir du futur et la nostalgie du passé. Paul André est resté figé dans son passé, et j’ai voyagé jusqu’à mon neuvième cycle qui, selon Rudyar, est l’occasion d’une troisième naissance, à travers la personnalité et la qualité spirituelle de l’être. Et nous voilà de retour à ce qui commence. »

Je me suis laissée happer par l’intime réel ici raconté. Ce livre me fait penser à un carnet de vie : troublant, à certains moments sublime, mystérieusement humain. Sa vie, la vie, nos vies que Gaston Tremblay nomme lumineusement ces mystères blancs.

Cette capsule a été produite grâce à l’appui du programme Développement des communautés de langues officielles de Patrimoine canadien, de l’Association des auteurs de l’Ontario français et de l’Alliance des radios communautaires du Canada.

Voici le lien pour entendre la capsule!

Chronique littéraire : Le grand livre » Alliance des radios communautaires du Canada | ARC du Canada

Participation à Grand Lac Café avec Marie Laberge

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Mon passage au Salon du Livre de Toronto a été l’occasion de participer à une émission spéciale de G. L. C. En effet, Éric « La voix » Robitaille m’a fait l’honneur de m’interviewer en même temps que Marie Laberge. Ce fut une expérience extraordinaire et je vous invite à vous joindre à nous en cliquant sur l’hyperlien suivant :

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBON/GrandsLacsCafeCentre201212080947.asx

Bonne écoute!