Un poète sur les sentiers de la pandémie

Lors d’une discussion téléphonique avec un ami de longue date, 50 ans c’est toute une vie, j’ai partagé avec lui un des rares avantages de la pandémie 2019-2020. En fait, je me suis aperçu que la majorité des gens réagissait mieux que dans le passé à un simple bonjour. Un petit sourire, nous vaut souvent un grand sourire et parfois un éclat de rire… surtout quand je prends le temps de leur dire (sans interrompre ma marche) :

« Profitons-en, car c’est tout ce qui nous reste ».

Denis m’a avoué qu’il avait fait le même constat, et qu’il avait écrit un texte, un poème, à ce sujet.

Je m’empresse donc de lui céder la parole.

Lacement du Grand Livre 2012-012

Vaincre la solitude

Vaincre la solitude

les regards furtifs prolongent leur portée

les sourires timides comblent le vide

les salutations discrètes et silencieuses franchissent la distance prescrite

entre des étrangers qui se croisent

hésitants devant les trottoirs soudainement trop étroits

l’ennui s’installe comme une étole rassurante

sur les épaules du désespoir

le besoin de se toucher se reporte à un avenir pas assez rapproché

pour le bien de tous

le matin voudrait nous dire

que le cauchemar n’est que ça

la résignation s’impose

sur l’anxiété

le feu d’artifice jaillit d’étincelles d’espoir

                                         Denis St-jules, 2020

Lacement du Grand Livre 2012-011

 

 

Une marche dans le parc

 

Frankenstein

Une pause pendant la pandémie !

Jour après jour, de semaine en semaine, c’est la même chose, dodo-télé-dodo, l’état d’être de notre conscience est endolorie, cette partie de nous-même qui écoute, qui voit et perçoit la réalité de notre « totalité »… est endormie, car nous ne voyons que la mort à l’horizon.

Dodo-télé-dodo

On ne compte plus les morts une à une, on s’intéresse plutôt à la fréquence.

Un médecin a annoncé à la télévision, hier soir, qu’il y avait un Américain qui mourrait du Corona Virus à toutes les 47 secondes.

Pour tout un chacun, c’est une prise de conscience de l’intérieur vers l’extérieur, un regard détaché de la réalité, c’est sûr, et cette vision est si intense qu’il est difficile de faire la différence entre notre perception des choses et les choses elles-mêmes.

Dodo-télé-dodo

Mon ami, Paul-André, écrivait quelques mois avant sa mort :

La vie, c’est tout un évènement
C’est le plus beau
C’est le plus grand

Voilà un truisme déchirant, surtout évident, en temps de pandémie. J’ai les nerfs à fleur de peau, j’entends l’écho de ma voix qui chuchote dans ma tête :

J’ai peur, j’ai l’impression de vivre dans un film, tout ce qui nous arrive dans nos trop confortables « prisons privées » est tellement surréel. Si les punks des années quatre-vingt étaient les héritiers de Dada, le trumpisme est certainement l’ultime dadaïsme, l’œuvre d’une personnalité aussi fausse que les matamores de la comedia del arte.

J’ai peur!

J’ai peur de mourir seul, dans un monologue percutant, dans une scène de tu-seul théâtral à la Michel Tremblay, comme un tourbillon de poésie figé dans une bulle de plastique opalin.

J’ai peur!!

J’ai peur de devenir une pipe qui n’est pas une pipe, car je suis un homme, je ne suis pas une chose.

Dodo-télé-dodo

Le président Trump prévoit que la fréquence des décès augmentera à plus de 3 000 personnes par jour, à une victime chosifiée toutes les 30 secondes et ce… avant le début du mois de juin.

Et il bat la mesure, comme le tambour de la République des lemmings américains qui marchent, au pas, vers le paradis perdu du rêve américain.

Le docteur Fauci prévoit que la fréquence des morts augmentera jusqu’à la trump-vitesse maximum, jusqu’à la limite de la tolérance à la souffrance des Américains.

Dodo-télé-dodo

Va-t-il falloir construire des hauts-fourneaux pour incinérer les victimes du trumpisme.

Dodo-MAMAN-dodo !!!

J’ai peur…

 

Postscriptum :  après avoir écrit ce texte. j’ai vu ce clip. À voir!!! https://www.youtube.com/watch?v=t_yG_-K2MDo

Philosophe invité

pexels-photo-3951370J’ai reçu ce message anonyme par courriel!

Je le partage avec vous, car ce philosophe a les deux pieds bien ancrés dans la réalité et les yeux rivé sur tout ce qui lui semble positif.

Normalement, je publie en français mais dans ce cas je n’ose même pas essayer de traduire le texte de peur de ne pas être à la hauteur de la situation.

« HAVE YOU NOTICED!!

  • We no longer go to the emergency for nothing?
  • Our credit cards are no longer soaring?
  • We take time with our children and our spouse?
  • We take time to talk to our friends on the phone?
  • We are more thankful for all that we have?
  • We have time to read?
  • We have time to clean up and do it with pleasure?
  • We are enjoying the fresh air outside?
  • We go to stores just once a week. Worse is…it is just for groceries?
  • We are not dying because the stores are closed on Sundays?
  • We are starting to think about buying Canadian products, even if it’s more expensive?
  • We start to think that having money in the bank is important?
  • Our children have no agenda, they can use their creativity and be children.
  • Parents realize the work of teachers?
  • We see the immense need for our health care workers?
  • We realize that as a country we can work together?
  • I just hope that after the crisis, we will remember all this,  because usually we have because usually we have very short memories and we quickly return to our bad habits. »

Anonyme

« La tendresse» frappe à votre porte!

Confiné, j’ai reçu cette chanson via l’Internet. Étant donné les circonstances, je la partage avec vous. Le texte de Bourvil est superbe, et tous ces artistes confinés lui font honneur. Je vous invite à visiter le site et surtout à écouter la symphonie, car elle est définitivement un baume pour le cœur.

https://ma-musique-communautaire.com/symphonie-confinee-artistes-la-tendresse-isolement-covid/

« En ces temps difficiles, 45 artistes bloqués dans leur lieu de confinement se sont unis virtuellement pour proposer une Symphonie Confinée. Sous l’impulsion de Valentin Vander, ces chanteurs, chanteuses, musiciens et musiciennes vous présentent le clip du titre « La Tendresse ». C’est sous une version symphonique que ces artistes revisitent cette sublime chanson immortalisée par Bourvil en 1963. Le site Ma Musique Communautaire vous en dit plus dans cet article.

« Montrer que même en cette période de confinement imposé, une œuvre collective peut jaillir d’artistes des quatre coins de la France (et même d’ailleurs !). Mais également, pour apporter du baume aux cœurs à tous ceux qui, de près ou de loin, sont affectés par la pandémie de Covid-19. Cela démontre aussi que les artistes peuvent travailler ensemble à distance et enregistrer une vidéo à distance. Le tout, afin d’envoyer un message fort d’entraide, d’affection et de solidarité. Les enregistrements ont été effectués avec les moyens du bord. Le montage a duré une semaine entière et assuré par Julia Vander. L’intégralité de ce travail a été réalisée bénévolement. »

La symphonie confinée

Ou alles sur YouTube : Symphonie confinée -La tendresse

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

Valentin
Valentin Vandère

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien… on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos coeurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jou

De l’insolence et du déni

 

Je ne crois pas pour un instant qu’il y a eu une révolution sexuelle des années soixante ; ma génération n’était pas plus sexuelle que les précédentes. Tout de même… Soyons sérieux, car il est vrai que nous étions sans gêne, et, tout au moins, plus candides que nos aînés ! Notre audace a été perçue comme une effronterie par ceux qui détenaient les rênes du pouvoir. Même avec cinquante ans de recul, devenu un « vieux », je n’arrive pas à comprendre précisément pourquoi ma génération a choisi d’être aussi insolente, car ce fut un choix de génération.

Au Canada, à l’automne de 1962, This hour has seven days, passait à la télévision nationale le dimanche soir. Cette émission d’information a démocratisé l’information en « presque direct ». Les politiciens étaient en état de choc, s’ils faisaient une grosse gaffe au Parlement, elles étaient discutées et critiquées vertement à la télé le dimanche soir. Les reportages étaient ponctuels, percutants et dérangeants ! Les élus et même les électeurs s’y opposèrent ; on ne valorisait pas la transparence à cette époque, les animateurs furent congédiés et l’émission annulée au printemps de 1964.

La même année, Marshall McLuhan publiait son Understanding media : the extension of man dans lequel il proposait un slogan : The medium is the message ; c’est-à-dire que ce n’est pas la technologie ou le contenu des publications électroniques qui sont le véritable message, mais plutôt les changements que ces émissions suscitent dans la société, le « médium » dans lequel l’homme, l’ultime microbe, se développe. En bref, on reconnaît un arbre à ses fruits : si on introduit une nouvelle espèce séminale dans une forêt boréale c’est le nouvel équilibre des espèces dans la forêt, qui vingt ans plus tard, est le véritable message. Il en va de même de la forêt virtuelle des idées et des mœurs des hommes médiatisées.

Après la chute de la Nouvelle-France, l’élite française rentre en Europe et les Canayens s’adaptent à cette nouvelle réalité. Esseulés, les habitants se rassemblent autour de l’Église. En 1962, deux cents ans plus tard, les Canadiens français ruent dans les brancards. Un tsunami de changements sociaux et politiques emporte les décombres de la grande noirceur, les Québécois élisent les libéraux qui claironnent un slogan populaire : Maître chez nous. C’est la Révolution tranquille qui transforme le Québec, qui dans son altérité s’éloigne du Canada.

Comme au Québec, les structures sociales de proximité de la diaspora canadienne-française sont organisées autour des paroisses catholiques : les écoles primaires, les hôpitaux, les organisations de bienfaisances, la caisse populaire et parfois un collège — ou un couvent — et même une feuille de chou paroissiale. La société québécoise est tissée serrée, le vague du changement agit comme une déferlante, tout est renversé en moins de dix ans. Cependant, les Canadiens français de la diaspora canadienne n’ont pas le loisir de les imiter, car leurs gouvernements provinciaux sont sous le contrôle de la majorité anglophone. À l’extérieur du Québec, toutes les infrastructures des Canayens sont articulées autour du besoin fondamental des minorités : la survie de la francophonie à l’extérieur du Québec. Encadré dans une société civile plus fragile, les Canadiens français choisissent leurs batailles et avancent prudemment là où on leur permet.

Plutôt que le changement ou la prise du pouvoir, c’est le besoin de conserver les acquis qui animent la vie des minoritaires. On l’a déjà dit, l’ambition qui anime Paul-André et Albert est celle de devenir des hommes canadiens-français. Dans ce statu quo où les instances veulent absolument se maintenir en place, il n’est pas évident d’être insolent. Les révoltes, même symboliques, prennent une ampleur démesurée : intuitivement, les jeunes de la Troupe universitaire le savent, mais ils sentent le besoin de foncer, de s’inscrire dans la mouvance internationale du Baby-Boom, de surfer sur la vague de fonds de la Révolution tranquille au Québec. Bien encadrer ils proposent leur Révolution sereine, qui tient compte de l’importance des acquis et de la bonne chère.

L’interjection finale du titre de la pièce le « » stie » est une partie intégrante du parler vernaculaire des Franco-ontariens, mais imprimée sur une affiche ou chantée sur une scène d’école elle devient le cri de ralliement d’une jeunesse qui refuse désormais d’emboîter le pas. Ce juron et tous les autres blasphèmes qui pullulent dans les dialogues des comédiens de cette pièce sont autant de scandales sur les murs et les scènes des écoles secondaires du Nord de l’Ontario, dont les directeurs sont pour la plupart des religieux ou des bons pratiquants. Il en va de même pour le joual qui n’est pas apprécié par les surintendants des écoles séparées, l’un d’entre eux a même affirmé à la télévision nationale que ce sont les anglophones des cours d’immersion qui assuraient la survie du BON français à Sudbury. Ce n’est pas son désir d’enseigner le meilleur français possible qui est remarqué, mais plutôt son déni de la réalité nord-ontarienne qui en 1970 appelle les jeunes en mettre en scène le vrai parler de leur communauté.

Si les écarts de langage dans la pièce Moé j’viens du Nord ’stie sont tout simplement des insolences de la relève, la glorification de la consommation de la « booze » et de la « drogue » illégale — sans parler des relations sexuelles « libres » entre adolescents — sont des comportements définitivement scandaleux du point de vue des curés de paroisse et des directeurs d’écoles. Pour eux, les paroles de la chanson « Tenez-vous bien, on s’en vient » sont au-delà de toutes les bornes imaginables, en 1970 du moins, et méritent une intervention de famille.

Du pot du pot on fume du pot
D’la booze, d’la booze, on boit d’la booze
On fume du pot, on boit d’la booze
On est des détraqués, fourrés
Fourrés, fourrés

Que l’auteur de la chanson justifie ses écarts en établissant un parallèle entre les mœurs de son groupe et ceux de grands écrivains tels que Baudelaire, Verlaine, et Rimbaud ne convainc personne. Peu importe la source de l’inspiration, selon instance du pouvoir toutes ces effronteries de la troupe universitaire se sont mérité une censure certaine et même l’annulation d’un spectacle de tournée. Pourtant, ce sont des prestations timides comparées à ce qui se passe au Québec.

Choses certaines, les réactions du personnel enseignant du Nouvel-Ontario étaient à l’époque prévisibles. Alors pour quoi avoir fait cela ? Était-ce une simple crânerie, une fanfaronnade d’universitaires particulière du nord de la province ? En ce qui concerne les activités de la Troupe et plus tard de CANO, les membres de la Coopérative les artistes du Nouvel-Ontario évoquent souvent le « feeling » qui les animait. Nul ne saurait l’affirmer avec assurance, mais la contestation bruyante et dérangeante était tendance, aux États-Unis, en France, au Québec et quelque peu au Canada français.

Quoique tenu, il y a un lien thématique entre la famille sémantique américaine des « fuck, fucked et mother fucker » et la famille française des « con, connasse et connerie », mais ils sont tous deux très différents des litanies religieuses canadiennes-françaises. C’est comme si les Américains avaient une fixation maladive sur la pénétration violente — même de leur maman — et que les Français — qui se croient de très bons amants — sentaient le besoin, par ailleurs de ridiculiser ces actes en les affublant d’un nom ou d’un adjectif dérivé du substantif qui sert à décrire érotiquement le sexe féminin. Quant aux Canadiens, ils semblent vouloir maudire Dieu et toutes ses bondieuseries de les avoir condamnés au célibat absolu à l’extérieur du mariage, sauf évidemment pour l’acte de procréation.

Plutôt que de libérer les fidèles du joug puritain, le Concile du Vatican réaffirme la position de l’Église en ce qui concerne le célibat des prêtres et l’ABSTINENCE comme seul moyen de la régulation des naissances. De toute évidence, les clercs avaient une vision biaisée de la sexualité, qui ne correspondait pas du tout à la réalité empirique des fidèles. Inutiles de le dire, les collégiens se moquaient des prêtres, les plus jeunes s’amusaient à faire la déclinaison des Papes surnommés Pie 1, Pie 2, et ainsi de suite jusqu’à… À la queue leu leu, devant le confessionnal, les collégiens riaient aux éclats, comme des fanfarons, en comparant nombre de leurs péchés solitaires et « mortels ». Ils s’impatientaient en attendant leur chance de scandaliser les jeunes confesseurs qui avaient fait un vœu de chasteté très tôt dans leur vie.

Si le « medium » est le message, si la transformation de la communauté catholique est le résultat du Vatican II, on est en droit de remettre en question la validité de ce Concile, car les séminaristes abandonnent leur vocation, les prêtres et les religieux se défroquent massivement, les églises se vident comme si l’édifice était en feu. Ces évènements sont autant d’alarmes que la curie refuse d’entendre. Les cardinaux ont accepté de décaper les pompes de la religion catholique sans tenir compte de la réalité des fidèles, des gens pieux qui étaient capables et prêts à prendre la relève du clergé, des jeunes mariés qui voulaient une petite famille nord-américaine, et de la jeunesse qui, plutôt que de faire leur pénitence, s’ébrouait en sortant de l’église. Dépouillé de ses injonctions et de ses artifices, il ne restait que l’illusion de ce qui était autrefois une grande église canadienne-française, car dans une société médiatisée, elle n’arrivait plus à se maintenir en place.

Donc la révolution sereine des artistes du Nouvel-Ontario était au diapason de la contre-culture nord-américaine, mais elle était aussi à la fine pointe d’un mouvement qui allait transformer la société canadienne-française.

La question n’est pas de savoir pourquoi la jeunesse des années soixante-dix ruait dans les brancards, mais plutôt pourquoi elle voulait changer l’ensemble de la société autour des institutions laïques : il ne faut pas se surprendre de la loi sur la laïcisation au Québec, car elle est l’aboutissement de ce mouvement de libération. En Ontario-Français les rapports de force ne sont pas aussi clairs ou évidents, car la minorité francophone ne tient pas les rênes du pouvoir. Oui, la pièce de la Troupe était scandaleuse, car elle attaquait deux facettes du triangle culturel du Canada français, la langue et la foi, et ce dans un contexte où le troisième aspect, celui de la nation, était sous le contrôle de la majorité anglaise écrasante qui ne se souciait pas de s’imposer. Mais, tout de même, ses enfants de bâtisseurs de pays sentaient l’urgence de parfaire le bien de leurs aïeux et de consolider leurs acquis dans le nord que leurs pères leur ont légué. Quand on s’aventure dans l’inconnu, quand on transforme son environnement, on se sent souvent comme un alpiniste qui doit avancer, malgré le fait que son corps est accroché précairement au-dessus du vide.

Dans l’vide

La nuit fut belle

mais vide;

L’aube, serein,

mais vide.

Le zéphir a embrassé la rose;

La noirceur a rincé l’étoile;

Le soleil a étendu ses bras

Vides…

La fleur a éclatée

mais vide;

L’air, pur

mais vide.

La lune a fait ses adieux;

L’oiseau a chanté le bonjour;

Vides…

La feuille partie avec le temps

Vide…

Le cœur battait fort

mais vide;

Les yeux, languissant

mais vides.

L’ombre s’est penché sur la lumière;

Le désir a envahi l’espoir;

Un rien se dessine dans le vent

Vide…

L’amour si riche

mais vide;

La vie, là

mais vide.

Thérèse

Le Lambda, « Au carrefour de l’art et du peuple », décembre 1

Réflexion dans & devant une image

Scène des trois amis-Moé-jviens-du-nord-stie-1971Maudit qu’on était beaux !

Photo : Doug Kingsey 1971

Une photo de la pièce Moi j’viens du Nord ‘s’tie, l’image de la scène trois (où les trois amis assis sur un banc de parc) est devenue virale. Malheureusement, plus souvent que jamais, elle a servi d’avis de décès, plus précisément comme le rappel de la mort tragique de Paul-André. Donc, pour moi, voir cette photo apparaître à l’écran de mon ordinateur a toujours été accompagné d’une certaine amertume ; on se sent toujours délesté d’amour ou d’amitié lors du suicide d’un être cher ! Mais cette année, quand j’ai vu apparaître la photo, ma réaction fut tout autre. À ma grande surprise, mon commentaire fut amusant pour les personnes autour de moi. C’est peut-être que la légende que j’ai inscrite sous l’image fut aussi spontanée que candide et succincte !

Ce fut aussi une épiphanie, pour moi du moins, car à l’époque je n’avais pas encore réussi à me voir objectivement, en exotopie, c’est-à-dire d’un point de vue extérieur à ma propre personne. Peut-être parce que je suis né dans une famille d’entrepreneurs forestiers, et élevé dans une maison où il n’y avait pas de psyché, car les miroirs étaient tout petits et surtout fonctionnels. À peine assez grand pour se raser ou pour se maquiller le centre du visage. Quand Albert, mon alter ego dans cette œuvre, se regarde dans le miroir, il a l’impression de se voir dans une glace de cirque, là où les reflets sont difformes, selon ses états d’âme ou selon l’angle de son choix, car il n’est pas à l’aise dans sa peau. Albert se trouve étrange, pas tout à fait laid, pas tout à fait beau où pour être cool : c’est-à-dire, pour s’intégrer à la tendance sociale du jour : on disait tout simplement weird !

Weird… peut être, mais aujourd’hui, je dis « Maudit, qu’on était beau ! »

C’est peut-être pour cette raison qu’à la fin de mon adolescence je lisais et relisais aussi souvent que possible les poèmes de Saint-Denis Garneau. Désormais septuagénaire, je suis toujours fasciné par ces trois vers du poème « Accompagnement »…

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que ne puis pas prendre

Ce n’est pas mon intention d’interpréter aujourd’hui ce que ce Garneau, le poète, a pu vouloir dire, mais plutôt l’occasion de faire allusion à ce que j’ai pu — ou bien voulu — comprendre. Devant ce texte, qui assurément était — et qui l’est pour toujours — un reflet du poète, je me sentais étrange comme si j’étais devant une glace quelque peu embuée. Que je sois incapable de me réconcilier à son image me semblait tout à fait normal, mais que je sois dérangé par l’intensité de l’expérience que je vivais en lisant les poèmes de Saint-Denys-Garneau m’inquiétait et me fascinait.

Depuis, heureusement, je me suis réconcilié à moi-même. Ce fut un long voyage, « un long voyage abracadabrant », et je crois que le premier pas fut mon retour à l’écriture en 1995. Après une dizaine d’années d’aphasie, de silence, j’ai vécu comme une débâcle l’écriture et la publication de ma nouvelle, Souvenir de Daniel. Libéré, j’ai pu poursuivre ma vie à visage découvert : mes études, mes recherches, mes publications. Je pus prendre un certain recul, pour me voir de l’extérieur de moi-même, pour dire que j’étais beau, que nous étions beaux. Et surtout, je peux maintenant passer de ma personne à celle de mon personnage, pour « Que je sois [toujours] porté par la danse de ces pas de joies.

Et puis… voilà, maintenant je retourne à celui que je suis !

Photo : Annik de Caruffel, 2013

Mon deuxième Grand Livre

Mon long silence

Mon silence en 2019 s’explique par le temps que j’ai investi à écrire mon deuxième roman dans la série du « Grand Livre, Le Rideau de scène ». Certaines entrées que vous avez pu lire cette année sont des premières version des sections que j’ai retenues pour ce roman. Pour clore l’année et même pour lancer le travail de révision de texte, j’ai cru nécessaire de fignoler l’avant propos du roman et de le partager avec vous,

Troupe;Carole Morissette, Jean-Paul Gagnon, Thérèse Boutin , André-Paiement, Denis Courville, Gaston Tremblay. Denis St-Jules

De gauche à droite : Carole, Jean-Paul, Thérèse, Paul-André et, dans la deuxième rangée, Denis C., Gaston et Denis St. et cachés dans les coulisses cinq musiciens et huit autres collaborateurs.

Avant-propos
Oui, Le rideau de scène est le deuxième volume du Grand Livre. Deux ans plus tard, en 1970, nous retrouvons Paul-André et Albert, les deux protagonistes du premier volume. On se rappelle qu’en juin 1968, Paul-André avait les deux pieds bien ancrés dans le petit village qu’il avait reconstruit dans le carré de sable du terrain de jeu de leur voisinage. Les rues, les petites maisons de sable, les arbres minuscules récemment plantés, tout le monde imaginaire de leur enfance se déployait à ses pieds dans ce qu’il voulait être une carte de souhaits nostalgique pour son ami qui quittait décisivement leur ville natale. Pour sa part, Albert se protégeait en cachant sa tristesse derrière un masque flegmatique. Mais, avant de partir pour Sudbury, il avait décidé de s’arrêter au coin de leur rue pour saluer son meilleur ami. Tout aussi ému, il regarda Paul-André qui sous le ciel bleu de son village ressemblait au géant Gulliver de Jonathan Swift. Pour se dérober, avant que ses propres sentiments prennent le dessus, Albert s’apprêtait à peser sur le champignon de la grosse Ford Meteor de sa mère, mais à la toute dernière minute… il freina. En tournant la manivelle de la fenêtre, il cria « Bye, Bye-Bye Dédé, pour moi, tu as toujours été et tu seras toujours le géant de notre village. »

À la rentrée scolaire de 1970, Albert quitte son emploi de mineur à La Frood-Stobie de l’INCO pour entreprendre des études littéraires et Paul-André réoriente ses études universitaires vers la traduction. Tous deux se joignent à La Troupe et au journal Le Lambda des étudiants de l’Université Laurentienne. Les deux amis sont enfin réunis à l’Université, sur le seuil de leur plus grand rêve.

Leurs projets de vie et d’écriture s’ouvrent nécessairement sur les jeunes de leur génération, car, en se joignant aux activités parascolaires de leur faculté, ils acceptent de travailler dans les cadres de deux projets animés par une trentaine d’étudiants tout aussi motivés qu’eux. Dans le drapeau du journal, l’équipe éditoriale proclame que « C’est un cadeau » stie » et le titre de la création collective de La Troupe est Moé j’viens du Nord ’stie. De toute évidence, il y a plusieurs atomes crochus entre ces deux projets, car au début les projets sont dirigés par des anciens du Collège du Sacré-Cœur, le collège que les jésuites ont fermé en 1967 pour mieux s’investir dans l’Université de Sudbury. Dans son livre, Au seuil des vingt ans, Jean Éthier-Blais, un ancien du même collège, affirme, « Nous sommes restés marqués par ce destin d’initiateurs (p. 164). […] La Compagnie [de Jésus] insistait sur l’idée de la tribu. Élève des jésuites un jour, vous étiez marqué au sceau d’un destin particulier, noble (p. 216). Ce concept de tribu correspondait au sentiment d’appartenance dans réseaux sociaux déployés par des « hippies » des années 1960. En 1970, à l’instar de ce dont parle Jean-Ethier, une douzaine d’anciens collégiens, tout aussi artiste les uns que les autres, ressentent intuitivement cette même cohésion de « tribu », mais le groupe s’ouvrit nécessairement aux autres étudiants francophones de la Laurentienne pour former une troupe universitaire de vingt et une personnes. Leur projet devint de facto un projet générationnel de participants venant de toutes les régions de la province, comme en témoigne la liste des membres imprimée dans le programme de la pièce.

Ce fut véritablement une création collective : car tous les membres ont participé à la création, la production et la présentation de la pièce. Si la paternité de la pièce a été attribuée à Paul-André lors de la publication en 1988, c’est qu’il a interprété le rôle de Roger qui apparaissait dans les six scènes de la pièce. De plus, comme il l’a fait en 1967 pour le Grand Livre d’Albert, Paul-André a volontairement assumé le rôle de secrétaire de rédaction. Entre les sessions d’idéation, il faisait la synthèse des idées, des dialogues et dactylographiait le texte qui servait de point de départ aux prochaines sessions de travail. Tous ont participé aux sessions d’idéation — surtout de la scène dans laquelle ils jouaient —, mais il n’y eut qu’un seul scribe dont la responsabilité était de finaliser le texte.

Ce roman est une autofiction écrite cinquante ans après les évènements. Étant donné la mort tragique de Paul-André, il est surtout basé sur mes souvenances et sur celles des autres participants qui ont accepté de partager leurs souvenirs avec moi. Il est aussi basé sur mon journal intime et sur les textes des étudiants publiés dans Le Lambda, car l’équipe du journal était contiguë à celle de La Troupe, plusieurs étudiants occupant des postes dans les deux organisations. Ces articles du journal étudiant sont révélateurs dans le sens qu’ils recréent le contexte social des étudiants à l’Université Laurentienne, dans le Nouvel-Ontario et dans certains cas dans le Canada de 1970-1971.

Oui, il faut le dire et pour ce faire je me cite ; dans le prélude du premier volume, j’écrivais : « S’il n’y a rien de vrai dans ce récit, c’est qu’il n’y a rien de faux. » Qu’est-ce à dire ? C’est le principe même de la métaphore et encore mieux de la métonymie. En littérature, les auteurs utilisent des figures de style pour expliquer ce qui pourrait se dire sans affects. Certains diront que l’écrit « neutre » est plus près de la vérité : je n’en suis pas certain. L’écrivain est un jeu de filtres : il vit, il constate, il intègre et il raconte. Il en va de même pour le lecteur : il lit, il comprend, il intègre et apprécie le texte. Pour que la communication soit un succès l’auteur et le lecteur doivent faire appel à tous leurs sens y inclus le sixième qui fait la synthèse de leur expérience. L’écriture neutre, c’est l’utilisation d’un filtre artificiel pour dépouiller le texte de tous les affects de l’auteur et c’est aussi une consigne de cerbère qui empêche le lecteur de recréer dans sa propre conscience ce dont il est question. L’écriture neutre c’est un artifice, qui est commode dans les textes d’ordre légal et commercial, mais qui ne trouve pas sa place en littérature.

Soyez sans crainte, je ne m’apprête pas à écrire un roman « neutre », aseptisé, stérilisé, châtré, etcetera. Bien au contraire, ce sera un bouquet d’affects qui, je l’espère, vous feront vivre ou revivre cette merveilleuse expérience que fut la création de Moé j’viens du Nord ’stie. Un évènement dont le tout est plus que la somme de ses parties. Dans le cas d’une autofiction, le plus difficile c’est de signer un contrat de vérité avec les lecteurs, et de le respecter. De raconter une histoire sans tomber dans la trappe de l’autoglorification, ou encore dans la glorification d’un autre individu. On nous a souvent accusés, Robert Dickson et moi, d’avoir créé de toutes pièces un mythe autour de la personnalité de Paul-André. Ce n’est pas exact, mais il est vrai que nous avons tout de même maintenu le mythe que les médias électroniques avaient déjà créé autour du personnage incandescent de Paul-André s’y… surtout pendant les trois dernières années de sa vie quand il était devenu une vedette de l’industrie musicale canadienne. Cet effort de vraisemblance, de vérité ontologique est particulièrement important dans le cas des créations collectives, où l’objectif doit être de témoigner le l’effort collectif.

Malheureusement, ma mémoire n’est pas assez forte pour nous rappeler le rôle de toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu l’honneur de collaborer, je dois me rabattre sur mes souvenirs qui sont limités aux personnes avec lesquelles j’ai travaillé plus étroitement. Je tiens donc à le redire, nous étions une vingtaine de protagonistes. Mon roman n’aura pas l’empan nécessaire pour faire revivre tous ces merveilleux personnages à leur juste mesure. Je m’en excuse, je salue et remercie les membres de La Troupe qui m’ont accueilli au cœur de ce qui est devenu notre coopérative de création.

Pour terminer, j’aimerais citer le refrain d’une chanson inédite de Paul-André que le groupe CANO a présentée quelquefois en public et plus particulièrement à Windsor le 12 février 1976.

« C’est dans la chanson des petits enfants.
Que l’on comprend qu’on est trop grand.
La vie c’est tout un évènement.
C’est le plus beau.
C’est le plus grand. »

Poète invité

Nelligan
Émile à 18 ans

Émile Nelligan

1879-1941

« Soir d’Hiver »

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai.

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire ! où-vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…

Poètes invités

Bonjour à tous,

Andrée Lacelle, une poétesse d’Ottawa, a réagi aux actes d’agression du « premier ministre » contre les Francos-Ontariens en sollicitant de courtes contributions de ses amis poètes. J’ai accepté de participer au projet d’Andrée et de publier son/notre poème rapaillé sur ce blogue. Nous vous encourageons à le partager avec le plus de personnes possible!

GAT

LE POÈME RAPAILLÉ

Dire la lumière de notre colère

LEPOÈMERAPAILLÉ_docx

 

 

 

 

 

Vous osez nous attaquer
dans notre existence même
maternée par notre langue
qui féconde notre identité
notre histoire notre mémoire
insondable est ma colère
jamais au grand jamais !
vous n’arriverez pas à me faire taire

•••

C’est du silence qu’émerge la parole.
C’est de cette parole que jaillit l’écho.
Avec tout le respect que je ne vous dois pas, monsieur,
je vous prie d’agréer ma reconnaissance
envers un geste qui n’aura que souligné votre ignorance.
Le silence est le meilleur prétexte pour se dire.
Merci de contribuer à notre visibilité.
Joke’s on you.

•••

Survivance

Poètes, soyons du cri et du hurlement
contre la meute et l’absurde de l’ignorance.
Auraient-ils déjà oublié Montfort encore fébrile
de la lutte sous nos ongles ? Nos voix durcies
par les mines et le nickel de nos passés ?
Nos quartiers décimés? Nos écoles fermées
et nos droits bafoués par leur stupeur ?
Quand on assassine une langue, on tue son peuple.

•••

Jean Marc savait que même dans les années 80
nous étions les Nigger-frogs de la province
mais c’est aujourd’hui que nous croassons
à voir notre étang se dessécher
Nos mines sont devenues des monuments
nos chantiers des routes vociférantes
notre soif frictionnée à l’alcool de rage

Qu’on ose nous couper les pattes
nous servirons le souper

•••

Je ne lis pas le français.
Je n’écoute pas le français.
Je n’écris pas le français.
Je ne parle pas le français.
Je n’étudie pas le français.
Je n’utilise pas le français.
Je vis le français,
comme beaucoup de francophiles.
Le fait de nous en priver est donc plus qu’un linguicide : c’est un meurtre.

•••

J’ai pris une grande marche au bord de la rivière, l’eau coule et nous aussi
j’ai pris une longue respiration au soleil, ses rayons éclairent et nous aussi
j’ai pris les dimensions de la consternation proclamée
j’ai pris de front la colère manifestée
j’ai pris la main de la détermination annoncée
j’ai pris à cœur nos mots exprimés, vêtements de la solidarité
voici venir le temps des grands vents

•••

Je ne sais pas écrire de la poésie sur la bêtise, l’indifférence ricanante,
L’intolérance à peine camouflée, l’aveuglement volontaire, les raisons économistes,
Les austérités néo-libérales et populistes, leurs mensonges grossiers, leurs trahisons ordinaires,
Leurs silences hautains et calculés, et les gros monsieurs grillés au soleil floridien,
Ou ailleurs, et leurs discours trompettant et plastifié ; mais ceci n’est pas un poème
Et la résistance est déroutante, polymorphe, rabelaisienne et câlisseuse.

•••

Les champs ont vieilli
La ville manque de biscuits
Nous mangeons les fleurs du tapis
La ouate des matelas nous colle aux lèvres
Les jardins se confondent dans nos corps et la misère
Ne nous fait plus bander : laissée derrière, la cendre des ténèbres
N’est plus que la poudre aux yeux calfeutrés de suif d’un aveugle
En odeur de gong. Prière de ne pas prier, aujourd’hui il faut exiger !

•••

Une fleur dans le canon d’un fusil – la paix !
Une parole interrompue – quel malappris !
Une langue ignorée – une cacophonie muette !
Un droit retiré – je me lève !
Droit comme la majuscule à l’accent aiguisé par mon clan.

•••

Non ! Vous n’étoufferez pas la flamme qui fait fleurir l’esprit
Vous ne tairez pas les mots de notre langue
à la pureté de nos fleuves et de nos rivières
à la noblesse de nos montagnes et de nos forêts.
Oui ! Nous continuerons de chanter la beauté
son souffle fécond dans nos gorges en feu.

•••

Nous priver de l’enseignement de notre langue
En Franc’Ontarie que nous portons au cœur
C’est charcuter l’héritage et bafouer les lois du passé
L’arbitraire imposé par l’ignorant FordiCrâneur
Cèdera le pas à Justice / Équité étant de notre côté
Sinon le Combat est réouvert jusqu’à Victoire Franc’Ontarienne !

•••

Sache le souffle qu’ont porté ces lieux
Leurs noms français si français
Le cœur qu’ils refoulent
Étourdi de flèches
Pointe Maligne Rigolet des Mille Roches Isle à l’enfant perdu
Pointe à la Cuisse Ance au Gobelet Isle aux deux têtes…
Je vous le dis
Je revendique le droit
De chanter ce fleuve de l’Ontario
L’infiniment oublié

•••

Chez nous !
Sur notre îlot francophone
Dans cette mer anglophone
Nous refusons de nous laisser détruire
Nous résisterons jusqu’à la mort
Ne vous en déplaise Monsieur Ford
Ici et là
Nous sommes debout
Debout et fiers d’être ce que nous sommes
Franco-Ontariens et fiers d’être là
Chez nous

•••

nous avons été, nous sommes et nous serons
fiers habitants de cette terre
nul préjugé, nul caprice, nul diktat
ne saura nous déloger
car nos racines sont
nobles, vigoureuses et profondes

•••

L’abécédaire du politicien

Les véritables personnes politiques
Les vraies, les fortes, les belles personnalités ALPHA
Ne s’en prennent pas aux minorités
Car cela ne règle qu’une partie des problèmes
Les vrais chefs, les vraies cheffes
Ont le courage de demander les mêmes sacrifices

D’exiger des contributions proportionnelles
De tout un chacun
Du premier au dernier
Du plus fort au plus faible
Des plus riches aux plus pauvres
DE L’ALPHA À L’OMÉGA

•••

Que l’âme rebelle cerne son horizon
l’élargisse au fil des générations
Elles ont œuvré pour leur université
Le centre-sud-ouest francophone s’accroît
On ne peut faire marche arrière
et oublier que toute minorité
teinte l’océan de son fleuve

•••

j’aurai le dernier mot
celui qui dit que j’ai ma place ici
et j’aurai mon mot à dire
bien après les cris blafards
cherchant à étouffer ma parole

•••

sur le trottoir
d’années lumières
une fleur de lys et un trillium
entrelacés d’un amour noir
sont écrasés par un gros porc
qui jette sa boue dans le jardin
des fleurons glorieux
la fin est proche qu’ils nous disaient
pendant qu’ils la précipitaient.
se tenir la main au bord du gouffre
pour éviter qu’on y glisse
crier dans ce trou
pour que les échos l’ensevelissent

la lutte est longue dans les coulisses

•••

Réduire au silence
600 000 rebelles
conduit,
M. Ford,
au lever d’un peuple
car nous sommes debout depuis 400 ans
et ce n’est pas vous qui nous ferez taire.

•••

Avec en mémoire mes ancêtres précurseurs
Je dépiste la trace de la trace
Au diapason du monde
Notre parole française franche
Disait dit dira la vie ici

Quand je revois l’arbre de mon enfance
Plus haut que les autres
Parfois je pressens le temps d’un mythe venu
Or l’arbre qui me fixe ne sera pas abattu

 

POÈTES

Pour une mobilisation de la parole poétique franco-ontarienne
face à l’attaque du gouvernement Ford contre notre collectivité

François Baril Pelletier – Angèle Bassolé – Jean Boisjoli – Hédi Bouraoui – André Charlebois – Éric Charlebois – Tina Charlebois – Nicole V. Champeau – Andrée Christensen – Margaret Michèle Cook – Daniel Groleau-Landry – Andrée Lacelle – Gilles Lacombe – Sonia Lamontagne – Gilles Latour – Pierre Raphaël Pelletier – Paul Savoie – Michel A. Thérien – Gaston Tremblay – Lélia Young

Les quinze incontournables

thVoici de bonnes nouvelles.

Radio Canada a retenu les services d’un comité d’expert pour identifier les 15 titres incontournables de la littérature francophone de l’Ontario, dans le cadre de la journée de la littérature franco Ontarienne.

Croyez-moi, pour un Tremblay habitué à être relégué à la fin de toutes les listes, après les OPQRS de ce monde, c’est un honneur d’être en tête de liste.

Mais aussi, pour l’équipe de Prise de parole, c’est rassurant de voir que 13 des 15 titres ont été publiés aux éditions Prise de parole.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1100032/incontournables-litterature-franco-ontarienne-panel

PdP_c1 GrandLivre