En révisant les épreuves du Recueil de Dorais, je découvre une autre éclisse lumineuse de vérité.
« Exagérerais-je le désir d’Amour que je soutiendrais que ‘Le prolétariat’ c’est le principe de Réalité, de Freud, et toutes les élites du monde entier en constituèrent toujours le ‘Principe de Plaisir’. Telle fut, de tout temps, la structure obligée de l’humanité. » Dorais
Mammon désigne la richesse ou le gain, souvent mal acquis. Dorais cite souvent le passage suivant de l’Évangile de Matthieu »Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». Au plateau Mont-Royal, Sanglier, un poète public a inscrit sur les murs de la Caisse populaire « La pauvreté n’est pas une maladie, c’est plutôt le symptôme de l’avarice des Riches ». Le banquier le mieux payé au Canada gagne 48 600 $ par jour, soit 100 $ la minute, soit 1,66 $ la seconde.
En lisant les épreuves du deuxième volume du Recueil de Dorais[1], j’ai dû faire une pause de vie pour réfléchir à ces deux vers qui se présentent à moi comme une synthèse, comme la synthèse de nos vies.
« L’univers n’existe que pour
Un geste d’Amour. Une Rose. »
Et le temps de cette session de lecture tous mes gestes d’amour m’ont possédé. Maelstrom de souvenance, Let’s do the time warp again, passions débridées, moments de vérités, c’est dans le miroir de l’autre et de l’amour que l’on s’entrevoit pour la première fois.
[1] Dorais Fernand, 2013. Le Recueil de Dorais, vol. 2, Les trois contes d’androgynie suivit du Conte d’amour. Sudbury, Prise de parole, 394 pages.
En ce moment, je relis, sur les épreuves de typographie, le deuxième tome des œuvres de Fernand Dorais qui ira sous presse incessamment. Dans sa préface, Sheila Lacourcière tisse un fil d’Arianne qui permettra aux lecteurs de descendre en toute sécurité dans les profondeurs de l’enfer que Fernand Dorais a eu le courage d’affronter, comme Anne Hébert avant lui :
Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang
Je descends
Vers le tombeau des rois
Étonnée
À peine née.
Hier soir, démoralisé, épuisé (on dit cansado en espagnol) en surfant sur les cases du menu de Videotron, je suis tombé par pur hasard sur l’émission Le Bossu symphonique de Fred Pellerin et de l’orchestre Symphonique de Montréal. Le conteur, nous a expliqué que dans son village, Saint-Élie-de-Caxton on réconcilie le réel à l’imaginaire en utilisant une merveilleuse clef déictique : « Ben voyons donc », un « Il était une fois » typiquement Caxtonien. Ainsi, puisque les conservateurs veulent faire disparaître les facteurs, il a dévoilé sa solution à ce dilemme. Quand, il ouvre la petite porte magique de sa boîte « à malle » il n’a qu’à dire « Bonjour!!! » (dans son monde les points d’exclamation sont nécessaires) et une petite main s’empresse de lui remettre sa facture d’Hydro Québec et « Merci!!! ». Solution compliquée? « Ben voyons donc!!! » C’est ainsi que le conteur garde son équilibre, c’est le fil d’Arianne qu’il nous a offert pour traverser l’enfer de Babine et du Forgeron du village, une espèce de Grinch à gros bras qui a voulu voler la fortune du petit lutin barbu.
Cansado, oui mon âme est fatiguée comme un cheval qui a trop longtemps trotté dans la vallée de la mort. Devant mon écran, j’ai l’impression d’être un bébé qui peine à faire ses rapports. C’est peut-être pour cela que, à l’occasion de mes abréactions, le nom de ma mère revient si souvent. Et Jean-Paul Sartre qui me fait ses petites leçons de politesse. C’est trop français, il faudrait épargner nos lecteurs, éviter de leur parler du voyage de la vie qui n’est pas toujours poli. Je ne veux et ne peux pas écrire et me taire.
Ce matin, en relisant les épreuves, j’ai rencontré ce texte de Dorais qui rejoint, à sa manière, le « Ben Voyons donc » de Fred Pellerin : « Tel devrait être dorénavant le principe de toute écriture de l’Imaginaire : en Occident, nous sommes arrivés à un point où nous pouvons maintenant procéder ainsi : laisser la vie de l’Imaginaire se poursuivre en nous, attendre patiemment qu’elle ait besoin de s’exprimer (tel thème revenant à tel moment donné), puis alors en transcrire les données. À la longue se tissent des récurrences qui révèlent la vie de la mémoire intermittente. »
Cela m’a rassuré. Mon blogue, ma poésie et mes romans sont tous écrits au premier degré. Quand je m’éloigne de moi-même, c’est pour embrasser le carnavalesque, mon personnage préféré est le Colosse de la montagne qui dans Le Langage des chiens est presque aphasique… Quand vient le temps de se dire soi-même ne le sommes-nous pas tous un peu? Moi, ma voix me vient de la musique : Y a on temps que e taime / Amais e ne tou bli rai.
Et puis, j’ai reçu un message de ma collègue Sheila : « Mes vœux pour vous et Annik, votre belle fille : de trouver de la consolation auprès de ceux et celles qui se soucient de vous. Mais vous avez déjà découvert un moyen pour “chasser les blues” Il faut les chanter dis-tu, et puis-je ajouter se servir de ton grand talent pour les écrire. Je te félicite pour ce beau blogue signé de toi et d’Annik, touchant, oui, mais tout imprégné d’espérance.
Merci, Sheila, j’accepte que tu veuilles prier pour moi, mais j’ajouterais que maman, quand elle voulait prier pour moi, priait toujours à saint Jude, patron des cas désespérés avec le succès qu’on lui connait.
TonTon le téléphone qui son
Post-scriptum : La photo du lutin en chef est de mon fils, André. Comme tout bon magicien, le lutin utilise tous ses charmes pour aller toucher le photographe, et nous par ricochet, jusqu’au fond de sa lentille.
Me voilà à nouveau dans mon cabinet pour l’hiver, le printemps et même l’été. Un mini congé sabbatique tant du point de la durée de mon congé que du salaire qu’on m’a accordé : à peine de quoi faire les frais du strict nécessaire. Mais enfin, je me compte chanceux de pouvoir me consacrer à l’écriture pendant les neuf prochains mois.
Tout cela me rappelle le merveilleux livre, A room of one’s own, dans lequel Virginia Wolfe parle des difficultés des femmes (1929, et 1951 pour l’édition française) à se payer une chambre à soi et du temps pour écrire. On lui avait demandé de parler des romancières anglaises du 19e siècle et elle leur a parlé de l’iniquité entre les hommes et les femmes qui « écrivent »!
Pour émuler une femme qui a plusieurs chambres pour écrire, je vous dirai que 2013 fut pour moi une annus horribilis. Tout dernièrement, j’ai lu une critique d’un livre qui s’intitulait Depuis que tu es mort, ou bien quelque comme cela.Depuis,ce titre me trotte dans la tête comme une chanson que l’on aurait aimée dans un passé lointain, et qui nous hante depuis l’avoir entendue à la radio du réveil matin.
Depuis que mon fils est mort, voilà la version de cette « tune » qui tourne et tourne sur la platine de mon âme. Chaque fois qu’elle remonte à la surface de ma conscience, je suis étonné de réaliser que mon premier réflexe est encore de nier le tout. Et en homme sage (?), je me raisonne, puis je pleure discrètement… silencieusement, et ma tristesse se résorbe jusqu’à la prochaine écoute.
Mes amis, me voilà dans ma chambre après trois mois à la faculté, là où l’enfer, c’est définitivement les autres.
Pour Pier et David; Jaime et Zacharie; Joël et Michael
J’aimerais jouer de notre amour
Je t’écrirais comme l’on joue de la musique
À la guitare… comme on écrit des poèmes
En pinçant mes mots délicatement
Mes doigts glisseraient le long de tes cordes sensibles
Telle une envolée d’amour
Comme mille feuilles qui, en ce jour, frémissent en l’air
Ma plume virevolterait, tournoierait et, dans la brise, s’envolerait vers toi
À la recherche d’un fil de chaleur
Comme une volée d’oiseaux juchés sur un vers conducteur
Les accents de leurs chants s’accrochent à notre interligne
Comme leurs becs qui piaillent, comme une pointe de plume qui grince
Un vers, une strophe, un poème et même un recueil
Ne suffirait pas à dire tout ce que je veux te dire
Laisse donc mes mots venir vers toi
Avec toi, j’aimerais boire de notre amour
Comme de l’encre qui serait bonne à boire
Laissons ces mots rouges s’écrire en nous
Comme l’encre qui s’épanche sur cette page
Tremblay, Gaston. Le grand livre. Sudbury : Prise de parole, 2012. 441 p.
L’histoirecommence lentement, mais de bonne humeur. Les épisodes de l’enfance sont souvent cocasses, qu’il s’agisse d’une collection d’images de La vache qui rit, d’une religieuse si rigide que les élèves la surnomment « la caporale », des enseignantes affublées de surnoms moqueurs ou encore du « roi » de l’école, à savoir l’unique homme du corps enseignant, entiché d’une collègue, ce qui, bien sûr, pose problème dans une institution catholique aussi stricte. Les blagues s’emboîtent, telles que tout élève en un semblable milieu les connaît. Le ton change peu à peu, alors que les deux amis dont l’histoire est contée, entrent dans l’adolescence et ses désarrois. La complicité solide des deux garçons se complique. D’abord, il y a les premiers émois amoureux ; ensuite, les projets d’avenir et la question des études. Chez ces deux jeunes gens, de longues réflexions les ramènent à la religion – on oublie les rigolades de gamins. Ils s’engagent, nouent une amitié avec un jeune prêtre. Le plus touchant, pour l’un des deux, est la découverte progressive et malaisée de son homosexualité. Le jeune homme s’éprend de son meilleur ami. Tourmenté par ses propres sentiments, il ne se rend pas compte qu’une tragédie se prépare et que son meilleur ami, l’amant de ses rêves, est sur le point d’accomplir un acte irréparable.
Ce roman-fleuve se distingue par deux qualités. La première est l’autofiction ; les lecteurs qui connaissent la scène culturelle du nord de l’Ontario, tenteront sans doute d’identifier le narrateur à l’auteur et l’ami au dramaturge André Paiement, très actif il y a environ quarante ans. Divers indices dans le nom des personnages et des lieux, de même que certains parallèles biographiques facilitent les rapprochements dans ce récit fictif. Le jeu de l’autofiction se déploie avec brio tout au long du livre. D’autre part, l’auteur a recours à d’intéressantes stratégies narratives : des aller-retour entre le passé de la jeunesse et le présent de la narration ; la référence constante – avec citations à l’appui dans les notes de bas de page – à un « livre » rédigé par les deux compagnons des années auparavant, avant la tragédie, livre fictif présenté comme s’il avait été publié ; des chapitres à la première personne et d’autres, dans un mode entièrement différent, à la troisième personne ; des apartés et des conversations ; des confessions et des descriptions. C’est ce foisonnement qui attire immédiatement l’attention.
Armand Falq
Voix Plurielles, Vol. 10, No 1, 2013, page 176.
Revue de l’Association des Professeur-e-s de Français des Universités et Collèges Canadiens (APFUCC)http://brock.scholarsportal.info/journals/voixpluriellesVoix plurielles
Le train et plus particulièrement le Canadien est le meilleur endroit pour faire de nouveaux amis.
Dans le train numéro 2, de Vancouver à Toronto, j’ai rencontré un Japonais qui voyageait seul (c’est rare), qui n’avait pas de jonc de mariage (encore plus rare), une très grosse caméra (ça, ce n’est pas rare) et un dictionnaire de traduction électronique (solitude oblige). Comme tous les Japonais, il était très gentil, mais difficile à comprendre.
Un soir, le maître d’hôtel lui a offert une place à notre table. Le lendemain, les choses se sont compliquées, car il a refusé de se joindre à nous.
« Excus mi, excus mi, me make a new friend », Courbette, courbette, et zoom le voilà parti.
Son refus a pris une allure inattendue lorsque le maître d’hôtel est allé le chercher pour l’obliger de revenir s’asseoir avec nous.
« Excus mi, excus mi, me », le voilà tout en courbette et de retour.
Son nouvel ami se présenta à la table (un américain impoli, seul et sans jonc de mariage). Ils échangèrent de gros mots en Américains, mais ce fut en vain, car le maître de la soirée ne tarda pas de remettre le Yankee à sa place.
« Monsieur, lui dis-je, laissez les manger ensemble. Tout ce qu’ils veulent, c’est de continuer leur conversation. »
Nous ayant mis au pas, il fit un demi-tour sur lui même et s’en alla chercher son calepin, pendant que nous nous rentrions dans l’ordre, comme des serviettes de lin, des fourchettes d’agent et des assiettes de faïence.